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Silman nie tout accord avec le Likud et affirme que Bennett lui a proposé un poste

L'ex cheffe de la coalition nie l’existence d’un pacte avec l’opposition, affirmant que les élections n'étaient pas inévitables

Idit Silman dirige une réunion de comité à la Knesset, le 30 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Idit Silman dirige une réunion de comité à la Knesset, le 30 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La députée de Yamina, Idit Silman, a nié jeudi que son départ de la coalition, la veille, était lié à un projet de gouvernement dirigé par le Likud. Elle a toutefois confié s’être vue offert par les dirigeants actuels des postes ministériels, dont le poste de ministre de la Santé, actuellement occupé par Nitzan Horowitz.

L’annonce de Silman mercredi a fait grand bruit dans le monde politique. Privant la coalition de sa majorité à la Knesset – qui bénéficie maintenant du soutien de 60 députés sur 120 –, sa démission mène le gouvernement au bord du gouffre et renforce la position du chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, pour revenir au poste de Premier ministre 10 mois après la fin de ses fonctions. Des bruits disent que d’autres députés pourraient également la suivre.

Selon les médias israéliens, le départ de Silman de la coalition aurait été orchestré par le Likud, qui lui aurait promis le poste de ministre de la Santé dans un prochain gouvernement qu’il espère former. Le Likud tenterait de recruter d’autres députés de la coalition situés à droite de l’échiquier politique.

La députée Idit Silman, cheffe de la coalition, avec le Premier ministre Naftali Bennett pendant le vote sur le budget de l’État à la Knesset, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« On ne m’a fait aucune promesse pour l’avenir. Il n’y a aucun accord sur la table », a déclaré Silman au site en hébreu Zman Yisrael du Times of Israel dans une interview exclusive jeudi. « Au contraire, on souhaite que je reste. On me propose même le poste de ministre de la Santé. Mais je ne vais pas accepter. »

Silman confie avoir pris d’elle-même la décision de démissionner, au milieu de la nuit. À 2 heures du matin mercredi, elle s’est levée, a évoqué ses intentions avec une amie extérieure au milieu politique, s’est préparée et a appelé le député du Likud Yariv Levin, un proche de Netanyahu qui a dirigé les négociations de coalition il y a un an, pour lui dire qu’elle quittait la coalition.

« J’ai tout fait toute seule », a-t-elle déclaré. « J’ai surpris tout le monde. Netanyahou aussi. Personne ne se doutait de ce que j’allais faire. Personne ne le savait. Tout le monde est sous le choc, mais je suis en paix avec moi-même. »

« Il n’y a pas eu d’accord sur un quelconque positionnement [sur la liste électorale du Likud] pour moi. Le Likud est prêt à tout m’offrir, mais il n’y a pas d’accord », a-t-elle indiqué, niant tout opportunisme de sa part. « Je ne suis pas à la recherche d’un poste au gouvernement. J’ai fait un excellent travail. J’étais cheffe de la coalition : que pourrais-je vouloir de plus ? Mais là n’est pas la question. »

La rupture est intervenue quelques jours après sa critique d’Horowitz, très médiatisée. Elle lui a reproché son insistance à rappeler que les hôpitaux devaient respecter la règle autorisant l’introduction de hametz – ces produits au levain que ne consomment pas les Juifs pratiquants pendant Pessah. Beaucoup avaient déjà pris note de la critique, notant qu’en sa qualité de cheffe de la coalition, son rôle consistait à s’assurer que les députés restent alignés, mais en évitant normalement les querelles publiques.

Horowitz, qui perdrait son poste de ministre si Silman acceptait l’offre qu’on lui prête, s’est refusé à tout commentaire au Times of Israel. Le Cabinet du Premier ministre n’a pas davantage répondu à une demande de commentaires.

Dans ses premiers commentaires publics de la décision de Silman, le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, maître d’ouvrage, au printemps dernier, de la coalition de huit partis embrassant l’intégralité du spectre politique et qui devrait prendre la tête du gouvernement l’année prochaine, a défendu jeudi la richesse de ce gouvernement et promis de faire en sorte qu’il soit préservé.

« Notre plus grande réussite n’a pas été de mettre sur pied une coalition que personne ne croyait possible. Israël a réalisé que des personnes avec des idées très différentes – de droite, du centre, de gauche – étaient capables de s’unir pour le bien commun », a-t-il écrit sur Twitter.

« Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que le gouvernement perdure », a ajouté M. Lapid, qui deviendrait automatiquement Premier ministre par intérim si de nouvelles élections étaient convoquées. « Nous ferons en sorte que le pays ne soit pas entraîné vers des élections toujours plus toxiques et plus clivantes. »

Silman a insisté sur le fait que ses problèmes avec la coalition allaient bien au-delà de la querelle sur le hametz, évoquant en particulier l’utilisation, par le Premier ministre Naftali Bennett, du terme « Cisjordanie » pour qualifier les zones au-delà de la ligne de cessez-le-feu de 1967, au lieu de « Judée et Samarie », terminologie biblique favorisée par les nationalistes juifs.

« Le hametz a été le coup de grâce. C’est une érosion de l’identité juive », a-t-elle déclaré. « Je l’ai vu maintes et maintes fois. Vient ensuite l’érosion des valeurs. Le Premier ministre Bennett parle de la
‘Cisjordanie’, incroyable. Si j’étais pour la Cisjordanie, je rejoindrai Yesh Atid. »

Le ministre israélien de la Santé Nitzan Horowitz et la députée Idit Silman lors d’une conférence de presse au parlement israélien, le 6 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En quittant la coalition, Silman prive le gouvernement de sa majorité, bien que ce dernier puisse encore tenter de rester à flot avec seulement 60 députés. L’opposition pourrait chercher à débaucher d’autres députés de la coalition de droite, dont ceux du parti Yamina de Silman et Bennett, dans l’espoir de faire s’effondrer la coalition et déclencher de nouvelles élections, voire de former leur propre gouvernement alternatif.

Malgré les complexités techniques du changement de gouvernement via une motion de censure et non des élections, et l’objectif quasi chimérique d’attirer sept autres députés (la Liste unie des partis arabes de l’opposition ne faisant partie d’aucun calcul de coalition), Silman a insisté sur le fait que cela demeurait possible, soucieuse de s’éviter les reproches en cas de nouvelles élections.

« Si de nouvelles élections sont convoquées, ce ne sera pas à cause de moi. Vous pouvez, dès maintenant, créer un gouvernement de droite, pas de problème », a-t-elle déclaré. « [Le chef du parti Tikva Hadasha] Gideon Saar ne franchira pas le seuil électoral [pour réintégrer la Knesset]. Yamina est en difficulté. Nous pouvons créer un gouvernement. Bennett peut être Premier ministre ou ministre de la Défense, et alterner avec Netanyahu. »

Benjamin Netanyahu, le 24 janvier 2022. (Crédit : capture d’écran Twitter)

Silman a confirmé avoir rencontré Abir Kara, de Yamina, considéré comme une autre défection possible. Silman a assuré qu’il s’était entendu avec d’autres députés prêts au départ, mais la cheffe de la coalition a nié toute implication dans ces manœuvres.

Cependant, Kara a déclaré au radiodiffuseur public Kan que même si le Likud lui offrait le monde, le parti ne serait pas en mesure de former une coalition alternative.

Il a affirmé avoir suggéré à Silman et Amichai Chikli, un autre député de Yamina qui avait refusé de s’allier à la coalition, qu’ils forment ensemble une nouvelle faction « et soient les trois voix critiques susceptibles de tout obtenir de la coalition existante ».

Mais il a précisé que l’idée n’avait pas encore abouti.

La députée de Yamina, Nir Orbach, qui, comme Kara, a rencontré Netanyahu mercredi, a menacé de quitter la coalition, affirmant qu’à moins que le gouvernement ne revienne sur son projet d’annuler les subventions aux garderies pour les étudiants de yeshiva et ne convoque une commission de planification pour approuver les plans de construction de 4 000 nouvelles maisons en Cisjordanie et ne relie les avant-postes illégaux au réseau électrique, elle suivrait Silman et Chikli.

Le Premier ministre Naftali Bennett (à droite) en compagnie du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (au centre) et du député Abir Kara lors d’une séance plénière et d’un vote sur le budget de l’État à la Knesset à Jérusalem, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre des Finances, Avigdor Liberman, et elle ont ensuite convenu d’annuler les subventions réduites concernant les garderies.

Ces mesures ont été prises un jour après qu’un responsable de Yamina a déclaré au Times of Israel que Yamina avait réussi à « arrêter l’hémorragie », après que Bennett ait tenu des pourparlers marathon avec des députés du parti et d’autres dirigeants de factions de la coalition.

En signe de soutien à son parti en ruine, Matan Kahana, ministre Yamina qui n’est pas à la Knesset, a indiqué jeudi se ranger derrière la coalition.

Dans un message sur Facebook, Kahana a attaqué l’opposition et déclaré « prier pour la survie de ce gouvernement, important à bien des égards, et faire de son mieux pour que cela se produise ».

« Nous savions tous que nous ne pourrions pas réaliser nos souhaits idéologiques les plus profonds » au sein de cette grande coalition, a-t-il écrit, mais nous sommes allés de l’avant avec celle-ci « afin de sauver Israël des périls qui le menaçaient ».

Le député Yamina Amichai Chikli, à la Knesset, le 5 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitousi/Flash90)

Mais jeudi soir, signe que le parti avait encore du mal à tenir la ligne, il a accusé Chikli d’être un transfuge, ce qu’il s’était jusqu’à présent gardé de faire dans l’espoir de travailler avec le député renégat.

Ce faisant, le parti a nui à la capacité de Chikli de se présenter aux prochaines élections ou d’occuper un poste au gouvernement, et envoyé un message aux autres membres du parti qu’ils pourraient être les prochains.

Les règles de la Knesset empêchent un transfuge de se présenter avec une faction siégeant actuellement à la Knesset lors de prochaines élections, ou de servir comme ministre dans un autre gouvernement.

Une affiche montrant la députée Yamina, Idit Silman, lors d’un rassemblement de droite à Jérusalem, le 6 avril 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/FLASH90)

Le mouvement pourrait également inciter Kara, Chikli et Silman à former leur propre faction dissidente, ce qui les mettrait à l’abri.

Silman a confié au ToI espérer éviter d’être officiellement qualifiée de renégate.

« Je ne veux pas qu’ils me déclarent transfuge », a-t-elle dit. « Je n’ai pas fait défection. »

L’interview complète de Silman en hébreu est disponible sur le site frère du ToI, Zman Yisrael.

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