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Situation sur le mont du Temple : L’envoyé israélien convoqué aux Émirats

Abou Dhabi a critiqué la réponse israélienne aux émeutes palestiniennes dans le lieu saint ; Blinken s'est entretenu avec Lapid, son homologue jordanien et Abbas

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Des Palestiniens masqués prennent position lors d'affrontements avec les forces de sécurité israéliennes sur le mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 avril 2022. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)
Des Palestiniens masqués prennent position lors d'affrontements avec les forces de sécurité israéliennes sur le mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 avril 2022. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Les Émirats arabes unis ont convoqué mardi l’ambassadeur d’Israël à Abou Dhabi en raison de l’escalade récente des tensions à Jérusalem, la première remontrance publique de ce type depuis la normalisation des relations entre les deux pays il y a un an et demi.

Au cours de la réunion, la ministre émiratie responsable de la coopération internationale, Reem bint Ibrahim Al Hashemy, a informé l’ambassadeur Amir Hayek des « vives protestations et de la condamnation par Abou Dhabi des événements qui se déroulent actuellement à Jérusalem et [dans] la mosquée Al-Aqsa, avec notamment les attaques menées contre des civils et les incursions dans les lieux saints qui ont fait un certain nombre de blessés parmi des civils », selon l’agence de presse officielle émiratie WAM.

Hashemy faisait visiblement référence à la conduite des officiers de la police israélienne, qui ont pénétré à plusieurs reprises dans l’enceinte du mont du Temple ces derniers jours afin de mettre un terme à des émeutes palestiniennes. Vendredi, des agents sont entrés dans la mosquée Al-Aqsa elle-même, où de jeunes Palestiniens avaient fait des réserves de pierres et de feux d’artifice, les lançant en direction des forces de sécurité. Au cours des affrontements qui ont suivi, quelque 400 personnes ont été arrêtées et plus de 150 Palestiniens ont été blessés.

Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a confirmé la convocation mais n’a pas souhaité faire d’autres commentaires.

La ministre Hashemy a déclaré qu’Israël devait « immédiatement mettre un terme à ce type d’événement, assurer une protection totale aux fidèles, respecter le droit des Palestiniens à pratiquer leur culte et cesser toute pratique susceptible de contrevenir au caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa », selon la WAM, qui a ajouté que la ministre avait aussi souligné la menace que l’escalade des tensions, à Jérusalem, faisait peser sur la stabilité de toute la région.

La ministre émiratie a également noté l’importance de respecter le rôle de tutelle tenu par la Jordanie sur le mont du Temple. Les employés du Waqf islamique de Jérusalem, financé par la Jordanie, sont chargés d’administrer le site que les musulmans nomment Haram al-Sharif.

Amir Hayek. (Crédit : Smadar Cafri)

Hashemy a également appelé à favoriser un environnement qui permettra la reprise des négociations entre les dirigeants israéliens et palestiniens en vue de parvenir à une solution à deux États basée sur les frontières d’avant 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale de l’État palestinien.

Entre-temps, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a tenu une série d’appels téléphoniques avec des dirigeants du monde entier visant à faire baisser les tensions à Jérusalem. Il s’est notamment entretenu avec le ministre jordanien des Affaires étrangères Ayman Safadi, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Blinken a également chargé la secrétaire d’État adjointe aux affaires du Proche-Orient, Yael Lempert, et le secrétaire d’État adjoint aux affaires israéliennes et palestiniennes, Hady Amr, de se rendre en Israël, en Cisjordanie, en Jordanie et en Égypte dans les prochains jours pour des réunions visant à réduire les tensions à Jérusalem, a déclaré un fonctionnaire familier de la question au Times of Israel, confirmant une information d’Axios.

Des Palestiniens tirent des feux d’artifice sur la police israélienne dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 avril 2022. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Au cours de l’appel de lundi entre Blinken et Safadi, les deux hommes ont discuté de « l’importance pour les Israéliens et les Palestiniens de se mobiliser pour mettre fin au cycle de violence en s’abstenant de toute action et de toute rhétorique susceptibles d’aggraver les tensions », selon le communiqué du Département d’État.

Blinken a souligné que les États-Unis soutenaient le rôle de tuteur de la Jordanie sur le mont du Temple.

« Le secrétaire d’État Blinken a souligné l’importance du maintien du statu-quo historique sur Haram al-Sharif/le mont du Temple », précise le communiqué, en référence à la politique qui permet aux musulmans de visiter et de prier sur le site, tandis que les Juifs peuvent s’y rendre mais qu’il leur est interdit d’y faire la prière.

Le statu quo a été de plus en plus tendu ces dernières années, les autorités israéliennes restant régulièrement à l’écart quand des Juifs viennent prier discrètement sur le site lors de leurs visites très limitées. Ces dernières années ont également vu un pic du nombre de visiteurs juifs sur le site, dont beaucoup sont des nationalistes religieux, malgré l’interdiction de telles visites par la plupart des rabbins orthodoxes en raison du caractère sacré du site pour les Juifs.

Des policiers israéliens lors d’affrontements devant la mosquée Al-Aqsa, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Israël insiste sur le fait que le pays s’est engagé à maintenir le statu quo et qu’il protège la liberté de culte des fidèles au mont du Temple et plus largement à Jérusalem.

Lors de son appel de mardi avec Blinken, Lapid a dit au secrétaire d’État qu’Israël ne tolérera pas les discours paraissant soutenir les violences autour de Jérusalem, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Lapid a déclaré à Blinken qu’Israël s’efforçait de garantir la liberté de religion pour « les trois religions de Jérusalem », selon le ministère des Affaires étrangères, en référence au judaïsme, à l’islam et au christianisme.

Il a également souligné les efforts « raisonnables et responsables » qui ont été livrés par Israël pour faire face aux émeutes de centaines d’extrémistes musulmans sur le mont du Temple, ainsi que les lacunes en matière d’information et les fausses informations, diffusées par les extrémistes, « qui attisent les tensions et incitent à la violence au lieu de ramener le calme », a déclaré le ministère, sans entrer dans les détails.

Des affrontements entre émeutiers palestiniens et la police israélienne à la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, au sommet du mont du Temple, le 15 avril 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli / AFP)

Israël accuse les dirigeants arabes d’attiser les tensions en répercutant les revendications des musulmans concernant le mont du Temple et en prétendant qu’Israël tente de rompre un statu quo délicat. Israël a étendu sa souveraineté sur le mont du Temple et à Jérusalem-Est après avoir capturé le secteur aux Jordaniens lors de la guerre de 1967, mais l’État juif a permis au Waqf jordanien de continuer à administrer le mont, connu des musulmans sous le nom de Haram al-Charif, et a interdit aux Juifs d’y prier. Les Palestiniens veulent faire de cette zone la capitale d’un État indépendant.

Le mont du Temple est le lieu le plus sacré du judaïsme, car c’est l’emplacement des temples bibliques. La mosquée Al-Aqsa est le troisième lieu saint de l’islam.

Un responsable israélien a déclaré à la radio de l’armée que Blinken avait remercié Lapid pour les efforts déployés par Israël pour désamorcer la situation.

Lors de sa propre conversation avec Blinken, Abbas a dénoncé les « attaques brutales » des troupes israéliennes lors des affrontements sur le mont du Temple, ainsi que « l’assaut quotidien d’Al-Aqsa par les colons » et d’autres violations du statu quo, selon le site d’information officiel de l’AP, Wafa.

Abbas a souligné l’importance de créer un « avenir politique » pour une résolution du conflit et a demandé la réouverture « rapide » du consulat américain à Jérusalem, selon Wafa. L’administration Biden s’est engagée à rouvrir le bureau qui servait de mission de facto auprès des Palestiniens jusqu’à sa fermeture par l’ancien président Donald Trump en 2019. Cependant, les efforts pour donner suite à cette promesse de campagne sont au point mort.

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à droite, et le secrétaire d’État américain Antony Blinken font une déclaration conjointe à l’issue de leur rencontre à Ramallah, en Cisjordanie, le 27 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

Mahmoud Abbas a déploré les raids quotidiens de l’armée israélienne dans les villages palestiniens, qui, selon lui, « entraîneront des conséquences terribles et insupportables » s’ils se poursuivent, a rapporté Wafa.

Israël a intensifié les raids contre les terroristes présumés en Cisjordanie après une série d’attaques terroristes meurtrières ces dernières semaines, dont deux – à Tel Aviv et à Bnei Brak – ont été perpétrées par des Palestiniens de Cisjordanie.

Pour sa part, Blinken a souligné qu’Israël avait été informé de la nécessité de maintenir le statu quo à Al-Aqsa et de permettre l’accès aux fidèles musulmans.

Selon le communiqué de l’Autorité Palestinienne, Blinken a également souligné la condamnation par les États-Unis des actes de violence commis par les habitants des implantations, dénonçant aussi les démolitions de maisons, les expulsions et les raids de l’armée israélienne dans la Zone A – un aspect qui n’avait jamais été abordé auparavant dans les points de discussion américains. Blinken a également dit à Abbas qu’il avait exhorté Israël à prendre des mesures pour améliorer la vie des Palestiniens placés sous le contrôle de l’État juif.

Blinken a indiqué qu’il partageait le point de vue du président Abbas concernant la nécessité de créer un nouvel avenir politique et, en attendant, qu’il souhaitait effectivement qu’il y ait des discussions visant à améliorer les conditions de vie des Palestiniens, a noté Wafa.

Des fidèles musulmans enveloppés dans des drapeaux palestiniens prient pendant le mois sacré du Ramadan devant le Dôme du Rocher dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 avril 2022. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Le département d’État a publié des comptes-rendus presque identiques dans le sillage des entretiens de Blinken avec Lapid et Abbas.

Lors des deux appels, Blinken a souligné « l’importance pour les Israéliens et les Palestiniens d’œuvrer à mettre un terme au cycle de la violence en Israël, en Cisjordanie et à Gaza en faisant preuve de retenue et en s’abstenant de toute action susceptible d’aggraver les tensions, notamment à Haram al-Sharif/au mont du Temple de Jérusalem ». Il a également exprimé son soutien à une solution à deux États.

Lors de l’appel avec Lapid, il a également évoqué les menaces posées par l’Iran et ses groupes mandataires et a exprimé l’engagement des États-Unis en faveur de la sécurité d’Israël dans le contexte des récents tirs de roquettes depuis Gaza.

À Abbas, le secrétaire « a réitéré l’engagement des États-Unis à améliorer la qualité de vie du peuple palestinien de manière tangible. »

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