Smotrich verrouille sa réforme de la politique d’implantation pour la rendre durable
Le ministre renforce l’Administration des implantations au ministère de la Défense afin de pérenniser son action, même si un futur gouvernement pourrait encore revenir dessus
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Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a pris des mesures pour consolider l’Administration des implantations, la puissante structure qu’il a créée en 2023 au sein du ministère de la Défense, afin de rendre son démantèlement plus difficile pour tout éventuel futur gouvernement.
Selon un communiqué publié par le cabinet de Smotrich, celui-ci, en collaboration avec le ministère de la Défense et la Commission de la fonction publique, a transformé l’Administration des implantations, qui exerce de vastes compétences sur la vie civile en Cisjordanie, en une agence officielle du ministère de la Défense.
En outre, le mandat du responsable civil de l’Administration – qui exerce lui aussi un contrôle important sur les affaires civiles en Cisjordanie et qui relève de Smotrich – a été porté de quatre à six ans.
Smotrich, qui est également ministre au sein du ministère de la Défense, a affirmé que ces changements contribueraient à pérenniser les avancées réalisées au cours des quatre dernières années dans le développement des implantations et qu’ils rendraient plus difficile, pour un futur gouvernement, de revenir sur ces acquis.
« La décision de pérenniser l’Administration des implantations et le poste de directeur adjoint de l’Administration civile permettra, de facto, de poursuivre la révolution des implantations et de faire de la dimension civile de la vie en Judée-Samarie une priorité, plutôt que de la reléguer au ‘second plan’ derrière les considérations sécuritaires. Ainsi, même après les élections, le mécanisme mis en place par le ministre Smotrich au fil des ans continuera de fonctionner, y compris après la fin de son mandat », a déclaré son cabinet, utilisant le terme biblique pour désigner la Cisjordanie.
Au cours de son mandat, grâce aux nouveaux pouvoirs qu’il exerce par l’intermédiaire de l’Administration des implantations, 185 nouveaux avant-postes illégaux ont été établis en Cisjordanie sans être démantelés, plus de 40 000 logements ont été approuvés dans les implantations et 103 implantations ont été approuvées ou légalisées rétroactivement – des chiffres sans précédent.
Dans le même temps, le nombre de logements palestiniens construits illégalement en Cisjordanie et démolis par l’Administration civile a plus que doublé depuis que Smotrich a pris le contrôle de cette instance. En 2025, ces démolitions représentaient près de 100 % des ordres de démolition visant des habitations palestiniennes, selon l’organisation de défense des droits de l’Homme Bimkom. À titre de comparaison, seuls 20 % des ordres de démolition visant des constructions illégales dans les implantations ont été exécutés. Par ailleurs, aucune des plus de 1 000 demandes de permis de construire déposées par des Palestiniens pour des projets situés dans la zone C de la Cisjordanie n’a été approuvée.
Le vaste programme d’expansion des implantations mené par Smotrich, conjugué au renforcement du contrôle civil israélien sur la Cisjordanie, a conduit les organisations opposées aux implantations ainsi que certains partis de l’opposition à accuser le gouvernement de procéder à une annexion de facto du territoire.
Le cabinet de Smotrich a affirmé que les mesures visant à ancrer durablement l’Administration des implantations au sein du ministère de la Défense répondaient à la crainte qu’un futur gouvernement ne revienne sur sa « révolution des implantations », ne démantèle des implantations et ne crée un État palestinien.
Malgré ces affirmations, un futur gouvernement ou un nouveau ministre de la Défense pourrait toujours revenir sur ces décisions et démanteler cette administration s’il le souhaitait. De telles démarches seraient toutefois plus complexes en raison des mesures prises par Smotrich pour l’ancrer au sein du ministère et nécessiteraient une volonté politique plus affirmée.
En 2023, l’Administration des implantations a été créée au sein du ministère de la Défense conformément aux exigences formulées par Smotrich dans le cadre des accords de coalition. Des compétences essentielles en matière de gestion de la vie civile en Cisjordanie ont alors été transférées de l’Administration civile, dirigée par un officier de Tsahal, à cette nouvelle structure, placée sous l’autorité de Smotrich.
L’Administration des implantations s’est vu confier les pouvoirs en matière de démolition des constructions illégales ainsi que des compétences essentielles dans le processus d’approbation des constructions en Cisjordanie.
Ces pouvoirs ont permis à Smotrich d’accélérer considérablement le développement des implantations et de s’opposer à la démolition d’avant-postes illégaux, dont des dizaines ont été établis depuis l’entrée en fonction du gouvernement actuel.
De plus, le poste « d’adjoint civil » au sein de l’Administration civile a été créé et confié à Hillel Roth, un proche allié de Smotrich, renforçant encore davantage l’autorité du ministre sur les affaires civiles en Cisjordanie.
Puis, en mai 2024, le chef du Commandement du centre de Tsahal de l’époque, le général de division Yehuda Fox, a signé un ordre autorisant le chef de l’Administration civile à déléguer ses domaines de compétence au nouvel adjoint civil.
Les compétences déléguées à Roth en vertu de l’ordre signé par Fox comprenaient notamment les transactions immobilières, les biens publics, la réglementation relative aux terres et à l’eau, la législation forestière, le tourisme, les bains publics, l’urbanisme des villes et des villages ainsi que la construction, certaines procédures d’enregistrement foncier, ainsi que la gestion et l’administration des conseils régionaux.
Les détracteurs ont affirmé que ces changements équivalaient à une annexion de facto de la Cisjordanie par Israël, dans la mesure où des compétences essentielles auparavant exercées par des responsables militaires ont été transférées à des responsables civils relevant des ministères, renforçant selon eux l’oppression exercée sur les Palestiniens dans ce territoire.
« Ces dernières années, la Cisjordanie, sous l’autorité de son ‘gouverneur’, Bezalel Smotrich, est devenue le théâtre de pogroms et de violences d’une ampleur criminelle sans précédent, menés et encouragés par les ministres les plus extrémistes du gouvernement », a déclaré Alon Cohen-Lifshitz, de Bimkom.
« Le musellement des voix modérées au sein des institutions, conjugué à la mise au service d’un programme idéologique d’organismes professionnels, a conduit à une orgie effrénée d’appropriations de terres, de destructions, de morts, de pillages et de dévastations. »
Smotrich lui-même s’est vanté d’avoir mis en place un système d’administration civile dans les implantations, en remplacement de l’administration militaire, qualifiant cette évolution de réussite « méga-spectaculaire ». Il a ouvertement déclaré que ses actions visaient à renforcer la souveraineté israélienne sur ce territoire, administré par Israël sous régime militaire depuis sa conquête lors de la guerre des Six Jours, en 1967.
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