Sous la pression apparente des États-Unis, Israël vote pour condamner la Chine
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Sous la pression apparente des États-Unis, Israël vote pour condamner la Chine

Israël, qui cherche souvent à ne pas contrarier Pékin, se joint à 40 pays occidentaux pour soutenir la mesure prise par le Canada au CDH concernant le traitement des Ouïghours

Sur cette photo d’archive du lundi 3 décembre 2018, une tour de garde et une clôture de barbelés entourent un centre de détention dans le parc industriel de Kunshan à Artux, dans la région du Xinjiang, dans l'ouest de la Chine. L'Associated Press a découvert que le gouvernement chinois mène un programme de contrôle des naissances dans les populations ouïghoures, kazakhes et d'autres minorités largement musulmanes du Xinjiang, alors même qu'une partie de la majorité Han du pays est encouragée à avoir plus d'enfants. Les mesures comprennent la détention dans des prisons et des camps, comme cet établissement à Artux, comme punition pour avoir eu trop d'enfants. (Photo AP / Ng Han Guan, dossier)
Sur cette photo d’archive du lundi 3 décembre 2018, une tour de garde et une clôture de barbelés entourent un centre de détention dans le parc industriel de Kunshan à Artux, dans la région du Xinjiang, dans l'ouest de la Chine. L'Associated Press a découvert que le gouvernement chinois mène un programme de contrôle des naissances dans les populations ouïghoures, kazakhes et d'autres minorités largement musulmanes du Xinjiang, alors même qu'une partie de la majorité Han du pays est encouragée à avoir plus d'enfants. Les mesures comprennent la détention dans des prisons et des camps, comme cet établissement à Artux, comme punition pour avoir eu trop d'enfants. (Photo AP / Ng Han Guan, dossier)

Israël fait partie des 41 pays du Conseil des Droits de l’Homme qui ont exhorté la Chine à autoriser « un accès immédiat, significatif et sans entrave » afin que des observateurs indépendants puissent visiter sa région occidentale du Xinjiang, où Pékin est accusé d’une répression brutale contre les Ouïghours musulmans et d’autres minorités.

La décision de Jérusalem de soutenir la mesure est intervenue suite à la pression exercée par l’administration du président américain Joe Biden, a rapporté Walla News, marquant ce qui semblait être un changement radical par rapport aux tentatives précédentes d’Israël de rester dans les bonnes grâces des deux puissances.

La déclaration, présentée par le Canada et soutenue par 41 pays pour la plupart occidentaux, fait écho aux inquiétudes généralisées parmi les groupes de défense des droits de l’homme au sujet des centres de détention du Xinjiang, où des centaines de milliers de Ouïghours musulmans et d’autres minorités sont détenus.

« Nous exhortons la Chine à autoriser un accès immédiat, significatif et sans entrave au Xinjiang aux observateurs indépendants, y compris le Haut-Commissaire », a déclaré l’ambassadeur du Canada Leslie Norton, faisant référence à la Haute-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Michelle Bachelet.

Norton a cité des « informations crédibles » selon lesquelles plus d’un million de personnes ont été arbitrairement détenues au Xinjiang – certaines subissant la torture et d’autres traitements « inhumains » – et que les Ouïghours et d’autres font face de manière disproportionnée à une surveillance et à des restrictions au sujet de leur culture.

La Chine nie avoir maltraité les Ouïghours, autrefois largement majoritaires dans leur patrie ancestrale jusqu’à ce que l’État aide un grand nombre de Chinois de l’ethnie Han à y migrer. Pékin insiste sur le fait qu’il gère simplement des centres de formation professionnelle conçus pour lutter contre l’extrémisme.

Sur cette photo d’archive du 4 novembre 2017, le personnel de sécurité ouïghour patrouille près de la mosquée Id-Kah à Kashgar, dans la région du Xinjiang, dans l’ouest de la Chine. Depuis 2016, les autorités chinoises de cette région à majorité musulmane du Xinjiang ont mené une campagne de détention massive et d’endoctrinement dans des camps d’internement dans le but déclaré de renforcer la sécurité nationale et d’éliminer l’extrémisme islamique. Le programme semble être une tentative de lavage de cerveau pour réorienter la pensée politique des détenus, effacer leurs croyances islamiques, et même remodeler leur identité. (Crédit : AP / Ng Han Guan)

Selon les informations rapportées par Walla, qui cite des responsables israéliens et américains, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a décidé d’accéder à une requête du département d’État américain de soutenir la mesure, après un long débat au ministère des Affaires étrangères sur les retombées possibles de cette décision.

Lior Hayat, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a confirmé à Walla qu’Israël avait soutenu la mesure. Cependant, Israël, qui considère la Chine comme l’un de ses partenaires commerciaux les plus importants, n’a pas publié de déclaration publique annonçant ou expliquant son soutien à l’appel du Conseil des droits de l’homme, dans une tentative apparente de garder profil bas et d’éviter de provoquer la colère de Pékin.

Le média indique que les autorités chinoises ont exhorté Israël à ne pas soutenir la décision et ont par la suite émis une protestation.

Israël a évité de critiquer les actions de la Chine au Xinjiang sous la direction de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, et certains de ses échanges les plus délicats avec l’administration de l’ancien président américain Donald Trump concernaient des accords d’infrastructure avec la Chine auxquels s’oppose Washington.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président chinois Xi Jinping (à droite) se serrent la main à la résidence des visiteurs officiels de l’État de Diaoyutai à Pékin, le 21 mars 2017. (Crédit : Etienne Oliveau/Pool/ AFP Photo)

La nouvelle administration israélienne a cherché à maintenir des liens étroits avec l’administration Biden, qui a protégé Israël au Conseil de sécurité de l’ONU pendant la guerre avec Gaza en mai, s’attirant les foudres de Pékin.

Parmi les autres signataires de la déclaration figuraient l’Australie, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, l’Espagne et les États-Unis.

Le bureau de Michelle Bachelet essaie depuis le début de son mandat en 2018 d’organiser une visite au Xinjiang et elle a déclaré lundi qu’elle espérait en effectuer une d’ici la fin de l’année.

La Chine a nié les accusations.

La déclaration de Norton appelle également à la fin de « la détention arbitraire des Ouïghours et des membres d’autres minorités musulmanes », et exprime également des préoccupations concernant les droits de l’homme à Hong Kong et au Tibet.

Israël fait généralement peu de cas du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, qui a toujours fait de l’État Juif la cible de diverses enquêtes, tout en ignorant largement les abus pratiqués dans d’autres pays.

Le mois dernier, pour la première fois, le conseil a voté en faveur de l’ouverture d’une enquête internationale sur le traitement des Palestiniens par Israël. La Chine est l’un des pays qui a soutenu cette initiative.

La Chine riposte

Consciente de l’imminence de la déclaration, la Chine a réagi avant même qu’elle ne soit prononcée.

Le représentant de Pékin a lu une déclaration au nom d’un groupe de pays « profondément préoccupés par les graves violations des droits de l’homme commises à l’encontre des populations autochtones du Canada ».

La Biélorussie, l’Iran, la Corée du Nord, la Russie, le Sri Lanka, la Syrie et le Venezuela figurent parmi les cosignataires, selon les Nations unies.

« Historiquement, le Canada a volé les terres des peuples autochtones, les a tués et a éradiqué leur culture », indique la déclaration.

Elle fait référence à la découverte récente de 215 tombes non marquées dans un ancien pensionnat de l’ouest du Canada, l’un des nombreux internats créés il y a un siècle pour assimiler de force les peuples autochtones du Canada.

Une cérémonie et une veillée pour les 215 enfants dont les restes ont été retrouvés enterrés à l’ancien pensionnat indien de Kamloops, à Vancouver, en Colombie-Britannique, lors de la Journée nationale des peuples autochtones, le lundi 21 juin 2021. (Crédit : Darryl Dyck/The Canadian Press via AP)

« Nous demandons une enquête approfondie et impartiale sur tous les cas où des crimes ont été commis contre les peuples autochtones, en particulier les enfants », indique la déclaration.

Le représentant de la Biélorussie a lu une autre déclaration conjointe au nom de 64 pays, soutenant la Chine et soulignant que Hong Kong, le Xinjiang et le Tibet relevaient des affaires intérieures chinoises.

À Ottawa, le Premier ministre Justin Trudeau a déclaré que le Canada avait reconnu et cherchait à faire amende honorable pour les torts causés à ses peuples autochtones.

« Au Canada, nous avons une commission dédiée à la vérité et la réconciliation », a-t-il déclaré aux journalistes. « Où est cette commission en Chine ? Où est leur vérité ? »

« Le chemin vers la réconciliation est long, mais c’est un chemin que nous empruntons », a-t-il ajouté. « La Chine ne reconnaît même pas l’existence d’un problème. »

« C’est une différence assez fondamentale et c’est pourquoi les Canadiens et les gens du monde entier prennent la parole pour des gens comme les Ouïghours qui se retrouvent sans voix, face à un gouvernement qui ne veut pas reconnaître ce qui leur arrive. »

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