Sur Internet, les complotistes accusent les Juifs de l’assassinat de Charlie Kirk
Un animateur de podcast accuse le Mossad d'avoir tué l'influenceur de droite ; certains craignent que l'incident serve de prétexte à une répression extrême

JTA — L’enquête sur l’assassinat, mercredi, de l’icône de la droite américaine Charlie Kirk n’a, à ce stade, pas permis d’identifier le tireur.
Pour autant, le président américain Donald Trump en a accusé la gauche et a promis de se venger, sur fond de regain d’antisémitisme au sein des milieux extrémistes, sur Internet, pour lesquels il ne fait pas de doute que les Juifs et Israël sont responsables.
« Charlie Kirk a été assassiné par des juifs », peut-on lire sur un compte appelé Greatest Noticer – nom d’utilisateur manifestement lié à un mot d’ordre néo-nazi.
« À ce stade, y a-t-il ne serait-ce qu’une personne qui ne pense pas que Charlie Kirk a été assassiné par le Mossad ? », a écrit sur X Ryan Matta, animateur de podcast fort d’une communauté de 200 000 abonnés, en parlant de l’agence d’espionnage israélienne.
De telles accusations se sont déchainées sur X dans les heures qui ont suivi la fusillade dans l’Utah, selon un modèle qui se répète après chaque événement majeur. Au cas présent, ces accusations ont été alimentées par des soupçons d’antisémitisme dont avait fait l’objet Kirk, qui avait notamment lié le Mossad à l’affaire Jeffrey Epstein, et la réaction rapide des politiciens israéliens à l’annonce de sa mort.
Le mois dernier, Harrison Smith, un Texan qui publie sur le site conspirationniste d’extrême droite Infowars, avait publié un contenu largement diffusé disant en substance : « je ne vais pas donner de noms, mais un proche de Charlie Kirk m’a dit que Charlie pensait qu’Israël le tuerait s’il se retournait contre eux », avait écrit Smith le 13 août dernier. L’homme a maintenu ses propos, mercredi.
Certains messages semblaient venir de comptes de bots, lesquels ont proliféré sur X ces dernières années, à mesure que la plate-forme de réseaux sociaux a assoupli ses règles de modération depuis son rachat par Elon Musk. D’autres messages venaient de voix bien réelles et influentes, dont certaines ont laissé entendre que les récents propos de Kirk sur les Juifs et Israël avaient pu faire de lui une cible.
« Il ne m’a pas fallu plus de cinq secondes pour trouver ces exemples et d’autres, de personnes sautant sur l’assassinat de Kirk pour mieux propager des propos antisémites », a écrit Mark Pitcavage, chercheur principal au Centre pour l’extrémisme de l’Anti-Defamation League, alors qu’il partageait deux messages.
De nombreux Juifs de droite vénéraient Kirk, qui se considérait comme un défenseur des Juifs et d’Israël. (En effet, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et les membres de son cabinet de droite ont déploré la mort d’un ami d’Israël.) Certains membres de la droite juive ont tout autant critiqué les tenants de complots antisémites que les voix anti-Israël.
« Les personnes qui traitaient Charlie Kirk de ‘suppôt des Juifs’ sont les mêmes qui disent aujourd’hui que c’est le Mossad qui l’a assassiné », a écrit sur X Eyal Yakoby, un influenceur qui s’est fait connaître en tant que critique de l’antisémitisme au sein de son université. « Ce sont des gens malades qui profitent d’une tragédie pour promouvoir leurs intérêts réellement diaboliques. »
« Le corps de Charlie Kirk n’est pas encore froid que les complotistes antisémites accusent déjà le Mossad », a écrit sur X l’influenceur pro-Israël Eylon Levy.
Charlie Kirk’s body isn’t even cold, and antisemitic conspiracy theorists are already blaming Mossad. pic.twitter.com/JYN7urVkp6
— Eylon Levy (@EylonALevy) September 10, 2025
La situation actuelle amène des personnes de tous bords politiques à se demander si l’assassinat de Kirk pourrait être un nouveau « Reichstag », allusion à l’incendie du parlement allemand, en 1933, utilisé par les nazis pour justifier la répression accrue des communistes et, finalement, la persécution et l’assassinat en masse des Juifs. (Les historiens ont conclu que cet incendie était en fait un coup monté des nazis.)
« L’assassinat de Charlie Kirk, c’est l’incendie du Reichstag américain », a écrit sur les réseaux sociaux une personnalité d’extrême droite nommée Matt Forney, qui se targue d’avoir été banni de X avant l’arrivée de Musk. « Il est temps de réprimer sévèrement la gauche. Il faut arrêter tous les politiciens démocrates et interdire le parti en vertu de la RICO. Il faut aussi réduire au silence tous les commentateurs gauchiasses. »
(En quête de comparaisons historiques, certains ne se sont pas tournés vers l’incendie du Reichstag mais vers l’assassinat en 1930 de Horst Wessel, membre de l’aile paramilitaire nazie. Les nazis en ont fait un martyr à propos duquel ils ne tarissaient pas d’éloges lorsqu’ils ont fini par se faire connaitre et ont accédé aux plus hautes charges publiques dans les années qui ont suivi.)
Ezra Klein, commentateur pour le New York Times, a dans sa chronique de jeudi regretté cette tentation du Reichstag parmi certains milieux de droite. Et Owen Jones, journaliste britannique fort d’1 million d’abonnés, a partagé la publication de Forney comme preuve de signaux inquiétants au sein des discours de droite.
« L’incendie du Reichstag a été utilisé par les nazis pour détruire tout ce qui restait de la démocratie, commencer la liquidation de la gauche et la persécution légale des Juifs », a-t-il tweeté. « Nous ignorons qui a assassiné Charlie Kirk, mais l’extrême droite trumpiste y voir là l’occasion rêvée. »
Trump lui-même l’a d’ailleurs laissé entendre lors d’une allocution vidéo, mercredi soir, en se joignant à ceux qui, tels Musk, tiennent la gauche pour responsable de la fusillade et se disent favorables à une dure répression.
« Pendant des années, les membres de la gauche radicale ont comparé de merveilleux Américains comme Charlie aux nazis et aux pires meurtriers de masse et criminels du monde », a déclaré Trump. « C’est ce genre de discours qui est directement responsable du terrorisme que nous voyons dans notre pays aujourd’hui, et qui doit cesser maintenant. »
Trump a déclaré que son administration allait établir l’identité de « ceux qui ont participé à ces atrocités et à d’autres violences politiques, à commencer par les organisations qui les financent et les soutiennent, ainsi que ceux qui s’en prennent à nos juges, aux responsables de l’application de la loi et à tous ceux qui maintiennent l’ordre dans notre pays ».
L’assassinat de Kirk s’ajoute à la déjà longue liste des cas de violences politiques qui, aux États-Unis, font des victimes de tous bords politiques. Le mois dernier, ce sont deux députés démocrates qui ont été abattus dans le Minnesota, l’un d’entre eux, semble-t-il, par un extrémiste de droite. Et en mai dernier, Yaron Lischinsky et Sarah Milgrim ont été abattus devant le musée juif de Washington par un militant de gauche qui aurait crié « Libérez la Palestine » après la fusillade et a été inculpé de meurtre.
Dans l’Utah, une chasse à l’homme est en cours pour retrouver le meurtrier de Kirk. La police a indiqué avoir remis en liberté deux suspects potentiels sans être parvenue à identifier l’auteur des coups de feu.
« Cette résurgence des violences politiques – orchestrée par ceux qui l’utilisent pour dresser les communautés les unes contre les autres – est l’une des menaces les plus graves pour notre démocratie et notre sécurité », a tweeté Amy Spitalnick, PDG du Jewish Council for Public Affairs [NDLT : Conseil juif pour les affaires publiques], en réaction à l’annonce de la mort de Kirk. « C’est terrifiant. Et je suis encore plus terrifiée à l’idée de ce qui pourrait s’ensuivre. »







