Syrie : coupure d’un axe majeur de ravitaillement de l’Etat Islamique
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Syrie : coupure d’un axe majeur de ravitaillement de l’Etat Islamique

Une coalition arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis a pu couper un axe entre l'EI et la Turquie

Des combattants du groupe Etat islamique tirant à partir d'un véhicule blindé sur une route menant à Ain al-Arab (Kobané), à la frontière entre la Syrie et la Turquie, capture d'écran YouTube (Crédit : AFP / HO / AAMAQ AGENCE DE NOUVELLES)
Des combattants du groupe Etat islamique tirant à partir d'un véhicule blindé sur une route menant à Ain al-Arab (Kobané), à la frontière entre la Syrie et la Turquie, capture d'écran YouTube (Crédit : AFP / HO / AAMAQ AGENCE DE NOUVELLES)

Le principal axe de ravitaillement du groupe Etat islamique entre la Syrie et la Turquie est coupé après l’encerclement total vendredi de la ville de Minbej (nord) par des forces soutenues par Washington, un coup dur pour les jihadistes.

Sur le plan humanitaire, les habitants de Daraya qui souffrent de graves pénuries ont reçu une aide alimentaire internationale pour la première fois depuis le siège imposé en 2012 par le régime de Bachar al-Assad à cette ville rebelle proche de Damas.

Dans la guerre complexe qui ravage la Syrie depuis plus de cinq ans, l’étau se resserre sur l’EI, organisation jihadiste la plus redoutée au monde responsable d’exactions en Syrie et en Irak voisin ainsi que d’attentats meurtriers à travers le monde.

Vendredi, une coalition arabo-kurde, les Forces syriennes démocratiques (FDS), a coupé « la dernière route reliant Minbej à la frontière turque », a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Les terroristes de l’EI sont maintenant complètement assiégés (à Minbej), sans aucune porte de sortie », a tweeté de son côté le représentant des Etats-Unis auprès de la coalition anti-EI, Brett McGurk.

Minbej, passée sous la coupe des jihadistes depuis 2014, était un carrefour clé sur le principal axe permettant à l’EI de faire transiter hommes, armes et argent entre la Turquie et son fief syrien de Raqa (nord).

L’EI contrôle encore une bande frontalière et des routes secondaires vers la Turquie mais celles-ci sont dangereuses et difficiles d’accès, selon M. Abdel Rahmane.

— Plus de 200 morts —

Depuis le début de leur offensive le 31 mai, les FDS, appuyées par les frappes de la coalition dirigée par les Etats-Unis, ont coupé les routes reliant Minbej aux zones contrôlées par l’EI en Syrie: celle vers Jarablos, un point de passage au nord, celle vers Raqa, leur capitale de facto au sud-est, celle vers Al-Bab, au sud-ouest et finalement vendredi celle menant au point de passage frontalier al-Raï, au nord-ouest.

« Pour que les jihadistes parviennent de Raqa à la frontière turque, ils doivent passer désormais par une route plus dangereuse pour eux en raison de la proximité des troupes du régime syrien et des bombardements russes », explique M. Abdel Rahmane.

Les FDS ont pris 79 villages et hameaux dans les environs de Minbej, lors de combats qui ont fait au moins 218 morts –159 jihadistes, 22 combattants FDS et 37 civils, ces derniers tués en majorité par les frappes de la coalition selon l’OSDH.

Des milliers d’habitants ont fui Minbej alors que les jihadistes, qui ont fait sortir leurs familles, sont restés pour défendre la ville, d’après l’OSDH.

En début de semaine, le commandement militaire américain au Moyen-Orient avait indiqué que l’offensive de Minbej faisait partie des efforts visant « à chasser Daech (acronyme de l’EI en arabe) de la frontière turque (…), de limiter le flux de combattants étrangers et de minimiser la menace de Daech contre la Turquie, l’Europe et les Etats-Unis ».

L’EI est l’objet depuis quelques semaines de multiples offensives en Syrie, par les forces soutenues par Washington mais aussi par les troupes du régime syrien appuyées par l’aviation russe.

– Bombardements sur Daraya –

Près de Damas, un convoi d’aide transportant de la nourriture est entré jeudi soir à Daraya pour la première fois depuis le début du siège de la ville il y a environ quatre ans.

Des aliments secs et des sacs de farine » suffisant « pour un mois » ont été apportés, a indiqué à l’AFP Tammam Mehrez, directeur des opérations du Croissant Rouge syrien.

Damas avait toujours refusé de laisser entrer de la nourriture à Daraya, une des premières villes à se soulever contre le régime.

Les forces progouvernementales tentent depuis quatre ans de la reprendre car elle est très proche de la base aérienne de Mazzé, siège des services de renseignements de l’armée de l’air et de leur prison.

Vendredi, au lendemain de l’entrée de l’aide, l’aviation syrienne a largué plus de 20 barils d’explosifs sur la ville, selon l’OSDH et des militants.

« Les distributions n’ont pas commencé à cause des bombardements intenses », a déclaré à l’AFP un militant antirégime, Shadi Matar.

Environ 8.000 personnes selon l’OSDH et le conseil local, 4.000 selon l’ONU, habitent encore cette ville et beaucoup souffrent de malnutrition.

Le 1er juin, un convoi d’aide humanitaire avait atteint Daraya mais sans nourriture.

L’ONU estime que quelque 592.700 personnes vivent dans 19 zones et localités assiégées. Dans certaines comme Madaya des civils sont morts de faim.

Le conflit en Syrie, déclenché par la répression de manifestations réclamant des réformes, s’est complexifié au fil des ans avec une multitude d’acteurs syriens, régionaux et internationaux. Il a fait plus 280.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés.

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