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Tchéquie: destruction d’une porcherie bâtie sur un ex-camp de concentration pour Roms

"Nous clôturons aujourd'hui un chapitre honteux de notre histoire moderne", a déclaré la présidente du parlement tchèque

Une photo aérienne prise le 22 juillet 2022 montre la ferme porcine industrielle située sur le site d'un ancien camp de concentration rom à Lety, en République tchèque. Quelque 1 300 Roms ont été emprisonnés dans le camp de Lety pendant la Seconde Guerre mondiale, travaillant dans une carrière, sur la construction de routes, dans les champs et les forêts.
Au total, 327 personnes sont mortes ici, dont 241 enfants de moins de 14 ans. Le régime communiste de l'ancienne Tchécoslovaquie a construit la ferme porcine sur le site dans les années 1970. (Crédit : Tomas Novak / AFP)
Une photo aérienne prise le 22 juillet 2022 montre la ferme porcine industrielle située sur le site d'un ancien camp de concentration rom à Lety, en République tchèque. Quelque 1 300 Roms ont été emprisonnés dans le camp de Lety pendant la Seconde Guerre mondiale, travaillant dans une carrière, sur la construction de routes, dans les champs et les forêts. Au total, 327 personnes sont mortes ici, dont 241 enfants de moins de 14 ans. Le régime communiste de l'ancienne Tchécoslovaquie a construit la ferme porcine sur le site dans les années 1970. (Crédit : Tomas Novak / AFP)

La démolition d’un élevage porcin, construit en République tchèque sur le site d’un ancien camp de concentration nazi pour Roms, a commencé vendredi après des décennies de controverse.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, 1 300 Roms environ ont été internés par les Nazis dans le camp de Lety, situé à 80 km au sud de Prague.

327 roms y sont morts, parmi lesquels 241 enfants de moins de 14 ans, et plus de 500 ont été déportés vers le camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau, dans le sud de la Pologne occupée par les nazis.

Dans les années 1970, la République tchécoslovaque, pays du bloc communiste, a fait construire un élevage porcin sur l’ancien site du camp.

Une organisatrice (d) et un descendant des prisonniers roms Cenek Ruzicka, (g) se tiennent près du bâtiment lors du début officiel de la démolition de la ferme porcine industrielle située sur le site d’un ancien camp de concentration rom à Lety, en République tchèque, le 22 juillet 2022. (Crédit : Tomas NOVAK / AFP)

Après la chute du régime communiste en 1989, la Tchécoslovaquie a été divisée en deux États quatre ans plus tard.

Mais il aura fallu des décennies au gouvernement pour autoriser le démantèlement de l’élevage. Les Roms, paupérisés, vivent pour leur part toujours aux marges de la société tchèque.

« Nous clôturons aujourd’hui un chapitre honteux de notre histoire moderne », a déclaré la présidente du parlement tchèque Marketa Pekarova Adamova lors d’une cérémonie qui s’est tenue à Lety.

Les responsables présents à la cérémonie ont effectué une destruction symbolique de l’édifice en démontant les briques d’un modèle miniature du bâtiment.

Une femme et un enfant près de la porcherie située sur le site d’un ancien camp de concentration à Lety, en République tchèque, le 24 juin 2017. (Crédit : Michal Cizek/AFP)

Cenek Ruzicka, fils d’une survivante du camp de Lety, s’est pour sa part attaqué, pioche en main, à l’un des murs de la ferme qui avait abrité dans le temps jusqu’à 13 000 porcs.

Son frère s’en est pris à une fenêtre à coups de marteau.

« Comme vous le voyez, tout finit bien, même si je ne pensais pas que tout cela serait si long », a dit M. Ruzicka à l’AFP.

En 1995, le président tchèque Vaclav Havel avait inauguré un mémorial près de la ferme, mais les autorités n’avaient pas touché l’exploitation, qui appartenait à un gestionnaire privé.

Un tracteur sur l’immense porcherie industrielle située sur l’emplacement d’un ancien camp de concentration à Lety, dans le sud de la Bohême, en République tchèque, le 4 mai 2005. (Crédit : Michal Cizek/AFP)

Il aura fallu attendre 2018 pour que le gouvernement tchèque rachète le site et entreprenne la construction d’un mémorial de l’Holocauste rom, sous la pression de la minorité rom et d’instances internationales, dont les Nations unies et l’Union européenne.

Un espace d’accueil du public sera inauguré au début de l’année prochaine, et sera le premier édifice d’un futur mémorial estimé à au moins 100 millions de couronnes tchèques (4 M USD).

M. Ruzicka, dont la grand-mère et la petite sœur ont perdu la vie à Lety, a été la cheville ouvrière du projet.

« J’ai été guidé par ma culture. Les membres de la communauté rom tchèque sont formidablement fiers, et n’abandonnent jamais », a expliqué M. Ruzicka, né en 1946.

Mémorial aux victimes Roms de l’Holocauste inauguré en 2000 au cimetière Mirovice, près d’une immense porcherie industrielle située sur l’emplacement d’un ancien camp de concentration à Lety, dans le sud de la Bohême, en République tchèque, le 4 mai 2005. (Crédit : Michal Cizek/AFP)

La République tchèque, pays membre de l’UE de 10,5 millions d’habitants, a une communauté rom estimée à entre 250 000 et 300 000 personnes.

Sur les 9 500 Roms tchèques dénombrés avant la Seconde Guerre mondiale, moins de 600 ont survécu à la Shoah.

Selon les historiens, les nazis ont exterminé plus de la moitié du million de Roms qui vivaient en Europe avant la Seconde Guerre mondiale.

Selon l’Union européenne, 10 à 12 millions de Roms vivent actuellement en Europe, dont six millions dans des pays membres de l’UE.

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