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Téhéran : les caméras de l’ONU resteront éteintes jusqu’à la relance de l’accord

Mohammad Eslami a déclaré que l’accord était supposé garantir le caractère pacifique du programme iranien et que tant que les accusations persisteront, la surveillance sera arrêtée

Mohammad Eslami, nouveau directeur de l'agence nucléaire iranienne (AEOI), s'exprime sur la scène de la conférence générale de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à Vienne, en Autriche, le 20 septembre 2021. (Crédit : Lisa Leutner/AP/Dossier)
Mohammad Eslami, nouveau directeur de l'agence nucléaire iranienne (AEOI), s'exprime sur la scène de la conférence générale de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à Vienne, en Autriche, le 20 septembre 2021. (Crédit : Lisa Leutner/AP/Dossier)

Le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique a déclaré lundi que les caméras de surveillance de l’ONU postées dans les installations nucléaires iraniennes pour surveiller les opérations en cours resteraient éteintes, à moins d’une relance de l’accord nucléaire de 2015.

L’Iran a déclaré avoir retiré les caméras le mois dernier suite à l’échec des pourparlers.

« Nous ne rallumerons pas les caméras de l’AIEA tant que l’autre partie ne reviendra pas à l’accord nucléaire », a déclaré Mohammad Eslami aux journalistes, selon une information de Reuters citant l’agence de presse iranienne Tasnim.

Eslami a déclaré que le but de l’accord, connu sous le nom de Plan d’action global conjoint [JCPOA dans son acronyme anglo-saxon], était de mettre fin aux accusations selon lesquelles le programme nucléaire iranien était tout sauf pacifique.

Tant que de telles accusations persisteront, les caméras resteront éteintes, a-t-il déclaré, insistant sur le fait que les activités nucléaires de l’Iran étaient purement pacifiques.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a indiqué lundi que Téhéran ne se laisserait pas entrainer dans un accord « à la va-vite » pour relancer l’accord nucléaire avec les puissances mondiales.

« Ils exigent que l’Iran prenne une décision rapide, [insistant sur le fait que] le temps est limité et que l’Iran doit réagir rapidement », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Nasser Kanani, lors de sa conférence de presse hebdomadaire, évoquant les parties occidentales à l’accord.

Kanani a ajouté que la République islamique « ne sacrifiera pas les intérêts fondamentaux du pays … dans un accord de dernière minute. Elle fait face à « une intense pression psychologique et de fortes attentes unilatérales », a-t-il déclaré. Mais « si les États-Unis agissent de manière constructive et positive, un accord pourrait être proche ».

Rafael Mariano Grossi, directeur général de l’AIEA, présente une caméra de surveillance au siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique à Vienne, en Autriche, le 17 décembre 2021. (Crédit : Alex Halada/AFP)

Le JCPOA a été signé entre l’Iran et les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine, la Russie et l’Allemagne. Il a accordé à l’Iran un allègement des sanctions en échange de restrictions sur son programme nucléaire pour l’empêcher d’obtenir l’arme nucléaire.

Dans le cadre de l’accord, l’Iran a accepté d’installer des dizaines de caméras opérées par l’ONU dans ses installations, pour surveiller les activités.

L’administration Trump s’est retirée de l’accord en 2018 et a réimposé des sanctions sévères. L’Iran a réagi en abandonnant ses propres engagements envers le JCPOA, en intensifiant ses activités nucléaires et en enrichissant l’uranium à des niveaux supérieurs à ceux fixés dans l’accord.

En juin, l’Agence internationale de l’énergie atomique de l’ONU a déclaré que l’Iran avait désactivé 27 caméras de surveillance des installations nucléaires iraniennes, ce qui augmente le risque que ses inspecteurs ne soient pas en mesure de suivre les avancées de Téhéran alors qu’il enrichit de l’uranium plus près que jamais des niveaux de qualité militaire.

Il a qualifié cette décision de « coup fatal » porté aux négociations visant à relancer le JCPOA. Les négociations sont au point mort depuis des mois.

Le président iranien Ebrahim Raisi, deuxième à droite, écoutant une explication tout en regardant une centrifugeuse avancée lors d’une exposition sur les réalisations nucléaires de l’Iran à Téhéran, en Iran, le 9 avril 2022. (Crédit: Bureau du président iranien)

Les pourparlers à Vienne, qui ont débuté en avril 2021 pour rétablir l’accord, sont au point mort depuis mars en raison de divergences entre Téhéran et Washington sur plusieurs questions.

Les deux parties négocient par l’intermédiaire du coordinateur de l’Union européenne.

Le Qatar a accueilli des pourparlers indirects, le mois dernier, entre les États-Unis et l’Iran dans le but de remettre le processus de Vienne sur les rails, mais ces discussions ont été interrompues après deux jours, sans aucune avancée notable.

Le président français, Emmanuel Macron, a déclaré samedi à son homologue iranien Ebrahim Raisi que la relance de l’accord historique était « toujours possible » mais devait se produire « très vite ».

Selon un communiqué de la présidence française, Macron aurait également « exprimé sa déception » face à l’absence de progrès après la suspension des pourparlers à Vienne et souligné la nécessité pour l’Iran de revenir à l’accord et mettre en œuvre ses engagements nucléaires.

Les propos de Macron font suite à ceux du chef de l’espionnage britannique, qui a émis des doutes sur la possibilité de relancer l’accord, affirmant que le guide suprême iranien et décideur ultime, l’ayatollah Ali Khamenei, y était opposé.
« Je ne pense pas que le guide suprême… veuille conclure un accord. Les Iraniens ne voudront pas non plus mettre fin aux pourparlers, afin de maintenir le dialogue », a assuré le chef du MI6, Richard Moore, à la fin de la semaine dernière.

Cette combinaison de photos d’archives montre le président français Emmanuel Macron (à droite) et le président iranien Ebrahim Raisi. (AP)

Vendredi, le chef de l’AIEA indiquait que le programme nucléaire iranien « avançait à un rythme très soutenu et que nous avions très peu de visibilité ».

La veille, le porte-parole du département d’Etat américain, Ned Price, déclarait que l’Iran « ne semblait pas avoir pris la décision politique – ou les décisions, devrais-je dire – nécessaires pour revenir au respect » de l’accord.

La semaine passée, un responsable iranien déclarait que Téhéran avait la capacité technique de fabriquer une bombe nucléaire, sans avoir toutefois décidé d’en fabriquer.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré plus tard qu’il n’y avait « aucun changement » dans sa politique nucléaire, faisant référence à la décision islamique qui prohibe « les armes de destruction massive ».

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