Tel Aviv : Des milliers de Juifs et d’Arabes se rassemblent pour la coexistence
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Tel Aviv : Des milliers de Juifs et d’Arabes se rassemblent pour la coexistence

La manifestation, qui a réclamé également une solution à deux États, survient après des émeutes violentes dans les villes mixtes et après le conflit entre Israël et le Hamas à Gaza

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Des Israéliens manifestent pour le calme et la coexistence entre Juifs et Arabes israéliens sur la place HaBima de Tel Aviv, le 22 mai 2021. (Crédit :Miriam Alster/Flash90)
Des Israéliens manifestent pour le calme et la coexistence entre Juifs et Arabes israéliens sur la place HaBima de Tel Aviv, le 22 mai 2021. (Crédit :Miriam Alster/Flash90)

Des milliers de personnes ont manifesté, samedi soir, dans le centre de Tel Aviv, appelant à la coexistence entre Juifs et Arabes et à une solution à deux États au conflit israélo-palestinien.

Le rassemblement a suivi un conflit de onze jours entre Israël et les groupes terroristes de la bande de Gaza, qui a entraîné de violentes émeutes dans les villes judéo-arabes du pays – notamment dans des communautés considérées depuis longtemps comme des modèles de coexistence. Plusieurs personnes ont été grièvement blessées dans ces heurts qui ont aussi fait deux morts.

Scandant « c’est notre foyer à tous » et « nous sommes solidaires sans haine et sans peur », les manifestants ont défilé de la place Rabin, à Tel Aviv, jusqu’à la place du théâtre Habima. Là-bas, la foule rassemblée a écouté les discours de deux des organisateurs du mouvement, Itamar Avnery et Sally Abed, ainsi que les interventions de l’auteur David Grossman et du député de la Liste arabe unie Ayman Odeh.

Grossman a déploré le prix payé par les enfants israéliens et palestiniens au cours du dernier conflit.

« Permettez-moi de consacrer mes paroles, ce soir, aux enfants des communautés frontalières de Gaza et aux enfants de Gaza », a-t-il indiqué.

« Nous sommes les otages d’extrémistes divers et variés. Nous restons, bouche bée, à observer comment des êtres humains deviennent des cibles, comment des mères s’allongent sur leurs enfants dans les rues pour les protéger, comment des immeubles à plusieurs étages s’effondrent comme un château de cartes et comment des familles entières disparaissent en un clin d’œil », a dit Grossman, dont le fils a été tué pendant la Seconde guerre du Liban, en 2006, durant son service militaire.

Sally Abed et Itamar Avnery ont pris la parole lors d’un rassemblement sur la coexistence entre Juifs et Arabes lors d’un rassemblement à Tel Aviv, le 22 mai 2021. (Autorisation)

Se référant aux violences récentes, Avnery, un Juif israélien, a déclaré devant les manifestants qu’ils devaient transformer leurs convictions en activisme.

« Si les deux dernières semaines ont été dures pour vous, si vous avez ressenti du désespoir, nous sommes là pour vous dire : Ne désespérez pas et organisez-vous », a-t-il lancé.

Sally Abed, qui, aux côtés d’Avnery, dirige l’organisation « Omdim Beyachad » (Nous nous tenons debout ensemble), a affirmé qu’Arabes et Juifs devaient œuvrer de concert à créer une société plus égalitaire.

« Je m’appelle Sally, je suis citoyenne palestinienne d’Israël. Je refuse de revenir à un quotidien de discrimination institutionnelle, de violences policières et d’arrestations politiques. Je refuse d’être une citoyenne de seconde zone et je refuse un gouvernement raciste qui menace toutes nos vies au profit d’une élite économique et pro-implantations. Le gouvernement n’a aucun intérêt à servir nos intérêts », a-t-elle affirmé.

Le député Ayman Odeh, de la Liste arabe unie à la Knesset, a pour sa part expliqué que ce rassemblement lui donnait de l’espoir.

« On parle de cette obscurité qui est en train de s’abattre sur notre pays », a-t-il dit, alors qu’il a été très critiqué lors des violences pour ne pas avoir appelé au calme. « J’aperçois de la lumière. J’aperçois une lumière forte. Juifs et Arabes ensemble dissiperont l’obscurité. Car vous êtes la lumière ».

Le chef de la Liste arabe unie Ayman Odeh s’exprime devant les journalistes devant sa maison à Haïfa le 3 mars 2020. (Flash90)

Odeh a ajouté qu’il n’acceptait pas que le nationalisme entraîne une situation gagnant-perdant.

« Nous n’acceptons pas la dichotomie du nationalisme. La seule manière d’avancer est d’avancer ensemble. Juifs et Arabes ensemble… Il y a deux nations ici. Toutes deux jouissent du même droit à l’auto-détermination. Toutes deux ont droit à la paix et à l’égalité. Nous respectons l’identité nationale des Juifs et l’identité nationale des Arabes, nous respectons les deux nations. Une voie qui nous permettra d’avancer existe », a-t-il continué.

« Les choses peuvent être différentes »

« Nous sommes venus à la manifestation pour entendre une voix différentes de celle des médias, pour voir des gens qui pensent comme nous », a noté Vanessa, citoyenne arabe israélienne qui vit à Tel Aviv avec Issa, son conjoint.

Vanessa, qui tient un magasin de prêt-à-porter et Issa, étudiant ingénieur à l’université de Tel Aviv, sont originaires de Jaffa et ont tous deux confié avoir été choqués par la manière dont les résidents arabes de la ville ont été traités, ces derniers jours.

Une voiture de police en feu à Lod, le 12 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

« Nous avons vraiment ressenti de l’impuissance au cours des deux dernières semaines. Cela nous fait mal de voir la police se dresser contre nous alors même que nous sommes des citoyens israéliens », a déploré Vanessa.

« A Tel Aviv, la police avait mis un gant de velours avec nous mais à Jaffa, les agents avaient chargé les armes », a expliqué Issa, qualifiant de « sans précédent » le comportement de la police.

« Je pense que les policiers ont reçu leurs ordres d’en haut », a-t-il continué.

Le couple a dit espérer la paix.

« Je veux vivre le moment présent, pas dans le passé. Je veux vivre avec mon voisin, parce qu’il est devenu aujourd’hui celui qui vit à côté de moi, et je ne veux pas m’arrêter au fait que son grand-père, dans le passé, s’est battu contre le mien », continue Issa.

Vanessa a ajouté que « je ne crois pas en l’occupation. Elle doit s’arrêter de manière à ce qu’il puisse y avoir une paix réelle entre Israël et la Palestine, parce que là, on ne va nulle part et que les Palestiniens non plus ne vont nulle part ».

Saheil Biab, 65 ans, qui habite Nazareth, a dit avoir été profondément secoué par les deux dernières semaines.

« J’avais peur que les progrès que nous avions fait au fil des décennies aient été détruits, ce rêve d’un combat commun, entre Juifs et Arabes, en faveur de la paix, de l’égalité et de la justice », a commenté Biab, ancien adjoint au maire à Nazareth et ex-directeur du département de l’égalité du sein du syndicat de la Histadrout.

Saheil Biab, ancien adjoint au maire de Nazareth, manifeste pour la coexistence entre Juifs et Arabes à Tel Aviv, le 22 mai 2021. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

« J’avais peur que ces groupes fascistes, Lehava, Itamar Ben Gvir et La Familia, ne laissent pas les deux populations coexister », a-t-il ajouté, se référant aux activistes Juifs d’extrême-droite impliqués dans plusieurs émeutes violentes.

Yonatan Hefetz, 36 ans, Juif israélien, s’est rendu au rassemblement en compagnie de plusieurs amis qui, dans leur jeunesse, avaient pris part au camp d’été « Semences de paix » – qui regroupe adolescents israéliens et arabes dans un camp, dans le Maine.

Il a déclaré s’être entretenu, au cours des quinze derniers jours, avec des amis de Cisjordanie, de Jordanie et d’Égypte.

« Nous nous efforçons d’écouter, il y a beaucoup de colère. Nous essayons d’expliquer ce qu’il se passe ici. J’ai fait part de mon désaccord avec certains des termes qu’ils emploient, comme ‘apartheid’ et ‘nettoyage ethnique’. Je pense qu’ils utilisent ces mots à cause de l’influence américaine. Ces mots viennent de l’Amérique », explique-t-il.

Jonathan Hefetz, à droite, et d’autres anciens du camp d’été « Semences de paix » lors d’une manifestation en faveur de la coexistence pacifique à Tel Aviv, le 22 mai 2021. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

Hefetz a aussi noté que ses conversations avec ses amis arabes, hors des frontières d’Israël, avaient été très lourdes au niveau émotionnel et qu’un grand nombre d’entre eux étaient furieux.

« Toutes ces émotions obscurcissent votre rationalité », dit-il. « Il ne s’agit pas de citoyens : Tout cela est politique. C’est un combat entre le Hamas et un gouvernement israélien de droite. Nous sommes venus ici pour afficher notre solidarité et montrer aussi que les choses peuvent être différentes », a-t-il conclu.

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