Tel Aviv : une exposition dédiée aux plantes, ces êtres vivants complexes
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Tel Aviv : une exposition dédiée aux plantes, ces êtres vivants complexes

‘PLAN(e)T,’ à découvrir gratuitement à la galerie de l'université Genia Schreiber, allie sciences et art pour souligner les liens entre les êtres humains et les végétaux

"Promised Land", qui fait partie du projet "Fallen Fruit", présenté à la galerie d'art de l'université Genia Schreiber (Autorisation)
"Promised Land", qui fait partie du projet "Fallen Fruit", présenté à la galerie d'art de l'université Genia Schreiber (Autorisation)

Une nouvelle exposition fascinante intitulée « PLAN(e)T », qui marie recherche scientifique et art pour dévoiler la beauté, la complexité, la signification culturelle et l’exploitation humaine des plantes, a ouvert ses portes la semaine dernière à la galerie de l’université Genia Schreiber à Tel Aviv.

« Nous avons tendance à considérer les plantes comme des objets : dans une pièce, il y a une table, une chaise et une plante en pot ; à l’extérieur, il y a un bâtiment, un banc et un arbre », expliquent les deux conservateurs de l’exposition, Tamar Mayer et Sefy Hendler, qui est également directeur de la galerie.

« Même si nous savons que les plantes sont des êtres en développement, nous les plaçons davantage du côté du monde des objets que de celui des êtres vivants… Les plantes, les fleurs et les arbres forment l’arrière-plan de nos existences et ils nous servent de produits de consommation, de produits alimentaires en premier lieu », ajoutent-ils.

Mais face au changement climatique, le manque de relations réelles entre l’humanité et la nature, ainsi que les divisions, ne sont plus appropriés.

« Les plantes pensent, pensez aux plantes » : ce sous-titre de l’exposition incarne un appel à considérer les végétaux d’une manière plus ouverte, plus complexe ; à prendre en compte que les plantes sont hautement « intelligentes » – même si l’expression de cette intelligence diffère de celle des animaux, et particulièrement de celle des êtres humains – et à remettre en question le rang très bas auquel les hommes ont placé les végétaux dans la hiérarchie du vivant.

Une exploration de ces divisions commence dès l’accès à la galerie (situé juste à gauche de la principale entrée de l’université, sur la rue Chaim Levanon, à proximité du carrefour avec la rue Einstein).

L’espace a été transformé en « Terre promise » colorée mais sinistrée à l’aide d’un papier peint posé du sol au plafond et par des rideaux créés par les deux designers américains David Burns et Austin Young.

Leur projet, Fallen Fruit, a commencé il y a 14 ans avec une cartographie des arbres fruitiers présents dans les espaces publics de leur ville natale de Los Angeles. Il a ensuite évolué en portraits photographiques, avec des vidéos documentaires expérimentales et des installations faites dans des lieux prestigieux des États-Unis et du monde.

Invités à présenter leur exposition à Tel Aviv, Burns et Young se sont rendus à trois reprises dans la ville pour y faire des recherches, rencontrer des universitaires et explorer les contenus du musée d’Histoire naturelle Steinhardt de l’université.

Le résultat est un collage de photographies de plantes israéliennes communes et d’oiseaux de proie en danger ou éteints avec un arrière-plan sombre et menaçant. Le seul mammifère à apparaître dans l’œuvre est un léopard sans yeux. L’intervention humaine est seulement évoquée par des rubans ou des étiquettes de catalogue attachés sur certains des sujets présentés.

David Burns, à gauche, et Austin Young posent devant leur oeuvre réalisée spécifiquement pour le site, Promised Land, à la galerie d’art de la Genia Schreiber University à Tel Aviv, le 7 janvier 2020 (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Dans le cadre de Fallen Fruit, Burns et Young ont cartographié les arbres fruitiers dans plusieurs quartiers de Tel Aviv – des plans sont mis à disposition à la galerie.

Des activités pour enfants et de plantation et de recherche de nourriture sont également au programme pour agrémenter encore la visite.

La docteure Yasmine Meroz, physicienne à l’université de Tel Aviv apporte également sa contribution, s’intéressant aux mécaniques permettant aux plantes d’apprendre, de s’adapter et même de prendre des décisions pour leur survie dans leur environnement.

Son laboratoire fait partie de GrowBot, un projet de quatre ans qui a été financé par l’Union européenne et dans lequel neuf scientifiques de disciplines différentes et originaires de cinq pays étudient les plantes grimpantes dans l’espoir de développer des robots qui peuvent « grandir » et se rendre dans des endroits inaccessibles pour les robots marcheurs traditionnels.

Le tropisme – mouvement d’une plante en réponse à un stimulus externe – est exploré dans une installation artistique inspirée par la recherche scientifique de l’université de Tel Aviv à la galerie d’art de la Genia Schreiber à Tel Aviv, le 7 janvier 2020 (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Pour « PLAN(e)T », Yasmine Meroz a coopéré avec l’artiste Liat Segal sur une installation d’objets ressemblant à des tiges, qui bougent en réaction à la lumière – en utilisant des mécanismes et des capteurs basés sur ce que Yasmine Meroz avait découvert dans le milieu végétal. Au cours du processus appelé tropisme, des plantes réelles répondent à des stimuli externes en bougeant, mais avec une lenteur que les êtres humains ne sont pas en capacité de discerner – ce qui explique partiellement pourquoi les plantes sont davantage considérées comme des objets que comme appartenant au monde vivant. Pour l’exposition, ce mouvement a été accéléré.

L’artiste Liat Segal, à gauche, et la physicienne Yasmine Meroz qui ont collaboré pour une exposition sur le tropisme des plantes à la galerie d’art de la Genia Schreiber University à Tel Aviv, le 7 janvier 2020 (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Les tiges sont habillées de fibre de carbone. L’une des composantes de la vie, le carbone, est également devenu populaire dans les hautes technologies, l’aérospatiale et d’autres secteurs technologiques avancés en raison de sa force et de sa légèreté en termes de poids. Cette dualité entre la nature et la high-tech est une pierre d’achoppement dans le secteur croissant du biomimétisme. Les créateurs y adoptent des stratégies durables inspirées de la nature qui, à travers l’évolution, a passé des millions d’années à tester des solutions à des problèmes complexes.

L’exposition la plus abstraite, « Weeping Stones », réalisée par l’artiste français contemporain Stéphane Thidet, présente cinq larges pierres transportées depuis la plaine de Sharon, au centre d’Israël, suspendues au-dessus d’argile en poudre venu des collines de Judée. Les pierres humidifient l’argile au goutte-à-goutte, changeant sa composition. Stéphane Thidet avait réalisé une œuvre similaire, l’année dernière, dans un château français.

Des grains de pollen au microscope dans une vidéo de l’exposition PLAN(e)T à la galerie d’art de la Genia Schreiber University à Tel Aviv, le 7 janvier 2020 (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Le « pôle » de l’exposition comprend ce qui est littéralement un salon, meublé de bancs en bois recyclé installés parmi des plantes en pot voluptueuses – grâce au collectif ONYA. Ce collectif fait intervenir des architectes, des designers, des experts en permaculture et autres amoureux du secteur pour créer des projets de nature urbaine, en particulier à la nouvelle gare routière de Tel Aviv et dans ses environs.

Également dans ce pôle, une série de dessins intitulés « Cartes » par l’artiste Noam Rabinovich et une vidéo de grains de pollen apparaissant comme vus au microscope, une œuvre créée par l’artiste et architecte paysager Relli De Vries.

Le pôle va inclure également un vrai microscope à travers lequel les visiteurs pourront observer les modèles étonnants et variés de grains de pollen de leurs propres yeux, avec des équipements et des outils interactifs examinant les attitudes envers les environnements botaniques.

Le thème du pollen est en lien avec l’un des deux projets supplémentaires – qui se trouvent encore au stade de la préparation.

A partir du printemps, le jardin de sculptures de la galerie présentera une reconstitution du jardin du roi Hérode à Césarée, sur la côte du nord d’Israël, un ouvrage programmé par De Vries et basé sur les recherches effectuées par la docteure Dafna Langgut, chef du laboratoire d’archéo-botanique et des environnements antiques à l’institut d’archéologie de l’université.

Au mois de mars, le jardin sera mis en place à l’aide de spécimens issus d’une pépinière sur la base des pollens anciens qui ont pu être identifiés par la docteure Langgut.

Parmi les autres œuvres de De Vries présentées, une statue de pierre reconstituant les racines de l’Amaryllis Belladonna, un bulbe à fleurs populaire, exposée dans un container gênant sa croissance.

Weeping Stones de l’artiste français Stéphane Thidet à la galerie d’art de la Genia Schreiber University, à Tel Aviv (Autorisation)

Le 12 mars aura lieu la première d’une série de représentations du « Songe d’une nuit d’été » de William Shakespeare, sur une mise en scène de Matan Amsalem, avec en arrière-fond un mur végétal vivant.

En plus du théâtre, la programmation impliquera des universitaires des facultés d’études environnementales, de droit, d’économie, de philosophie, d’archéologie et d’architecture.

Le salon mis en place par le collectif ONYA à la galerie d’art de la Genia Schreiber University à Tel Aviv (Autorisation)

Horaires d’ouverture de l’exposition : du dimanche au mercredi de 11H à 19H ; le jeudi de 11H à 21H, le vendredi de 10H à 14H.

L’entrée est gratuite.

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