Tentative de pillage sur un site associé à Judas Iscariote
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Tentative de pillage sur un site associé à Judas Iscariote

Un trentenaire de Jérusalem a été attrapé avec des outils de fouille sur un site d'inhumation chrétien antique à Jérusalem

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Judas Iscariote, à droite, se retire de la Cène dans une peinture deCarl Bloch, à la fin du 19ème siècle (Domaine public via wikipedia)
Judas Iscariote, à droite, se retire de la Cène dans une peinture deCarl Bloch, à la fin du 19ème siècle (Domaine public via wikipedia)

La police frontalière israélienne a arrêté un trentenaire soupçonné de pillage d’antiquités sur le site du tombeau antique chrétien d’Aceldama, lieu de pèlerinage situé dans la vallée Hinnom, à Jérusalem, et associé à l’un des douze apôtres de Jésus, Judas Iscariote.

Vendredi en début de matinée, des unités de patrouille de la police israélienne ont remarqué des activités inhabituelles sur le site archéologique qui se trouve à environ 500 mètres de la Vieille Ville. Après être entrés sur le site, ils ont trouvé trois emplacements qui avaient apparemment fait l’objet d’activités inhabituelles, des outils d’excavation et une cache pour le stockage des outils ou peut-être même une cachette pour les pilleurs.

Du 4ème au 7ème siècle, les moines et les ermites byzantins vivaient sur le site qui est encore occupé par un monastère chrétien construit là où Judas se serait pendu, dans le monastère grec-orthodoxe de St Onuphrius, construit en 1874. Le monastère comprend deux tombes anciennes, une grotte d’ensevelissement dégradée appelé le « Refuge [retraite] des apôtres » et un tombeau souterrain de la période du Second temple dont l’origine pourrait même remonter au Premier temple, selon les spécialistes.

Depuis l’an 680 de l’ère commune, la majorité des pèlerins chrétiens décédés à Jérusalem ont été enterrés ici et il y a un impressionnant ossuaire datant de la période des Croisés appelé « Chaudemar ». Parmi les douzaines de tombes chrétiennes également pourrait se trouver le lieu d’ensevelissement de la famille du grand prêtre Annas, selon un article paru dans la Biblical Archaeology Review.

Des outils de fouille découverts sur le site archéologique d’Akeldma, à Jérusalem, le 4 mai 2018 (Autorisation : Police israélienne)

Un inspecteur de l’unité de prévention des vols de l’Autorité israélienne des antiquités a été appelé sur les lieux et une enquête a été lancée. Si les accusations sont retenues, le résident de Jérusalem, âgé de 30 ans, pourrait écoper de cinq ans de prison pour vol d’objets antiques et pour les dégâts commis sur ce site archéologique.

Le porte-parole de la police Mickey Rosenfeld a indiqué dans un communiqué que « la police des frontières/la police israélienne considèrent avec une grande sévérité toute tentative de dommage commis sur des sites qui préservent le patrimoine historique de la terre d’Israël. Toute personne se rendant coupable d’actions non-autorisées sur des sites archéologiques, qui les dégrade/les pille, commet un délit pouvant être sanctionné par cinq ans d’emprisonnement ».

Terre entachée ?

Dans la tradition chrétienne, la terre qui entoure Aceldama est associée à Judas Iscariote, le traître, parmi les 12 apôtres, qui avait vendu son maître pour 30 pièces d’argent. Les récits diffèrent mais celui du Livre des actes, dont un extrait figure dans l’article consacré au site de la Biblical Archaeology Review, peut également expliquer la couleur rougeâtre du sol :

« Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime, est tombé, s’est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues. 19La chose a été si connue de tous les habitants de Jérusalem que ce champ a été appelé dans leur langue Hakeldama, c’est-à-dire, champ du sang » (Actes 1:18–19).

Une image d’Akeldama par l’artiste John Douglas Woodward dans son oeuvre de 1881 ‘Picturesque Palestine, Sinai, and Egypt.’ (Domaine public, via wikipedia)

Dans un autre récit de l’évangile de Matthieu, Judas remet le prix du sang aux prêtres qui, le considérant comme entaché, achètent le champ, l’appelant en araméen Hakal-Dema ou « le champ du sang ».

Selon l’article de la BAR, le site « a été identifié comme Aceldama dès les 3ème et 4ème siècle » par l’historien chrétien Eusebius qui s’y est rendu en l’an 335 de l’ère commune. D’autres auteurs chrétiens, dont Jérôme, qui en l’an 400 avait tenté de relier les noms aux sites bibliques les plus importants, ont également identifié cet endroit comme étant le champ du sang.

Il y a environ 80 grottes d’inhumation dans la zone qui, en majorité, remontent à la période de Hérode (de l’an 37 avant l’ère commune jusqu’en l’an 70 après l’ère commune), selon l’article paru dans la BAR.

« Certaines de ces tombes sont dans un état magnifique, elles ont conservé leur pleine taille », ont écrit les auteurs Leen et Kathleen Ritmeyer, qui qualifient Aceldama de « l’un des sites archéologiques les plus impressionnants, les plus importants et pourtant encore largement inconnu de la terre sainte ».

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