Thessalonique: un escape game sur le thème de ‘la liste de Schindler’
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Thessalonique: un escape game sur le thème de ‘la liste de Schindler’

Le jeu, évitant de mentionner explicitement les Juifs ou la Shoah, offre 60 minutes aux visiteurs pour extraire des "innocents" de la Seconde guerre mondiale et leur sauver la vie

Les visiteurs d'une escape room consacrée 
 à la Liste de Schindler à Thessalonique avac la liste des 'innocents' qu'ils ont sauvé pendant le jeu (Crédit : Facebook)
Les visiteurs d'une escape room consacrée à la Liste de Schindler à Thessalonique avac la liste des 'innocents' qu'ils ont sauvé pendant le jeu (Crédit : Facebook)

Un escape game – un jeu d’évasion – offre aux visiteurs de Thessalonique, en Grèce, une expérience similaire à « La liste de Schindler » dans une course visant à trouver une liste « d’innocents » à sauver des nazis.

Un reportage sur ce jeu a été publié cette semaine dans Medium, la journaliste Margarita Gokun Silver s’interrogeant sur les implications éthiques et éducatives de la transformation d’une tragédie et d’une souffrance bien réelles en forme de divertissement de masse.

Les escape game sont devenus populaires ces dernières années dans le monde entier. Dans ce jeu grandeur nature, des joueurs réunis dans une pièce à thème disposent 60 minutes pour résoudre des énigmes et trouver la sortie.

La société Great Escape propose au moins huit salles de jeux à Thessalonique. Elle était auparavant nommée « la liste de Schindler » même si l’enquête réalisée depuis par la journaliste a amené le jeu à être rebaptisé « Agent secret ».

Un trailer diffusé sur YouTube avec le nom d’origine du jeu est encore disponible.

https://youtu.be/zyOUExvgON8

Le contenu de la pièce ne semble pas avoir été modifié. Sur le site internet de Great Escape, les visiteurs se voient raconter l’histoire d’un homme d’affaires ayant embauché des « innocents » pour renforcer la main-d’oeuvre de son usine et « sauver la vie de centaines d’innocents » durant la Seconde guerre mondiale.

Les joueurs ont une heure pour examiner une étude dans le style de l’époque et acquérir une liste « d’innocents » – aucune mention n’est explicitement faite des Juifs ou de la Shoah.

Après avoir résolu l’énigme dans la pièce, les joueurs se font régulièrement photographier, souriants, la liste à la main.

La localisation de la pièce à Thessalonique a également une résonance particulière. Après avoir conquis la Grèce en 1941, l’Allemagne nazie avait déporté vers les camps d’extermination environ 50 000 Juifs de la ville – qui était à l’époque l’un des principaux centres du judaïsme dans les Balkans.

Ce n’est pas la première fois qu’un jeu d’évasion ayant trait à la Shoah est accusé d’insensibilité et de banalisation des souffrances des victimes.

En 2017, une société de la République tchèque avait offert aux visiteurs à Prague un jeu sur le thème d’Auschwitz où les participants devaient s’échapper une pièce ressemblant à une chambre à gaz.

L’industriel allemand Oskar Schindler arrive à l’aéroport de Jérusalem, où il est honoré pour avoir sauvé plus de 1000 juifs pendant la Deuxième Guerre Mondiale. (Crédit : Keystone/Getty Images via JTA)

En 2016, la fondation Anne Frank avait critiqué l’ouverture d’une escape room dans une ville néerlandaise qui représentait l’appartement d’Amsterdam dans lequel l’adolescente et diariste juive s’était cachée pendant la guerre avec sa famille.

Victoria Barnett, directrice des programmes d’Ethique, de religion et de la Shoah au musée américain de commémoration de l’Holocauste, a dit à Medium : « Vivre une expérience comme la Shoah – qui était déshumanisante pour les victimes – et la transformer en un jeu banalise non seulement l’événement, mais également leurs souffrances ».

Heinz Kounio, survivant de la Shoah déporté de Thessalonique à Auschwitz, a partagé le même point de vue.

« On ne peut pas jouer avec une telle tragédie – créer un jeu à partir de ce qu’il s’est passé », a-t-il déclaré.

Selon le reportage réalisé par Medium, les propriétaires de Great Escape ont refusé les demandes d’interviews. L’article précise qu’une pièce similaire, à Athènes, avait été renommé en 2017 suite à la controverse.

Le président de la communauté juive de Thessalonique a indiqué qu’il n’avait pas connaissance de l’escape room et qu’il se pencherait sur le sujet.

« On ne peut pas oublier. Nous n’oublierons pas. Nous ne devons pas oublier », s’est exclamé David Saltiel.

L’AFP a contribué à cet article.

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