Thornberry : le Royaume-Uni devrait commémorer Balfour en reconnaissant l’état palestinien
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Thornberry : le Royaume-Uni devrait commémorer Balfour en reconnaissant l’état palestinien

Critiquant Israël, qui a “perdu la tête”, l’élue du Labour estime que le pays ne devrait pas célébrer le centenaire du document promettant le soutien britannique à un foyer national juif

Emily Thornberry pendant la conférence du Labour en 2016. (Crédit : Rwendland/CC BY-SA 4.0/Wikipedia)
Emily Thornberry pendant la conférence du Labour en 2016. (Crédit : Rwendland/CC BY-SA 4.0/Wikipedia)

Une importante députée britannique, du parti du Labour, a déclaré que « la manière la plus importante » de commémorer le centenaire de la Déclaration Balfour était que le Royaume-Uni « reconnaisse la Palestine. »

Dans un entretien publié lundi sur le site internet de Middle East Eye, Emily Thornberry, chargée des Affaires étrangères du cabinet fantôme, a déclaré que le Royaume-Uni ne devait pas célébrer la déclaration, qui promet le soutien du pays à un foyer national juif, puisqu’il n’existe pas encore d’état palestinien.

« Je ne pense pas que nous devrions célébrer la Déclaration Balfour, mais je pense que nous devons la commémorer parce que je pense qu’elle a été un tournant historique pour cette région, et je pense que, la manière la plus importante de la commémorer est probablement de reconnaître la Palestine, a dit Thornberry. Le gouvernement britannique a dit qu’il le ferait, ce n’est qu’une question de bon moment, et il me semble que c’est le bon moment. »

« Il faut qu’il y ait deux états, deux états viables, deux états viables et sûrs. Nous ne devons pas oublier qu’au final, c’est la seule solution, a-t-elle ajouté. Nous devons mesurer tout ce que nous faisons à cette échelle. »

Construction de nouveaux logements dans l'implantation israélienne de Kfar Adumim, le 25 septembre 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Construction de nouveaux logements dans l’implantation israélienne de Kfar Adumim, le 25 septembre 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Thornberry a vivement critiqué la politique d’implantation israélienne en Cisjordanie, affirmant que le gouvernement de l’Etat juif a « perdu la tête » et compromet la solution à deux états.

« Qu’est-ce qu’ils font maintenant ? Est-ce qu’ils vont vers [une réalité à] un état ? », a-t-elle dit.

« Et de cette manière, ils abandonnent le peuple israélien parce que vous ne pouvez pas avoir un état juif et démocratique dans cette région. Ils devront donc choisir, a ajouté Thornberry. Ils vont simplement contre la vision [du premier Premier ministre israélien, David] Ben Gurion, d’un état juif démocratique, et il est nécessaire d’avoir à ses côtés un état palestinien viable et sûr. »

Thornberry doit se rendre en Israël en novembre.

Elle doit également assister cette semaine à un dîner organisé à Londres avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour célébrer le centenaire de la Déclaration Balfour. Elle a indiqué qu’elle se rendrait également à un évènement palestinien qui commémore l’anniversaire.

Jeremy Corbyn, chef du Labour britannique, à la sortie du bureau de vote, dans le nord de Londres, le 8 juin 2017. (Crédit: Daniel Leal-Olivas/AFP)
Jeremy Corbyn, chef du Labour britannique, à la sortie du bureau de vote, dans le nord de Londres, le 8 juin 2017. (Crédit: Daniel Leal-Olivas/AFP)

C’est Jeremy Corbyn, le dirigeant du Labour, qui a demandé à la députée travailliste d’assister au dîner à sa place, après avoir refusé l’invitation.

Même si aucune raison n’a été donnée à la décision de Corbyn, annoncée par l’édition du Times de dimanche, le dirigeant travailliste est un fervent critique d’Israël, et a été accusé de tolérer l’antisémitisme dans les rangs de son parti.

Tout en refusant de s’exprimer en particulier sur la décision de Corbyn, l’ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni a déclaré que les opposants à la Déclaration Balfour étaient des « extrémistes. »

« Ceux qui s’opposent à la Déclaration Balfour se montrent comme les extrémistes qu’ils sont », a dit Mark Regev au Times.

Dans la Déclaration Balfour signée le 2 novembre 1917, Arthur Balfour, alors secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni, dit au dirigeant britannique juif Walter Rothschild que le gouvernement de Sa Majesté « voit favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif. »

Lord Arthur James Balfour, secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni en 1917, et le texte de la déclaration qui porte son nom et soutient l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. (Crédit : Domaine public/Wikipédia)
Lord Arthur James Balfour, secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni en 1917, et le texte de la déclaration qui porte son nom et soutient l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. (Crédit : Domaine public/Wikipédia)

Alors que le Labour s’est montré ambivalent sur son soutien à la déclaration, Boris Johnson, successeur de Balfour, a déclaré dimanche qu’il était « fier du rôle de la Grande-Bretagne dans la création d’Israël », faisant écho aux propos de la Première ministre britannique, Theresa May, qui a dit la semaine dernière qu’elle célébrerait « fièrement » le centenaire.

Johnson a également répété le soutien du Royaume-Uni à la solution à deux états, rappelant que cette solution au conflit israélo-palestinien est depuis longtemps la position britannique.

« Je n’ai aucun doute que la seule solution viable au conflit ressemble à celle qui a été initialement mise sur le papier par un autre Britannique, Lord Peel, dans le rapport de la Commission royale sur la Palestine en 1937, c’est-à-dire la vision de deux états pour deux peuples », a écrit Johnson.

La position de la Grande-Bretagne est celle de « deux états indépendants et souverains » avec Jérusalem comme « capitale partagée », a rappelé Johnson.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le secrétaire d'Etat britannique aux Affaires étrangères Boris Johnson dans la pièce où Lord Arthur Balfour a signé sa célèbre déclaration en 1917, le 6 février 2017. (Crédit : Facebook)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères Boris Johnson dans la pièce où Lord Arthur Balfour a signé sa célèbre déclaration en 1917, le 6 février 2017. (Crédit : Facebook)

« Les frontières devraient être basées sur les lignes [d’armistice, ndlr] telles qu’elles étaient le 4 juin 1967 – veille de la guerre des Six Jours, avec des échanges de terres équitables, pour refléter les intérêts nationaux, sécuritaires et religieux des peuples israélien et palestinien », a détaillé le secrétaire au Foreign Office dans The Telegraph.

Alors qu’Israël et le Royaume-Uni se sont préparés à célébrer l’anniversaire, les responsables palestiniens ont renforcé leurs appels à Londres pour que le gouvernement britannique retire son soutien à un foyer juif dans la région de l’ancien mandat, affirmant que la terre n’appartenait pas au Royaume-Uni et qu’il n’avait par conséquent pas le droit de la promettre au mouvement sioniste.

Raphael Ahren et l’AFP ont contribué à cet article.

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