Tinder, outil le plus utilisé pour la recherche de prostituées en Israël–rapport
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Tinder, outil le plus utilisé pour la recherche de prostituées en Israël–rapport

La Fondation Scelles a dévoilé son 5e rapport mondial sur l’exploitation sexuelle, selon lequel "la prostitution continue de prospérer" en Israël

Une prostituée devant une maison close de Tel Aviv regardant une policière, le 21 septembre 2008 ; illustration. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)
Une prostituée devant une maison close de Tel Aviv regardant une policière, le 21 septembre 2008 ; illustration. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Ce mardi, la Fondation Scelles a dévoilé sur un site dédié son 5e rapport mondial sur l’exploitation sexuelle. L’étude a ainsi analysé le phénomène dans 35 pays – dont Israël – et estime que 20 millions de personnes en sont victimes à travers le monde.

Selon le rapport, qui dénonce le détournement des nouvelles technologies au profit d’une « prostitution 2.0 », les proxénètes gèrent désormais leurs activités sur la messagerie WhatsApp, repèrent leurs proies sur Instagram et appâtent les clients via des petites annonces déguisées sur Internet.

« La prostitution et l’exploitation sexuelle sur Internet apparaissent comme un fléau en pleine expansion », constate la Fondation, dont l’étude de 548 pages s’intitule « Système prostitutionnel : nouveaux défis, nouvelles réponses ».

WhatsApp, Tinder, Facebook, Instagram, Snapchat, Airbnb… Rares sont les applications, réseaux sociaux ou messageries instantanées à ne pas avoir été « détournés de leur destination à des fins de prostitution », constate l’étude.

Ainsi, une proxénète russe a été interpellée en 2016 pour avoir dirigé un réseau de prostitution au Liban et dans tout le Moyen-Orient via WhatsApp, dont le cryptage rend difficile sa surveillance par les autorités.

En Israël, l’application de rencontres « Tinder est aujourd’hui l’outil le plus utilisé pour la recherche de personnes prostituées », selon le rapport.

« Selon Reut Guy qui travaille pour [l’association] Elem, les réseaux sociaux et certaines applications de portables ont ouvert de nouvelles opportunités aux hommes qui recherchent des personnes prostituées en Israël (Haaretz, 3 juillet 2017). Par ailleurs, des plages de messages anonymes permettent aux clients d’échanger sur la manière de trouver des types particuliers de femmes ou de services. »

« La prédisposition de Tinder à encourager une culture d’une ‘rencontre sans lendemain’ fait d’elle un terrain fertile pour la recherche et la vente d’actes sexuels. D’après Idit Harel Shemesh, directeur de l’ONG Mitos-The Day After Prostitution, les femmes engagées dans ce type de relations via Tinder considèrent qu’elles ont dupé certains hommes en proposant des actes sexuels payés, par exemple, par un nouveau vêtement à la mode et des billets de concert. Elles ne voient pas que le pouvoir n’est pas de leur côté dans cette relation (Haaretz, 3 juillet 2017). »

La Fondation s’inquiète également toujours de la prostitution plus traditionnelle.

« Malgré la répression gouvernementale opérée depuis quelques années [avec la mise en place d’amendes et de programmes d’aides aux victimes], la prostitution continue de prospérer, note l’étude. Tel Aviv demeure un haut lieu de la prostitution en Israël. En 2015, environ 300 établissements de prostitution étaient déjà recensés dans la ville (The Jerusalem Post, 20 septembre 2015). En 2017, 62 % des discreet apartments (appartements servant de lieu de rendez-vous entre la personne prostituée et les clients) et 48 % des salons de massages du pays y étaient localisés (Exodus Cry, 4 octobre 2017). » Il existerait dans le pays un « statu quo » entre ces établissements et la police « tant qu’il n’y a pas de ‘débordements’ ».

Selon la Fondation, « les personnes prostituées sont en majorité des femmes migrantes de l’ex-Union soviétique (Haaretz, 7 juin 2017). La prostitution masculine est essentiellement homosexuelle. De récents rapports d’ONG ont révélé que de jeunes Palestiniens LGBTI en situation de vulnérabilité sont des proies faciles pour le trafic sexuel en raison de la précarité de leur statut et des restrictions dans l’accès à l’emploi (US Department of State, juin 2018). Un silence assourdissant entoure l’exploitation sexuelle des enfants. Phénomène caché, omerta, la prostitution des mineurs est belle et bien une triste réalité de l’État hébreu malgré le peu de signalements. Elle a déjà été mentionnée dans différents lieux comme les strips-clubs, les spas, la rue, dans des fêtes et sur Internet. Selon une équipe interministérielle spécialisée, l’âge moyen d’entrée dans la prostitution en Israël se situe entre 12 et 14 ans (ECPAT International, 26 juin 2017). »

Citant le Times of Israël, l’étude rapporte que 11 % des femmes sont des mineures et 62 % sont mères. « En 2016, une étude menée à la demande du ministère des Affaires sociales a estimé qu’il y aurait entre 11 420 et 12 730 personnes prostituées en Israël, dont 95 % de femmes et 5 % d’hommes », note-t-elle.

La fiche complète – de 8 pages – concernant Israël est disponible à cette sur ce lien.

Une femme tient un smartphone avec les icônes des réseaux sociaux Facebook, Instagram, Twitter et autres à Moscou, le 23 mars 2018. (Crédit : Kirill KUDRYAVTSEV/AFP)

Le phénomène de prostitution par l’intermédiaire d’Internet est également présent en France. Ainsi, des jeunes filles victimes de l’essor d’un « proxénétisme des cités » difficiles, souvent mineures, en rupture familiale et rendues dépendantes à la drogue, ont été repérées sur Snapchat ou Instagram, avant d’être prostituées dans des appartements loués sur la plateforme Airbnb et transformés en « bordels éphémères ».

En Zambie, des étudiants se rendent dans les cybercafés, dont les tarifs attractifs ont démocratisé l’accès à Internet, et utilisent les groupes WhatsApp et Facebook afin de mettre en relation les personnes qui se prostituent et les clients.

« Tous les pays sont touchés, quelle que doit la législation, restrictive en Chine ou permissive en Allemagne », souligne auprès de l’AFP le magistrat Yves Charpenel, président de la Fondation Scelles.

Cette « prostitution 2.0 » a depuis quelques années supplanté la prostitution classique sur la voie publique. En France, elle représenterait « deux tiers de la prostitution », selon le rapport.

La Fondation Scelles, qui mentionne une note du ministère français de l’Intérieur datée de mai 2018, souligne que « pour la première fois en 2017, le pourcentage de victimes identifiées exerçant sur la voie publique était inférieur à celui des victimes exerçant ‘en prostitution logée’ », en appartements ou en hôtels.

Internet a « mangé la prostitution de rue » qui ne concerne plus qu’une frange marginale, abonde Yves Charpenel. Le magistrat dénonce le niveau « industriel et sans risque » de l’exploitation sexuelle en ligne, qui permet aux proxénètes d’ « éviter les risques personnels » en se tenant « à distance du trafic ».

« Depuis un même ordinateur, un réseau criminel peut repérer ses futurs ‘produits’ (prostituées, ndlr), faire venir les clients, puis blanchir l’argent », résume-t-il.

Difficile, parfois, pour les autorités de caractériser ce proxénétisme qui se glisse dans les sites de petites annonces derrière des messages ambigus, promettant « massages » et « moments d’évasion ».

Pour enrayer ce phénomène, « une véritable gouvernance de l’Internet reste à construire », estime la Fondation Scelles.

En France, la loi sur la prostitution d’avril 2016, dont la mesure phare était la pénalisation des clients, impose aux hébergeurs et fournisseurs d’accès de mettre en place un système permettant aux utilisateurs de signaler des contenus frauduleux. « Ca ne suffit pas. La prostitution génère tellement de profits que ça déferle de partout. Il faut davantage responsabiliser les plateformes », estime M. Charpenel.

Cependant, le rapport note « de premiers jalons significatifs ».

En France, le site internet Vivastreet, visé par une enquête pour « proxénétisme aggravé », a décidé en juin 2018 de suspendre sa rubrique « Rencontres », pour prévenir « tout abus » ou « usage inapproprié » de « certains utilisateurs ».

Aux États-Unis, l’adoption en mars 2018 par le Congrès d’une loi mettant fin à l’impunité des sites Internet laissant passer des annonces de prostitution a permis la fermeture du site « Backpage », parfois présenté par ses détracteurs comme le premier site de prostitution du monde.

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