Trois erreurs à l’origine de la nouvelle vague de COVID-19, selon Gabi Barbash
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Trois erreurs à l’origine de la nouvelle vague de COVID-19, selon Gabi Barbash

Israël a "un gouvernement du corona qui n'est vraiment pas au fait du coronavirus", dit Gabi Barbash, ancien chef du ministère de la Santé, et la deuxième vague reflète ses erreurs

Des personnels soignants recueillent des échantillons pour effectuer des tests de dépistage au coronavirus dans un centre de santé Clalilt,à Lod, le 25 juillet 2020 (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)
Des personnels soignants recueillent des échantillons pour effectuer des tests de dépistage au coronavirus dans un centre de santé Clalilt,à Lod, le 25 juillet 2020 (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

Le gouvernement a fait trois erreurs déterminantes qui peuvent expliquer l’intensité de la nouvelle vague de coronavirus en Israël, affirme un ancien responsable du ministère de la Santé.

« Nous aurions pu connaître une deuxième vague moins forte si nous avions mieux géré la situation », explique Gabi Barbash, ancien directeur-général du ministère de la Santé, au Times of Israel.

Il met en garde contre la culpabilisation des citoyens, incriminés pour leurs comportements, suggérant que l’Etat doit aussi prendre ses responsabilités.

« Le public est dans une certaine mesure responsable, mais j’ai fait l’armée et je me souviens du dicton : ‘Il n’y a pas de mauvais soldats, seulement de mauvais commandants’, » note Barbash.

Il tient ces propos alors que le nombre de nouveaux cas de coronavirus – resté faible pendant la plus grande partie du mois de mai – augmente, avec environ 1 000 cas par jour, et que le nombre de cas actifs, à 11 600, n’a jamais été aussi élevé. De nouvelles restrictions qui limitent dorénavant les rassemblements dans les synagogues et dans les salles accueillant des événements à 50 personnes sont entrées en vigueur lundi matin, et le cabinet réfléchirait à de nouvelles restrictions pour lundi soir.

Un employé du Magen David Adom s’apprête à tester un patient présentant des symptômes de coronavirus à Jérusalem, le 23 juin 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Mais Barbash, qui est professeur d’épidémiologie et de médecine préventive à l’université de Tel Aviv et ancien directeur-général du centre médical Sourasky à Tel Aviv, estime que le gouvernement aurait pu empêcher une telle détérioration de la situation. Il note que si le gouvernement actuel a voulu rassembler le Likud et son ennemi, Kakhol lavan, pour promouvoir l’union face à l’urgence posée par la pandémie, « il n’a aidé en rien, il n’a rien fait de bien ».

Barbash a ajouté : « C’est un gouvernement corona qui n’est vraiment pas au fait du coronavirus ».

De son point de vue, le gouvernement a échoué à prendre des mesures de prévention et il est allé trop loin dans l’allègement des restrictions entrepris fin avril et début mai, parce qu’il n’a pas été suffisamment ferme face aux pressions exercées par le public.

« En résultat, des mesures ont été prises qui n’auraient pas dû l’être », dit-il.

L’intensité de la deuxième vague est largement attribuable à des « problèmes de gestion », selon Barbash, qui ajoute qu’Israël « aurait dû apporter plus de réponses et les apporter plus tôt ».

Le professeur Gabi Barbash (Capture d’écran Institut Weizmann)

Il incrimine trois erreurs déterminantes qui, selon lui, expliquent la situation actuelle au sein de l’Etat juif :

1. Des rassemblements dangereux

Barbash note que le gouvernement a, sans nécessité, autorisé trop vite une reprise des rassemblements – dans les synagogues, dans les salles accueillant des événements et ailleurs.

« Je parle des réunions rassemblant une forte densité de personnes dans des environnements fermés », dit-il. « C’est dangereux, peu importe là où ça arrive ».

Il ajoute : « Ils n’auraient jamais dû ouvrir tout ça ».

Il explique que des discussions prolongées n’étaient pas nécessaires concernant les lieux autorisés à ouvrir et les autres, une seule règle simple devant s’appliquer dans toutes les prises de décision.

« Le problème, ce n’est pas l’endroit : C’est le rassemblement de plus de 10 ou 15 personnes », souligne-t-il.

2. Négligence du dépistage

Israël a « négligé le développement du dépistage efficace », affirme Barbash.

Il indique que « nous attendons toujours de quarante-huit à quatre-vingt-seize heures pour obtenir les résultats des tests et il y a un nombre insuffisant d’enquêtes de la part des épidémiologistes sur les personnes confirmées positives à la COVID-19 pour retracer les contacts qu’elles ont pu avoir ».

Barbash reconnaît que des milliers de tests de dépistage sont effectués au quotidien, mais déclare que le temps de l’obtention des résultats signifie qu’un temps précieux est perdu pour conseiller aux Israéliens ayant rencontré un porteur de la maladie de se mettre en quatorzaine.

Il croit aussi que ce délai nécessaire pour avoir les résultats entraîne l’hésitation de certains, qui rechignent devant l’obligation de se placer à l’isolement – une mesure de précaution – le temps de l’examen de leur échantillon au laboratoire.

3. La mauvaise gestion des écoles

Des élèves et enseignants portent des masques de protection alors qu’ils retournent en classe, à l’école Hashalom à Mevaseret Zion, à proximité de Jérusalem, le 17 mai 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Lorsque les écoles ont rouvert leurs portes, début mai, les élèves travaillaient en petits groupes pour tenter de ralentir la propagation du virus. Mais cette mesure a été rapidement abandonnée et les classes entières se sont réinstallées dans les salles de cours.

Ce qui a été une erreur majeure, selon Barbash. « Les écoles auraient dû rester fermées ou n’accueillir que 15 enfants dans les classes », déclare-t-il. « Les plus de neuf ans doivent être considérés comme des adultes et les groupes ne doivent pas accueillir plus de 10 ou 15 élèves ».

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