Tuerie de Bondi : La police australienne avait été alertée du risque d’attaque antisémite
Malgré l'avertissement, la commission royale chargée d'enquêter sur cet attentat terroriste affirme que la police australienne s'est contentée d'envoyer des patrouilles mobiles pour "vérifier la situation"
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Une organisation juive australienne avait averti la police du risque d’attaque terroriste peu avant l’attentat antisémite commis en décembre sur la plage de Bondi, a révélé jeudi la commission d’enquête sur le drame.
Naveed Akram et son père Sajid Akram, tué par la police lors de l’attaque, sont accusés d’avoir ouvert le feu pendant une dizaine de minutes le 14 décembre sur une foule rassemblée pour célébrer la fête juive de Hanoukka, faisant quinze morts.
« Un attentat terroriste contre la communauté juive de Nouvelle-Galles du Sud [l’État où se trouve Sydney] est probable et le niveau d’incitation à la haine antisémite est élevé », avait écrit le Community Security Group (CSG) dans un courriel envoyé moins d’une semaine avant la tuerie et rendu public par la commission d’enquête.
À l’époque, la police avait, selon l’organisation, répondu qu’elle n’était pas en mesure de mobiliser des agents dédiés en permanence, proposant à la place l’envoi de patrouilles mobiles pour « passer et surveiller l’événement ».
La commission d’enquête a estimé que la police devrait envisager de renforcer les mesures de sécurité lors des célébrations juives « qui ont un caractère public ».
Cet échange a été révélé à l’occasion de la publication des conclusions préliminaires de la commission présidée par la juge à la retraite Virginia Bell.
« La communauté juive d’Australie était clairement la cible de l’attaque », conclut un rapport intermédiaire de la commission royale de haut niveau chargée d’enquêter sur la tuerie antisémite.
Cette révélation intervient alors que le gouvernement est déjà sous le feu des critiques pour avoir laissé prospérer l’antisémitisme depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Sous pression et face à l’émotion, le gouvernement avait convoqué en janvier cette commission publique, du plus haut niveau en Australie.
Naveed Akram a été inculpé de terrorisme et de quinze meurtres pour l’attaque la plus meurtrière en Australie depuis trois décennies.
Il a comparu pour la première fois mi-février, durant environ cinq minutes par liaison vidéo depuis sa prison.
Selon les autorités, l’attentat était inspiré par l’idéologie du groupe terroriste sunnite État islamique (EI), mais les deux hommes n’ont pas reçu d’aide extérieure et ne faisaient pas partie d’une organisation terroriste.
Naveed Akram avait fait l’objet d’une enquête du service de renseignement australien en 2019 en raison de ses liens avec l’EI.
Interrogé par des journalistes sur le fait de savoir si la police n’avait pas assuré une surveillance adéquate de l’événement de Bondi, le Premier ministre, Anthony Albanese, a répondu que cette question relevait de la compétence du gouvernement de l’État de Nouvelle-Galles du Sud.
« C’est exactement ce que le gouvernement avait prévu : que la première tâche de la commission royale, la priorité, consistait à examiner les aspects liés à la sécurité dans ces dossiers », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que son gouvernement « mettrait en œuvre toutes les recommandations » du rapport, au nombre de quatorze. Cinq de ces recommandations sont toutefois classées confidentielles pour des raisons de sécurité nationale, a déclaré Albanese.
« Je peux assurer à la population australienne que le gouvernement fera tout ce qui est nécessaire pour protéger la communauté à la suite de l’attaque de Bondi », a-t-il affirmé.
« Nous exigeons des réponses »
Cette fusillade de masse a déclenché une remise en question nationale sur l’antisémitisme, suscité la colère face à l’incapacité à protéger les Juifs australiens, et donné lieu à des promesses de durcissement de la législation sur les armes à feu.
En décembre, les familles des victimes ont rédigé une lettre ouverte dans laquelle elles exhortent Albanese à « mettre immédiatement en place une commission royale du Commonwealth chargée d’enquêter sur la montée rapide de l’antisémitisme en Australie ».
« Nous exigeons des réponses et des solutions », ont-elles écrit.
Préconisations
Le rapport intermédiaire de 154 pages recommande « un examen complet des équipes conjointes de lutte contre le terrorisme du pays », dont les conclusions devront être soumises aux commissaires de police et au directeur général de la sécurité dans un délai de trois mois.
La commission royale d’enquête a également recommandé de réformer les unités de lutte contre le terrorisme, en modifiant notamment « les structures de commandement, l’intégration des équipes, l’accès aux systèmes et les modalités de partage d’informations ».
Il préconise également de renforcer les protocoles de sécurité lors des fêtes du Nouvel An juif, Rosh HaShana et Yom Kippour, afin d’inclure d’autres fêtes et événements juifs de grande envergure.
Plusieurs recommandations de la commission relatives à la sécurité nationale et contenant des informations sensibles ou pouvant compromettre des enquêtes en cours ont par ailleurs été caviardées.
Alex Ryvchin, un représentant de la communauté juive locale, a admis que les organisateurs de l’événement sur la plage de Bondi avaient été frappés par un « sentiment général d’inquiétude » à l’approche de Hanoukka.
« C’est la police qui prend les décisions en matière d’allocation des ressources, et il semble que cela n’ait pas été fait de manière adéquate », a-t-il déclaré au média ABC.
« Nous devons comprendre pourquoi ces décisions […] ont été prises. »
Parmi les mesures supplémentaires figurent la mise à jour rapide du manuel de lutte contre le terrorisme, la participation de hauts responsables gouvernementaux à des exercices antiterroristes et l’accélération des efforts pour mettre en œuvre un projet de plan national de rachat d’armes à feu.
« L’examen a mis en évidence des aspects dans lesquels les capacités antiterroristes aux niveaux fédéral et des États pourraient être améliorées », note le rapport.
Les audiences publiques de la commission doivent débuter la semaine prochaine et un rapport final est attendu d’ici la fin de l’année.
Après le drame, le Parlement avait durci en janvier sa législation sur les crimes motivés par la haine et les armes à feu.
Jeudi, le Premier ministre de l’État de Nouvelle-Galles du Sud a fait amende honorable.
« La plus haute responsabilité du gouvernement d’un État est de protéger son peuple, et le 14 décembre dernier, nous n’y sommes pas parvenus. Nous en assumons la responsabilité aujourd’hui », a déclaré le travailliste Chris Minns à des journalistes.
La police de cet État a pour sa part déclaré qu’elle examinerait les conclusions de la commission d’enquête, mais a décliné les demandes de commentaires en raison des investigations en cours.
La dernière commission royale fédérale en date remontait à 2022. Elle était chargée d’enquêter sur un vaste scandale de demandes de recouvrement de dettes frauduleuses. D’autres commissions avaient été créées pour examiner des dysfonctionnements survenus dans le cadre d’affaires de pédocriminalité ou de protection de l’environnement.
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