Tunisie : Le parti islamiste Ennahda présente un candidat juif aux municipales
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Tunisie : Le parti islamiste Ennahda présente un candidat juif aux municipales

Selon le porte-parole Imed Khemiri, un juif tunisien représentera le parti aux municipales de Monastir. Un signe d'ouverture selon Ennahda, un "leurre" selon ses opposants

Rassemblement de soutien aux Palestiniens à l'appel d'Ennahda, le 7 novembre 2015 (Crédit : AFP/Fethi Belaid)
Rassemblement de soutien aux Palestiniens à l'appel d'Ennahda, le 7 novembre 2015 (Crédit : AFP/Fethi Belaid)

La presse tunisienne à l’unisson s’est faite l’écho de cette annonce pour le moins étonnante. Le parti islamiste inspiré des Frères musulmans, qui a émergé suite au printemps arabe tunisien aux côtés de formations politiques progressistes, était davantage connu jusque-là pour ses prises de positions ultra-conservatrices et sa proximité avec le Hamas.

Selon Al Jazeera, le Mouvement de la renaissance islamique (Ennahda en arabe) « un porte-parole du Mouvement de la Renaissance islamique en Tunisie a déclaré mardi (20 février 2018 – ndlr) que la présentation par le parti d’un candidat juif aux élections municipales devait confirmer la politique d’ouverture (…) du mouvement ».

Il s’agit de Simon Slama, présenté comme un « candidat juif indépendant », distinct d’Ennahda mais portant momentanément les couleurs du parti. Un contournement permettant de jouer l’ouverture du parti sans pour autant inclure un juif dans les rangs du mouvement. Slama devrait représenter le parti en mai prochain, pour les élections municipales dans la ville de Monastir.

Sans surprise, selon le site d’information qatari cette nomination crée la « controverse en Tunisie » pour être « contraire à la idéologie islamique de base du parti ».

« Pourquoi pas ? s’est écrié Imed Khemiri, député et porte-parole d’Ennahda. Nous ne voyons pas de problèmes. Ennahda est un parti ouvert aux candidats indépendants. Nous pensons que Simon Slama pourra être un élu utile et actif dans cette municipalité ».

En réalité cette nomination insolite s’inscrit dans une volonté stratégique du parti de rassurer ses partenaires politiques tunisiens, et in fine de n’être pas ostracisé au sein du paysage politique tunisien, présenté comme le seul survivant progressiste des différents Printemps arabes, et soutenu par les chancelleries occidentales.

Ennahda « a annoncé au dixième congrès en 2016 sa décision de séparer ses activités religieuses, des programmes politiques du parti dans une initiative visant à rassurer ses partenaires dans l’état civil du gouvernement à respecter et à défendre les valeurs de la République ».

Rashed Ghannoushi (photo credit: CC-BY-SA Ennahda Flickr)
Rashed Ghannouchi (Crédit : CC-BY-SA Ennahda Flickr)

De son côté, Simon Slama « a fait part de [sa] fierté d’avoir adhéré au parti présidé par Rached Ghannouchi, assurant que 50 % des citoyens tunisiens soutiennent le mouvement islamiste, » indique le journal en ligne tunisien Kapitalis.

« Il n’y a aucune différence entre un arabe et un chrétien (sic). La religion doit être mise de côté parce que l’amour de la patrie est plus important, » a-t-il déclaré.

« J’ai choisi ce parti parce que ses membres ont peur d’Allah » a expliqué Slama au journal Al Qods, cité par Kapitalis. Une attitude que le journal présente comme un calcul opportuniste bénéficiant autant au candidat qu’au parti islamiste.

La Tunisie compte aujourd’hui autour de 1 500 Juifs, vivant principalement sur l’île de Djerba, autour de la vieille synagogue de la Ghriba.

Suite à cette nomination, Perez Trabelsi, le président de la communauté juive de l’île a déclaré « si ça ne tenait qu’à moi, je ne serais pas le candidat d’Ennahda ou de Nidaa Tounes. Ils n’ont pas à interférer dans les affaires des juifs tunisiens » tout en affirmant que Slama était libre de faire ce qu’il voulait.

Le journaliste de Kapitalis de conclure : « les citoyens tunisiens, qu’ils soient juifs ou non, ont déjà fait l’expérience de la duplicité du double langage et des faux-semblants devenus une marque de fabrique de l’islamisme tunisien dans sa longue marche vers l’imposition de son modèle de société dogmatique ».

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