Turquie : la Knesset débattra de la reconnaissance du génocide arménien
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Turquie : la Knesset débattra de la reconnaissance du génocide arménien

La question doit faire l'objet d'une discussion plénière complète après la proposition du député Meretz ; le gouvernement reste sur sa position

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

La communauté arménienne de Jérusalem manifeste devant la Knesset suite au récent accord diplomatique entre le gouvernement israélien et la Turquie, pour demander que l'Etat d'Israël reconnaisse le génocide arménien, le 5 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
La communauté arménienne de Jérusalem manifeste devant la Knesset suite au récent accord diplomatique entre le gouvernement israélien et la Turquie, pour demander que l'Etat d'Israël reconnaisse le génocide arménien, le 5 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les députés de la Knesset ont voté mercredi pour débattre de la reconnaissance du génocide arménien au parlement, alors que les relations avec la Turquie sont au plus bas en raison des affrontements meurtriers à la frontière de Gaza.

La proposition présentée par la dirigeante du parti Meretz, Tamar Zandberg, appelle à un débat en plénière sur la question de savoir si l’État juif devrait reconnaître officiellement le génocide de 1,5 million d’Arméniens par les Turcs ottomans il y a 103 ans. Elle a été appuyée par 16 députés dans un plénum presque vide, sans que personne ne s’y oppose.

Le Président de la Knesset, Yuli Edelstein, qui s’est longtemps prononcé en faveur de la reconnaissance, a de nouveau exprimé son soutien à cette mesure. Mais il a également exprimé son malaise face aux appels publics à reconnaître le génocide simplement pour ennuyer la Turquie et son leader belliqueux, Recep Tayyip Erdogan.

« Depuis quand Ankara tire-t-il les ficelles de ma vie morale ? » demanda-t-il, en présentant la motion de Zandberg.

« La Knesset israélienne devrait reconnaître le génocide arménien parce que c’est la bonne chose à faire, la juste chose à faire », a ajouté Edelstein.

Zandberg, de même, a appelé tous les partis politiques israéliens à soutenir la reconnaissance parce qu’“il y a des choses qui sont au-dessus de la politique, et il y a des choses qui sont au-dessus de la diplomatie”.

Elle a tourné en dérision les tentatives d’utiliser la reconnaissance comme une gifle à Erdogan, en disant que « les tragédies d’une autre nation ne sont pas une carte à jouer en politique ».

Tamar Zandberg, présidente de Meretz, dirige une réunion de faction à la Knesset le 7 mai 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Contournant le protocole classique, dans lequel les propositions font généralement l’objet d’une réponse officielle du gouvernement, la coalition n’a pas envoyé un représentant pour contrecarrer la demande de Zandberg de tenir un débat à la Knesset sur la question.

La date du débat en séance plénière n’a pas encore été annoncée.

La reconnaissance du génocide arménien est évoquée chaque année à la Knesset, généralement sous la forme d’un projet de loi plutôt que d’un appel au débat, et a été rejetée chaque année par les gouvernements en place depuis 1989, lorsque le député Yair Tzaban l’a présentée pour la première fois à la Chambre.

Le refus d’Israël de reconnaître formellement le massacre arménien comme un génocide est fondé sur des considérations géopolitiques et stratégiques, au premier rang desquelles ses relations avec la Turquie, qui nie avec véhémence que les Turcs ottomans ont commis un génocide. De même, les États-Unis ont évité de reconnaître les massacres par crainte de fâcher la Turquie.

En dépit de la position officielle d’Israël, des hommes politiques ont, par le passé, exprimé leur soutien à la reconnaissance des atrocités.

En 2016, la Commission pour l’éducation à la Knesset a officiellement reconnu le génocide et a appelé le gouvernement à faire de même.

Le président Reuven Rivlin, qui a été l’un des plus ardents défenseurs de la reconnaissance du génocide à l’époque où il était président de la Knesset, a évité d’utiliser ce terme lors de la commémoration du centenaire en 2015, ce qui a déçu les dirigeants arméniens. Il l’a cependant utilisé plusieurs semaines plus tôt lors d’un autre événement.

Le refus d’Israël de reconnaître le génocide arménien a jusqu’à présent survécu à plusieurs débats à la Knesset et même aux efforts d’un ancien ministre de l’Education pour intégrer le sujet dans les programmes scolaires.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président turc Recep Tayyip Erdogan, dans un montage photo fait le 1er avril 2018 (Crédit : RONEN ZVULUN AND OZAN KOSE/AFP)

Le débat de mercredi a eu lieu alors que les relations entre Israël et la Turquie se sont considérablement détériorées à la suite des affrontements de la semaine dernière à la frontière entre Israël et Gaza, au cours desquels des dizaines de Palestiniens ont été tués, entraînant une querelle diplomatique dans laquelle les ambassadeurs et les consuls généraux des deux pays ont été expulsés ou rappelés dans leurs pays respectifs.

Erdogan a également eu un échange cinglant sur Twitter avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qu’il a accusé d’avoir « le sang des Palestiniens » sur les mains, tandis que Netanyahu l’a accusé en retour de soutenir le Hamas et d’être un partisan des « massacres et de la terreur ».

Mercredi également, au cours d’un débat distinct de la Knesset sur la Turquie, dans une autre demande susceptible d’irriter Erdogan, le vice-ministre de la diplomatie Michael Oren, le député Likud Yoav Kisch et le député Meretz Mossi Raz ont appelé séparément à la création d’un État kurde. Le Premier ministre Netanyahu a exprimé son soutien à l’indépendance kurde en septembre 2017.

Oren, dans ses remarques, a décrit la crise actuelle avec la Turquie comme la plus grave depuis qu’Israël et la Turquie ont signé un accord de réconciliation en juin 2016, améliorant leurs relations diplomatiques après des années de relations glaciales, aggravées par une lutte acharnée entre les militants turcs et les soldats israéliens à bord d’un navire à destination de Gaza en 2010.

Raphael Ahren et Stuart Winer ont contribué à cet article.

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