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Turquie : L’inflation officielle atteint de nouveaux sommets

Cette inflation à 21,31 %, qui rend le coût de la vie difficilement supportable pour nombre de familles, est plus de quatre fois supérieure à l'objectif initial du gouvernement

Illustration : la livre turque. (Crédit : foto-ianiello via iStock)
Illustration : la livre turque. (Crédit : foto-ianiello via iStock)

Conséquence de la dégringolade de la monnaie, l’inflation a atteint vendredi un nouveau plafond en trois ans en Turquie et dépassé officiellement les 21 % sur un an, enfonçant encore davantage le pays dans le marasme économique.

Cette inflation à 21,31 % (+1,5 point en un mois), qui rend le coût de la vie difficilement supportable pour nombre de familles, est plus de quatre fois supérieure à l’objectif initial du gouvernement.

Pourtant, l’opposition et plusieurs observateurs ont aussitôt mis en doute la réalité de ces chiffres officiels, accusant l’Office national des statistiques (Tuïk) de les sous-estimer.

« Ce n’est plus une institution de l’État mais une dépendance du Palais (présidentiel) », a ainsi dénoncé le chef du principal parti d’opposition – le CHP – Kemal Kilicdaroglu.

La hausse des prix s’explique en grande partie par la chute de la livre turque, qui a vu sa valeur fondre de plus de 45 % face au dollar depuis le début de l’année et de près de 30 % depuis fin octobre, ce qui renchérit le coût des importations.

Vendredi en fin de matinée (8H30 GMT), le taux de change approchait les 13,87 livres turques pour un dollar.

En octobre, l’inflation avait atteint 19,89 % en glissement annuel.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a remplacé mercredi le ministre des Finances par son adjoint, a de nouveau rejeté cette semaine toute inflexion dans sa politique économique, qui suscite pourtant la défiance des marchés.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’exprime devant les responsables de son parti au pouvoir à Ankara en Turquie, le 10 octobre 2019. (Crédit : Service de presse de la présidence turque via AP, Pool)

Le chef de l’État continue de prôner des taux d’intérêt bas, arguant à rebours des théories économiques classiques que les taux élevés favorisent la hausse des prix.

Face à la perspective de nouvelles baisses des taux d’intérêt qui pourraient intervenir ce mois-ci, l’agence de notation Fitch Ratings a annoncé vendredi avoir abaissé, de stable à négative, la perspective de la dette souveraine de la Turquie.

Et pour entacher encore un peu plus l’image de la Turquie auprès des investisseurs, le Conseil de l’Europe, réuni à Strasbourg (France), a annoncé vendredi l’ouverture d’une rare procédure d’infraction – pouvant conduire à des sanctions – contre Ankara qui maintient en détention sans jugement le mécène Osman Kavala depuis quatre ans, en dépit d’une décision de la CEDH qui demandait sa « libération immédiate » en décembre 2019.

Conformément au souhait du président, la Banque centrale turque – officiellement indépendante – a abaissé son taux directeur en novembre (de 16 à 15 %) pour la troisième fois en moins de deux mois, au risque d’accroître plus encore l’inflation.

La Banque centrale turque a toutefois annoncé mercredi être intervenue pour stopper la chute de la livre turque en vendant une partie de ses réserves en dollars. Cette mesure n’a pourtant pas réussi à freiner la glissade de la monnaie.

« Aucun sens »

La Turquie connaît une inflation à deux chiffres presque sans discontinuer depuis début 2017. Pour certains produits de base comme les œufs, la viande et l’huile, l’inflation est plus forte encore.

Une partie de l’opposition et des économistes ont mis en doute vendredi les chiffres de l’Office national des statistiques (Tüik), estimant que l’inflation réelle est nettement plus élevée.

« J’ai demandé un rendez-vous au Tüik, mais ils ne m’en ont pas accordé. Je m’y rendrai à 11H00 (8H00 GMT) », a tweeté le chef du CHP.

Promesse tenue : des images diffusées par les chaînes de télévision en continu ont montré M. Kilicdaroglu et une députée de son parti vendredi matin devant les grilles closes de l’institut statistique turc.

« Nous sommes venus chercher les chiffres exacts », a-t-il déclaré devant une foule de micros.

Même étonnement feint de la part de certains observateurs : « Donc la livre se déprécie de 30 % en un mois et seulement 3,5 % d’augmentation des prix [en novembre] ? Cela n’a aucun sens pour moi », a réagi l’analyste spécialisé dans les marchés émergents Timothy Ash.

Avant d’appuyer : « J’ai de sérieux doutes sur l’exactitude des données sur l’inflation désormais. »

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