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Ukraine : l’AP muette ; un membre du Hamas salue « la fin de la domination US »

Ramallah et Gaza sont restés silencieux sur l'invasion russe alors que le Hamas qui entretient depuis longtemps des liens avec la Russie a pris position malgré les recommandations

Le président russe Vladimir Poutine à gauche, salue le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à la résidence Bocharov Ruchei dans la station balnéaire de la mer Noire à Sotchi, en Russie, le 11 mai 2017. (Credit : Alexei Druzhinin/Spoutnik, Kremlin Pool Photo via AP)
Le président russe Vladimir Poutine à gauche, salue le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à la résidence Bocharov Ruchei dans la station balnéaire de la mer Noire à Sotchi, en Russie, le 11 mai 2017. (Credit : Alexei Druzhinin/Spoutnik, Kremlin Pool Photo via AP)

Le Hamas et l’Autorité palestinienne sont restés largement silencieux depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine la semaine dernière, exprimant leur « inquiétude » quant à la condition des Palestiniens vivant dans le pays assiégé, mais s’abstenant de soutenir l’une ou l’autre des parties.

Les responsables du Hamas à Gaza ont reçu l’ordre de ne pas s’exprimer à la presse à ce sujet. Le groupe terroriste craint que toute prise de position publique ne porte atteinte aux relations du Hamas avec la Russie ou avec les Palestiniens en général, dont beaucoup ont de la sympathie pour les Ukrainiens.

Seul Mousa Abu Marzouq, membre du bureau politique du Hamas, a rompu le silence officiel pour célébrer ce qu’il a appelé la fin de l’hégémonie mondiale américaine dans un tweet samedi après-midi.

« Une des leçons de la guerre russo-ukrainienne est que l’ère de la domination unipolaire américaine est terminée. Les États-Unis n’étaient pas en mesure de déclarer la guerre à la Russie ; ceux qui ne peuvent pas déclarer la guerre ne détermineront pas l’agenda international. À partir de là, nous pouvons commencer à parler de l’avenir de l’entité sioniste », a déclaré Abu Marzouk.

Dans un tweet séparé, Abu Marzouq a exhorté l’Autorité palestinienne basée à Ramallah à profiter de cette opportunité pour déclarer l’indépendance palestinienne.

« J’appelle l’AP à saisir cette opportunité pour mettre fin à la coordination sécuritaire, donner libre cours à la résistance face à l’occupation », a écrit Abu Marzouq.

Jeudi dernier, les forces russes ont envahi l’Ukraine après des semaines d’avertissements des gouvernements occidentaux. Des avions de combat russes ont bombardé de grandes villes et des troupes ont cherché à conquérir la capitale ukrainienne de Kiev.

L’attaque russe a été condamnée par les États-Unis et une grande partie de l’Europe. Au Moyen-Orient, les pays ont adopté un comportement plus prudent. Le ministère israélien des Affaires étrangères Yair Lapid a condamné l’invasion alors que le Premier ministre Naftali Bennett ne l’a pas fait, bien que leurs déclarations auraient été coordonnées.

Les dirigeants du Hamas de Gaza Ismail Haniya, au centre, et Mousa Abu Marzouq, à droite, brandissent une arme en saluant des partisans lors d’un défilé marquant le 27e anniversaire de la création du mouvement islamiste le 14 décembre 2014 dans la ville de Gaza. (Crédit: AFP/MAHMUD HAMS)

La Russie a effectué un rapprochement avec le Hamas ces dernières années alors que Moscou a renforcé son implication dans la région. L’Iran, un soutien clef du Hamas, est aligné sur la Russie, et les diplomates russes ont travaillé pour rétablir les liens entre le groupe terroriste et la Syrie après que le Hamas a soutenu les islamistes anti-régime en 2012, provoquant une rupture.

Depuis 2007, la scène politique palestinienne est coupée en deux. Le Hamas dirige la bande de Gaza malgré un boycott international et un blocus israélo-égyptien.

Israël affirme que le blocus est nécessaire pour empêcher que des armes et d’autres matériaux n’atteignent Gaza qui pourraient être utilisés pour attaquer Israël.

L’Autorité palestinienne, un rival acharné du groupe terroriste, administre des enclaves palestiniennes en Cisjordanie.

Ramallah a immédiatement fait part de son inquiétude au sujet de la « situation » en Ukraine la semaine dernière lors des premiers jours de l’attaque russe. Sans prendre position sur l’invasion, le ministère des Affaires étrangères de l’AP a appelé les Palestiniens vivant en Ukraine à quitter le pays.

« Nous suivons de près la situation de nos expatriés et étudiants [palestiniens] et de notre ambassade en Ukraine », a déclaré le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne dans un communiqué.

Quelque 2 500 Palestiniens sont toujours en Ukraine d’après les dires de l’envoyé de l’AP en Ukraine, Hisham Dajani, à la télévision officielle palestinienne.

Le jour de l’invasion russe, le haut responsable de l’AP Hussein al-Sheikh a tweeté qu’il avait parlé au vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhail Bogdanov. Mais selon al-Sheikh, les deux hommes ont discuté d’une récente réunion des hauts dirigeants palestiniens, sans mentionner l’offensive militaire.

Les responsables de l’Autorité palestinienne entretiennent des liens personnels étroits avec Moscou depuis des décennies. Pendant la guerre froide, l’Union soviétique a fourni aide et soutien à l’Organisation de libération de la Palestine. De nombreux Palestiniens ont étudié dans des universités soviétiques, dont le président de longue date de l’AP, Mahmoud Abbas.

D’autre part, les Palestiniens ont comparé l’invasion russe de l’Ukraine au conflit arabo-israélien sur les réseaux sociaux. Beaucoup ont exprimé leur solidarité avec les Ukrainiens, qu’ils décrivent comme faisant face à une potentielle « occupation » par des envahisseurs étrangers.

D’autres espéraient ouvertement une victoire russe dans la guerre contre l’Ukraine, considérant Poutine comme un rempart contre l’Occident.

« S’il vous plaît Dieu, que Poutine voie une victoire décisive qui l’encourage à envahir davantage de pays européens », a écrit Fayez Abu Shemala, chroniqueur pour le quotidien du Hamas, Falastin.

« J’espère que la ville de Londres connaîtra le même sort », a ajouté Abu Shemala dans un tweet ultérieur.

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