Ukraine : un procureur sous le feu des critiques après des remarques antisémites
Rechercher

Ukraine : un procureur sous le feu des critiques après des remarques antisémites

Après un tollé, Anatoliï Matios a assuré que son interview était un "test" pour voir comment les gens allaient réagir

Anatoliy Matios (Crédit : capture d'écran YouTube)
Anatoliy Matios (Crédit : capture d'écran YouTube)

Un procureur militaire ukrainien a fait l’objet de critiques après avoir insinué dans une interview controversée que les Juifs voulaient « noyer les Slaves dans le sang », alors que des organisations s’inquiètent d’une montée de l’antisémitisme dans le pays.

Dans cette interview publiée fin juin sur le site d’informations Insider, le procureur Anatoliï Matios évoque le théoricien communiste russe Alexandre Parvus, dont les idées ont influencé Lénine et d’autres révolutionnaires au début du XXe siècle.

« Dans chaque guerre, il y aura toujours un Parvus, qui a donné de l’argent à Lénine pour la révolution qui a noyé les Slaves dans le sang pendant des décennies », a déclaré M. Matios. « Parvus était également Juif. Ici, ils veulent faire la même chose à l’Ukraine », a-t-il ajouté.

M. Matios a par la suite assuré que son interview était un « test » pour voir comment les gens allaient réagir.

Le centre Simon Wiesenthal, organisation de lutte contre l’antisémitisme et le racisme, a appelé au limogeage de M. Matios. « Son incitation à la haine contre les Juifs illustre la résurgence d’un antisémitisme virulent dans l’Ukraine actuelle », a dénoncé l’organisation sur Twitter.

« Il est inconcevable d’imaginer un responsable européen rester en poste après de telles déclarations », a pour sa part souligné auprès de l’AFP Iosif Zissels, directeur de l’Association des organisations et communautés juives d’Ukraine.

Le chasseur de nazi en chef du groupe de défense des droits des Juifs basé aux Etats-Unis, le Centre Simon Wiesenthal, Efraim Zuroff, lors d’une conférence à Jérusalem le 26 janvier 2017. (AFP/Thomas Coex)
Efraim Zuroff, directeur pour l’Europe de l’Est du Centre Simon Wiesenthal, a qualifié les affirmations de Matios d' »outrageantes et mensongères ». Alors que Matios et d’autres dirigeants communistes étaient juifs, « ils n’agissaient pas comme des juifs. Leur inspiration venait de Moscou, pas de Jérusalem. » Matios « mérite d’être viré », a-t-il déclaré. Zuroff a souligné que « le caractère antisémite des propos de Matios est indéniable ».
Sur Twitter, Dovid Katz, un éminent militant contre l’antisémitisme en Lituanie et en Europe de l’Est, s’est demandé « s’il y a une chance » que le président et le gouvernement ukrainien « envisagent, vous savez, de virer ce fou ? Tout haut responsable militaire de l’UE qui suggérerait que les Juifs veulent noyer le pays dans le sang serait immédiatement renvoyé », a écrit Katz, ajoutant : « Et vous voulez rejoindre l’UE, n’est-ce pas ? »
« L’incitation à la haine contre les Juifs » de Matios, comme l’a qualifié Zuroff, « fait partie intégrante d’un problème plus vaste, à savoir la résurgence d’un antisémitisme virulent en Ukraine », a-t-il ajouté.

Edouard Dolinski, président du Comité chapeautant la communauté juive d’Ukraine, a de son côté dénoncé l’absence de réaction dans le pays après les propos du procureur.

« Il est très triste de voir l’absence de quelque réaction que ce soit de la part de la justice, de la classe politique ou de la société civile. Il s’avère que l’antisémitisme est une chose courante en Ukraine », a-t-il regretté auprès de l’AFP.

Les autorités ukrainiennes sont critiquées par les militants des droits de l’homme pour leur manque de réaction face à la montée du nationalisme dans le pays après le déclenchement du conflit avec les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine en 2014.

Les groupuscules d’extrême droite, qui disposent d’une certaine influence, ont multiplié les actions coup de poing, dont ces dernières semaines des attaques visant des camps rom.

L’année dernière, le nombre d’incidents antisémites enregistrés en Ukraine a doublé depuis 2016, passant à plus de 130 cas, selon un rapport du ministère israélien des affaires de la diaspora. Les chiffres pour l’Ukraine ont dépassé celui de tous les incidents signalés dans l’ensemble de la région, selon le rapport.
En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...