Un an après, où en est-on de la question des LGBT dans les implantations ?
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Un an après, où en est-on de la question des LGBT dans les implantations ?

Les parents présents au rassemblement en Cisjordanie étaient impatients d'obtenir des outils pour aider les enfants mal à l'aise avec leur sexualité

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Un adolescent israélien enveloppé dans un drapeau gay près de l'implantation d'Efrat, le 3 juin 2018 (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)
Un adolescent israélien enveloppé dans un drapeau gay près de l'implantation d'Efrat, le 3 juin 2018 (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

SDE BOAZ, Cisjordanie — En sillonnant, tant bien que mal, l’étroite route mal pavée menant à l’avant-poste de Sde Boaz lundi soir, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer, immédiatement, comme le paysage contrastait avec l’événement consacré à la jeunesse LGBT religieuse auquel je venais assister depuis Tel Aviv.

Deux soldats redescendaient à pied de leur poste de garde en bordure de l’avant-poste sauvage principalement constitué de mobile-homes, situé sur l’une des plus hautes collines du sud-ouest de Jérusalem de Cisjordanie, sur une terre que les Palestinien voisins considèrent comme la leur.

Mais à l’intérieur de la coquette maison d’hôtes que les troupes venaient de passer, quelque 30 Israéliens à la tête couverte étaient réunis pour une présentation expliquant comment faire de la place aux individus non hétéro-normés — une idée particulièrement progressive pour tout espace orthodoxe, que ce soit à l’est ou à l’ouest de la Ligne verte.

En juin dernier, j’avais couvert une version presque identique de cet événement désormais annuel pour m’en servir de point de départ pour un article sur l’évolution balbutiante des Israéliens religieux — notamment ceux vivant dans la région du Gush Etzion — vers l’acceptation des LGBT.

Près d’un an a passé, et je trouvais intéressant d’aller voir où en était la situation aujourd’hui, notamment pour le groupe de soutien qui venait d’être créé pour la jeunesse LGBT dans « le Gush », comme on appelle le bloc d’implantations, semblable à une banlieue, au sud de Jérusalem.

Des Israéliens écoutent le Rabbi Rafi Ostroff (assis à gauche sur le canapé) et Jonathan Maman (a droite) lors d’un événement consacré à la jeunesse LGBT dans la communauté religieuse, dans l’avant-poste de Sde Boaz. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Bien sûr, sur de tels sujets, l’évolution prend du temps, mais dans le cas présent, les progrès réalisés ont fait l’objet d’un rejet à hauteur comparable.

Comme lors de l’événement organisé l’année dernière dans la grande implantation voisine d’Efrat, le rabbin Rafi Ostroff a inauguré le rassemblement par un discours affirmant que l’identité sexuelle n’est pas un choix et que les membres de la communauté devraient considérer toute personne en souffrant comme ses propres enfants que l’on ne peut pas négliger.

Ostroff, un éducateur pour jeunes et chef du Conseil religieux du Gush Etzion, a expliqué que les adolescents qui tendent à l’hétérosexualité devraient être poussés dans cette voie, mais a précisé que ceux pour qui ce n’est pas le cas devraient être encouragés en ce sens et à « suivre autant que possible la Torah ».

A côté d’Ostroff, sur un canapé entouré de participants assis sur des fauteuils en osier, se trouvait Jonathan Maman, un éducateur religieux et militant LGBT, qui était également intervenu lors de l’événement d’Efrat de l’année dernière. Cette fois, au lieu de partager l’histoire de son coming-out, il a abordé les dangers posés par le fait d’être homosexuel dans une communauté orthodoxe, dont le silence (au mieux, et l’hostilité, au pire) sur la question a « statistiquement » exposé la jeunesse à des risques d’auto-mutilation, de consommation de drogues et de relations sexuelles à risque.

S’en est suivie une série de questions de parents, impatients d’obtenir des conseils sur comment réagir au mieux à un enfant qui confie son homosexualité.

« Que répondre s’il nous dit qu’il n’est pas entièrement sûr ? » « Et si c’est l’enfant de quelqu’un d’autre qui se confie à nous ? » « Comment présenter le ‘coming-out’ à la famille ? »

Des centaines de personnes au cours de la Gay Pride à Jérusalem le 18 septembre 2014 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Dans leurs questions, il était clair que les participants — surtout des mères venues de l’implantation adjacente de Neve Daniel, avec une poignée de maris et autant d’adolescentes — étaient là pour disposer enfin des outils nécessaires leur permettant de venir en aide à une frange longuement négligée de leur jeunesse.

Une femme a indiqué qu’elle n’avait pas eu vent de l’existence du groupe de soutien pour les LGBT du Gush et demandé où elle pouvait trouver des informations à ce sujet. C’est là que l’optimisme de certains dans la pièce a semblé se heurter à une impasse.

Maman a alors expliqué que les représentants de la municipalité étaient d’un grand soutien du groupe qu’il dirigeait, mettant des locaux à disposition pour les réunions, mais refusant de le soutenir officiellement ou d’en parler dans les affichages municipaux, car « les conditions ne sont pas mûres ».

Dans une conversation téléphonique avec le Times of Israel au lendemain de l’événement, il nous a confié que la réunion avait eu lieu à Sde Boaz, alors que la plupart du public présent venait de Neve Daniel, car le rabbin de la communauté y avait interdit la tenue de l’événement.

Au même moment, les résidents apprenaient le suicide de Netta Hadid, une transgenre de 23 ans originaire de l’implantation d’Alon Shvut dans le Gush Etzion.

Elle fut retrouvée morte à Tel Aviv le soir-même du rassemblement de Sde Boaz. Cependant, à la grande frustration de ses amis et des militants et alliés LGBT, les informations relayées au sujet de sa mort faisait référence à Yitzhak — le prénom qu’on lui a attribué à la naissance et qu’elle a abandonné lors de sa transition.

Cérémonie de mariage d’un couple homosexuel sous une houpa pendant la Gay Pride de Jérusalem, le 21 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

A propos des progrès faits sur le sujet depuis l’année dernière, Jonathan Maman a confié qu’il ne prenait pas pour acquis certains points
d’évolution : le groupe LGBT du Gush est passé à 20 membres, âgés de 18 à 23 ans, et se rencontre deux fois par mois. (Maman a précisé qu’il était toujours contraint de rediriger les mineurs vers d’autres groupes ou ressources à Jérusalem, car le sien n’est pas en mesure de répondre aux besoins des enfants).

Les yeshivas des environs sont aujourd’hui plus sensibles à cette question et « ferment les yeux » quand des étudiants sont orientés vers le groupe LGBT du Gush, d’après Maman.

« La simple formation du groupe est de facto une amélioration, mais d’un autre côté des voix négatives se sont élevées en réaction quelque chose qui n’est plus un tabou », a-t-il expliqué. « La question est de savoir si ne plus être un tabou [et être la cible de critiques en conséquence] est quelque chose de positif. J’ai tendance à penser que c’est le cas ».

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