Un ancien chef des renseignements saoudiens blâme les dirigeants palestiniens
Rechercher

Un ancien chef des renseignements saoudiens blâme les dirigeants palestiniens

Bandar Bin Sultan a déclaré que les Palestiniens avaient longtemps considéré le soutien de Riyad comme acquis et a dénoncé 70 ans de mauvais leadership

Bandar bin Sultan critiquent vivement els dirigeants palestiniens lors d'une interview avec al-Arabiya, le 5 octobre 2020 (Capture écran/Youtube)
Bandar bin Sultan critiquent vivement els dirigeants palestiniens lors d'une interview avec al-Arabiya, le 5 octobre 2020 (Capture écran/Youtube)

Les dirigeants palestiniens sont des « ratés » qui ont constamment manqué des occasions de parvenir à un règlement avec Israël et qui s’alignent sur les ennemis de l’Arabie saoudite, a déclaré l’ancien chef des services de renseignements saoudiens Bandar Bin Sultan dans une interview accordée à la chaîne de télévision saoudienne al-Arabiya, diffusée lundi.

« La cause palestinienne est une cause juste, mais ses défenseurs sont des échecs. La cause israélienne est injuste, mais ses défenseurs ont réussi. Cela résume les événements des 70 ou 75 dernières années », a déclaré M. Bin Sultan.

Bin Sultan a été ambassadeur à Washington pendant plus de 30 ans. Il a occupé plusieurs postes de haut rang dans le domaine du renseignement après son retour à Riyad. Il a dirigé les services de sécurité saoudiens de 2012 à 2014 et le Conseil national de sécurité saoudien pendant plus d’une décennie.

Dans des déclarations cinglantes sur al-Arabiya – une conférence de 40 minutes, agrémentée d’images d’archives – Bin Sultan a discuté de l’histoire des relations saoudo-palestiniennes. Il a sévèrement critiqué les dirigeants palestiniens pour ce qu’il a considéré comme des occasions manquées et répétées de parvenir à un accord avec Israël, et pour avoir accepté l’aide saoudienne tout en ignorant les conseils politiques saoudiens.

« Je crois que nous, en Arabie Saoudite, agissant sur notre bonne volonté, avons toujours été là pour eux. Chaque fois qu’ils demandaient des conseils et de l’aide, nous leur fournissions les deux sans rien attendre en retour, mais ils prenaient l’aide et ignoraient les conseils. Puis ils échouaient et se tournaient à nouveau vers nous, et nous les soutenions à nouveau, quelles que soient leurs erreurs », a déclaré M. Bin Sultan.

« Nous sommes même allés plus loin en tant qu’État et avons justifié auprès du monde entier les actions des Palestiniens, alors que nous savions qu’elles n’étaient pas justifiées, mais nous ne voulions pas nous opposer à eux », a affirmé Bin Sultan.

Les remarques de l’ancien chef du renseignement reflètent le désenchantement croissant de l’opinion publique à l’égard des dirigeants palestiniens en Arabie saoudite, ainsi que le réchauffement des liens entre le royaume et l’État juif. Le prince héritier Mohammad Bin Salman a indiqué au mensuel The Atlantic en 2017 qu’il croyait que les Palestiniens et les Israéliens avaient le droit « à leur propre terre ».

Le prince héritier saoudien Mohammed Bin Salman s’exprime devant la conférence des Initiatives futures d’investissement à Ryad, en Arabie saoudite, le 24 octobre 2018. (Crédit : Agence de presse saoudienne via AP, File)

L’Arabie saoudite, l’un des États les plus puissants du monde musulman, a longtemps entretenu des liens secrets avec Israël. Ces dernières semaines, de nombreuses spéculations ont circulé sur le rôle potentiel de Riyad dans les accords dits d’Abraham, les accords conclus sous la médiation des États-Unis qui ont établi des liens officiels entre Israël, le Bahreïn et les Émirats arabes unis.

Bin Sultan a évoqué à la fois le plan de partition de 1948 et les accords de Camp David de 1979 avec l’Égypte, qui auraient tous deux pu conduire à la création d’un État palestinien ou à l’autonomie palestinienne. Il a qualifié ces deux plans de préférables au statu quo, notant la croissance continue des implantations israéliennes en Cisjordanie. Il a déclaré que le refus des Palestiniens de parvenir à un accord – et le boycott qu’ils ont mené contre ceux qui en ont signé, comme l’Égypte – a poussé le monde arabe à la division.

« Israël s’efforce d’accroître son influence, tandis que les Arabes sont occupés les uns avec les autres. Les Palestiniens et leurs dirigeants ont été à la tête de ces querelles entre les Arabes », a déclaré Bin Sultan.

Bin Sultan a accusé feu le leader palestinien Yasser Arafat d’avoir manqué de courage politique en rejetant les accords de Camp David, alors même que leurs dispositions étaient meilleures que celles des accords d’Oslo, qu’il a finalement signés avec Israël en 1995.

Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin (à droite) avec le leader palestinien Yasser Arafat avant une conférence de presse, le 25 septembre 1996, au point de passage d’Erez dans la bande de Gaza. (AP Photo/Jerome Delay)

« Je me suis dit qu’il aurait pu être un martyr et donner sa vie pour sauver des millions de Palestiniens », a déclaré Bin Sultan.

L’ancien chef du renseignement a décrit les discussions qu’il a présidées entre les factions palestiniennes rivales du Fatah et du Hamas. Selon Bin Sultan, il a fallu une diplomatie complexe pour parvenir à un accord satisfaisant pour les deux mouvements, qui sont en désaccord depuis la bataille pour le contrôle de la bande de Gaza en 2007.

Mais dès que le Fatah et le Hamas ont signé leur accord, Bin Sultan explique avoir reçu « des informations selon lesquelles ils étaient déjà revenus sur leur parole et avaient commencé à s’opposer, une fois de plus ».

Les relations entre les Palestiniens et les monarchies conservatrices du Golfe sont en déclin depuis des années. L’Autorité palestinienne n’a pas reçu d’aide des EAU depuis 2014, tandis que l’Arabie saoudite a commencé à emprisonner et à poursuivre agressivement les membres du Hamas présents sur son sol à partir de 2017.

Lorsque les accords d’Abraham ont été annoncés à la mi-août, les Palestiniens sont descendus dans la rue pour brûler des photos du prince héritier des Émirats, Mohammad Bin Zayed. Le président de l’AP, Mahmoud Abbas, a décrit la décision des Emirats de normaliser avec Israël comme « un coup de poignard dans le dos ».

Selon Bin Sultan, la rhétorique employée par les Palestiniens pour critiquer les accords de normalisation a représenté une « transgression contre les dirigeants des États du Golfe » et un « discours répréhensible ».

« Ce discours de bas niveau n’est pas ce que nous attendons des responsables qui cherchent à obtenir un soutien mondial pour leur cause », a-t-il déclaré.

Bin Sultan a laissé entendre que l’aide saoudienne constante aux dirigeants palestiniens pourrait les avoir amenés à considérer le soutien du Golfe comme allant de soi.

« Je pense que [notre soutien] a créé un sentiment d’indifférence de leur part, et ils sont devenus convaincus qu’il n’y avait pas de prix à payer pour les erreurs qu’ils commettent envers les dirigeants saoudiens ou l’État saoudien, ou les dirigeants et les États du Golfe », a-t-il dénoncé.

Des Palestiniens brûlent des photos du président américain Donald Trump, du prince héritier d’Abu Dhabi Mohammed ben Zayed al-Nahyan et du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une manifestation contre l’accord des Émirats arabes unis avec Israël, dans la ville de Naplouse en Cisjordanie, le vendredi 14 août 2020. (AP Photo/Majdi Mohammed)

L’ancien chef espion saoudien a également accusé les dirigeants palestiniens de s’aligner sur l’Iran et la Turquie contre les monarchies conservatrices du Golfe.

« Qui sont les alliés des Palestiniens maintenant ? Est-ce l’Iran, qui utilise la cause palestinienne comme prétexte aux dépens du peuple palestinien ? Ou est-ce la Turquie, que les dirigeants du Hamas ont remerciée pour leur position de soutien à la cause palestinienne ? », a demandé Bin Sultan.

Deux autres passages de l’interview seront diffusées sur al-Arabiya plus tard cette semaine.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...