Un avocat affirme que son portable a été piraté par un logiciel espion israélien
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Un avocat affirme que son portable a été piraté par un logiciel espion israélien

"Il faut être vraiment désespéré pour cibler un avocat et utiliser la technologie qui est au cœur même du procès", a déclaré l'avocat impliqué dans un procès contre le groupe NSO

L'application de messagerie WhatsApp est présentée sur un iPhone le 14 mai 2019 à San Anselmo en Californie. (Justin Sullivan/Getty Images)
L'application de messagerie WhatsApp est présentée sur un iPhone le 14 mai 2019 à San Anselmo en Californie. (Justin Sullivan/Getty Images)

Mardi, un avocat britannique spécialisé dans la défense des droits humains a déclaré qu’il pensait que son téléphone avait été ciblé par un logiciel espion développé en Israël à travers l’application de messagerie WhatsApp afin d’obtenir des informations sur son travail.

Plus tôt, WhatsApp a déclaré que le logiciel espion mis au point « par un spécialiste informatique de premier ordre » avait infecté de nombreux téléphones mobiles via l’application et sa fonction d’appels. Le journal The Financial Times a identifié le spécialiste comme étant le groupe israélien NSO, ce à quoi un porte-parole de WhatsApp a ensuite déclaré « nous ne réfutons aucune des informations que vous avez vues ».

L’avocat, qui a refusé d’être nommé, est actuellement impliqué dans un procès contre l’entreprise israélienne NSO et son développement d’un programme informatique qui aurait servi à cibler des dissidents politiques.

« C’est perturbant, mais ce n’est pas surprenant. Il faut être vraiment désespéré pour cibler un avocat et pour utiliser la technologie qui est au cœur-même du procès », a-t-il dit au journal The Guardian.

Le logo de l’entreprise israélienne NSO Group sur un bâtiment où se trouvaient les bureaux de l’entreprise jusqu’à 2016 à Herzliya. (Crédit : AP Photo/Daniella Cheslow)

Il a dit qu’après avoir reçu un certain nombre d’appels suspects tôt un matin sur WhatsApp il y a quelques mois, il a contacté plusieurs chercheurs au Citizen Lab de l’université de Toronto, un groupe de veille d’internet.

« Ils ont lancé leur propre enquête et ont aussi parlé à WhatsApp, qui avait noté un certain nombre d’activités irrégulières sur d’autres téléphones », a déclaré l’avocat.

« Pendant le week-end, le Citizen Lab a pu établir qu’il y avait eu une tentative de ciblage de mon téléphone à l’aide de Pegasus. Le Citizen Lab m’a dit le dimanche soir qu’il s’agissait d’une tentative de me cibler », a-t-il ajouté, en référence au virus développé par NSO.

Il a dit qu’il ne pensait pas que la tentative de pirater son téléphone avait été fait par un gouvernement. Pourtant, il n’a pas indiqué qui pourrait en être responsable.

L’entreprise israélienne a fermement démenti être derrière la tentative de piratage du téléphone.

« NSO ne voudrait et ne pourrait pas utiliser sa technologie dans son propre droit pour cibler toute personne ou organisation, y compris cet individu », a déclaré l’entreprise dans un communiqué adressé à The Guardian.

Selon WhatsApp, détenu par Facebook, le logiciel espion est capable de pénétrer les téléphones grâce à des appels manqués par la fonction d’appel de l’application. Un nombre inconnu de personnes – estimé à des dizaines – a été infecté par le virus que WhatsApp dit avoir découvert début mai, a déclaré un porte-parole de l’entreprise, qui n’était pas autorisé à être cité par son nom.

John Scott-Railton, un chercheur au Citizen Lab, un groupe de veille d’internet, le 17 janvier 2019 à New York. (AP Photo/Kathy Willens)

John Scott-Railton, un chercheur au Lab Citoyen, a qualifié le piratage de « faill très effrayante ».

« Il n’y a rien que l’utilisateur aurait pu faire, à part ne pas avoir l’application », a-t-il déclaré.

Le porte-parole de WhatsApp a dit que l’attaque avait « toutes les signatures d’une entreprise privée connue pour travailler avec des gouvernements afin de concevoir des logiciels capables de prendre le contrôle de systèmes de téléphones mobiles ».

Le porte-parole a déclaré que WhatsApp, qui compte plus de 1,5 milliard d’utilisateurs, a immédiatement contacté le Citizen Lab et des groupes de défense des droits humains et a rapidement réglé le problème et produit un correctif. Il a déclaré que WhatsApp avait aussi fourni des informations à la police américaine pour les aider dans leur enquête.

Il a expliqué que la brèche avait été découverte alors que « notre équipe mettait en place des améliorations sécuritaires supplémentaires à nos appels vocaux », et que des ingénieurs ont trouvé que les personnes ciblées par l’infection « pourraient recevoir un ou deux appels d’un numéro qui leur est inconnu. Dans le processus d’appel, ce code est envoyé ».

« Nous sommes très préoccupés par les abus liés à de telles capacités », a déclaré WhatsApp dans un communiqué.

La révélation s’ajoute aux questions sur la portée du puissant logiciel espion de l’entreprise israélienne, qui est capable de pirater des téléphones portables, contrôler leur caméra et les transformer en outils de surveillance de poche.

Le logiciel de NSO a été utilisé, à plusieurs reprises, pour espionner des journalistes, des avocats, des défenseurs de droits humains et des dissidents. Le logiciel a été impliqué dans l’effroyable meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, découpé en morceaux dans le consulat saoudien d’Istanbul l’année dernière, et dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Plusieurs cibles du logiciel espion, dont un ami proche de Khashoggi et plusieurs personnalités de la société civile mexicaine, poursuivent actuellement NSO devant un tribunal israélien pour le piratage.

Dans un communiqué, un porte-parole de NSO n’a pas démenti que l’entreprise était derrière le logiciel qui exploitait la faille de WhatsApp.

« La technologie de NSO est vendue à des agences gouvernementales autorisées dans le seul objectif de combattre le crime et le terrorisme. L’entreprise n’opère pas le système, et après un processus rigoureux de contrôle, les services de police et de renseignement déterminent comment utiliser la technologie pour effectuer des missions de sécurité publique », a déclaré le communiqué.

« Nous menons une enquête sur toute accusation crédible de mauvaise utilisation et si nécessaire, nous prendrons des mesures, comme fermer les systèmes. En aucune circonstance, NSO ne s’impliquerait dans l’utilisation ou l’identification des cibles de sa technologie, qui n’est utilisée que par des agences de renseignement et de police », précisait le communiqué.

Lundi, Amnesty International – qui avait affirmé l’année dernière que l’un de ses membres avait aussi été ciblé par le logiciel – a déclaré qu’il se joindrait au procès pour forcer le ministère israélien de la Défense à suspendre l’autorisation d’exportation de NSO.

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