Un char à l’équipage exclusivement féminin à la frontière avec l’Égypte
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Un char à l’équipage exclusivement féminin à la frontière avec l’Égypte

Au début du mois prochain - c'est une première - un tank Merkava IV, dont les membres d'équipage sont toutes des femmes, surveillera la frontière avec le bataillon Caracal

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une instructrice de Tsahal durant un exercice le 1er janvier 2013. (Crédit : pl. Zev Marmorstein/unité de communication de l'armée israélienne)
Une instructrice de Tsahal durant un exercice le 1er janvier 2013. (Crédit : pl. Zev Marmorstein/unité de communication de l'armée israélienne)

Base de NAHAL RAVIV, dans l’ouest du Negev – un équipage de char 100 % féminin va stationner dès le mois prochain aux abords de la frontière égyptienne pour la toute première fois de l’Histoire de l’armée israélienne. Cette initiative est prise dans le cadre d’un programme-pilote qui sert à évaluer la faisabilité de la mise en place d’équipages de blindés constitués de femmes, a fait savoir mercredi un communiqué de l’armée.

Les soldates concernées sont en train de terminer leur formation sur la base Shizafon, qui se trouve dans le désert du Negev et qui accueille l’école des blindés. Après une courte pause, elles seront envoyées et placées sous la supervision du commandement du bataillon mixte Caracal, qui défend la partie nord de la frontière israélienne avec l’Égypte.

Selon le commandant du bataillon Caracal, le lieutenant-colonel Erez Shabtai, il ne s’agit pas seulement du tout premier déploiement d’un équipage féminin de char, mais c’est également la toute première unité d’infanterie à prendre en charge un tank qui est placée directement sous son contrôle.

« C’est hautement significatif. Inutile de dire que tout le monde va nous observer », a confié Shabtai au Times of Israel, alors que nous circulions dans un véhicule le long de la frontière égyptienne.

L’année dernière, l’armée israélienne a lancé un nouveau programme-pilote pour tenter d’intégrer les femmes dans les unités de blindés après un essai initial, en 2017 et 2018, qui s’était avéré non-concluant.

Après avoir terminé une formation de base avec les autres militaires dans les unités mixtes chargées de la défense des frontières, les soldates participant à cette initiative ont été envoyées sur la base Shizafon, en plein désert, pour apprendre comment gérer un tank et combattre.

Elles devraient terminer leur formation rapidement et seront envoyées au bataillon Caracal pour être déployées le long de la frontière après un congé de quelques jours.

Une partie de la clôture le long de la frontière israélo-égyptienne, au nord d’Eilat. (Crédit : Idobi, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

La compagnie de blindés sera initialement dirigée par un officier d’infanterie formé pour devenir un commandant de tank, a noté Shabtai.

Changement significatif au sein de l’armée : le commandant de cette compagnie de tanks sera placé directement sous l’autorité du chef du Bataillon Caracal. Au sein de l’armée en général – alors que les unités de blindés et celles d’infanterie travaillent souvent étroitement ensemble – ces dernières restent toutefois distinctes, avec des structures hiérarchiques séparées. Ce qui n’est pas le cas ici.

« Nous serons la toute première unité réunissant plusieurs corps de l’armée israélienne », explique Shabtai.

L’équipage féminin montera à bord d’un tank de type Merkava IV, doté des capacités et des systèmes technologiques les plus innovants, a-t-il continué.

« Elles vont avoir un bon tank entre les mains », s’est exclamé Shabtai.

Même s’il a été responsable d’un grand nombre des préparations qui ont précédé l’arrivée des soldates qui formeront l’équipe du tank, Shabtai ne commandera pas personnellement l’unité dans la mesure où son mandat expirera bientôt. Le lieutenant-colonel, qui occupe son poste depuis presque deux ans, devrait prendre la tête de la base de formation accueillant les unités chargées de la défense des frontières.

Le bataillon Caracal est l’une des quatre unités d’infanterie mixtes qui forment le Corps chargé de la défense des frontières, qui est responsable de la défense des frontières de l’État juif avec l’Égypte et la Jordanie. Si Israël a signé des traités de paix avec Amman et le Caire, il y a néanmoins des tentatives de trafic régulières aux frontières ainsi que des attentats terroristes – c’est particulièrement le cas dans la péninsule du Sinaï où s’est installée une branche petite mais active du groupe État islamique, dit « de la province du Sinaï ».

Les soldats du bataillon mixte Caracal pendant un exercice de préparation à un assaut de l’État islamique dans le sud d’Israël, fin mars 2017. (Crédit : Unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

Dans une tentative de libérer les unités d’infanterie lourde – les parachutistes, les brigades Givati, Golani, Kfir et Nahal — qui servaient dans le passé sur ces frontières, l’armée israélienne les a transférées, ces dernières années, aux côtés des unités d’infanterie légères chargées de défendre les frontières, comme les bataillons Caracal, Bardelas, Lions de la vallée du Jourdain et Lions de la Vallée.

Contrairement aux brigades d’infanterie lourde, ces bataillons mixtes ne sont pas considérés comme des « unités de manœuvres » – ce qui signifie qu’ils ne sont pas appelées à entrer dans les profondeurs des territoires ennemis mais qu’ils restent largement au sein des frontières israéliennes, et relativement près de leurs bases. Ce qui implique également que les soldats qui servent dans ces unités n’ont pas besoin d’être soumis aux mêmes exigences physiques que les militaires qui officient dans des brigades d’infanterie lourde qui, pour leur part, sont capables de parcourir de longues distances avec des équipements pensants et encombrants – ce que les hommes sont, en moyenne, plus aptes à faire que les femmes.

Les critiques de la présence de femmes dans les unités de combat soulignent souvent ces moindres exigences à l’égard des femmes comme étant la preuve des dangers d’une intégration des deux sexes sans distinction au sein de l’armée, tandis que les partisans de la mixité affirment que les différences entre femmes et hommes ne sont pas significatives en elles-mêmes et que les choses se déterminent ensuite en fonction des besoins opérationnels.

Le programme-pilote lancé en 2017-2018 au sein de l’armée concernant la présence d’équipages à 100 % féminins dans les tanks avait été officiellement considéré comme une réussite mais, selon l’armée, il avait toutefois comporté beaucoup de lacunes en échouant à prendre en compte tous les aspects impliqués dans la prise en charge d’un char.

Les militaires avaient alors cessé le programme initial mais ont décidé de le relancer, au mois de juin 2020, suite à de multiples plaintes déposées devant la Haute cour de justice.

Le chef de forces blindés de l’armée israélienne, le général Guy Hasson, au centre, prend la pose sur un tank avec la première femme commandant de l’armée, qui a terminé sa formation, le 28 juin 2018. (Crédit : Tsahal)

À ce stade, l’armée n’envisage que la mise en place d’équipages exclusivement masculins ou féminins, en grande partie pour des raisons d’intimité – dans certains cas, les membres des équipages doivent aller aux toilettes ou se laver dans l’espace confiné du tank.

Les critiques de l’intégration des femmes au sein de l’armée évoquent souvent une expérimentation sociale dangereuse qui pourrait avoir des ramifications potentielles pour la sécurité nationale. Les autres saluent cette initiative en affirmant qu’elle était nécessaire depuis longtemps et qu’elle a d’ores et déjà été mise en œuvre dans de nombreux pays occidentaux.

Les détracteurs notent que certaines exigences ont été revues à la baisse pour les soldates – ce qui, selon eux, est un signe d’un sacrifice de l’efficacité – et que les femmes souffrent davantage de stress.

Tsahal insiste sur le fait que l’armée permet dorénavant à un nombre plus important de femmes de servir dans des unités de combat pour des raisons pratiques et non en raison d’un agenda social, notant qu’elle avait besoin de tous sans distinction – hommes comme femmes.

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