Un chroniqueur revient sur une phrase tristement célèbre de Sartre
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Un chroniqueur revient sur une phrase tristement célèbre de Sartre

Trois mineurs ont été mis en examen pour un acte 'antisémite', occasion pour Raphaël Enthoven, d'analyser les comportements des antisémites

Raphael Enthoven dans l'ex-matinale de Thomas Sotto. (Crédit : Capture d'écran : Europe 1)
Raphael Enthoven dans l'ex-matinale de Thomas Sotto. (Crédit : Capture d'écran : Europe 1)

Trois mineurs ont été placés sous contrôle judiciaire par le parquet de Meaux, mardi dernier, pour avoir agressé un serrurier fin novembre 2015, rapporte le Parisien.

Le motif de cette agression serait purement antisémite. Les trois lycéens pensaient que le serrurier était de confession juive.

C’est en écoutant une réclame sur Radio J, que les trois mineurs auraient eu l’idée de contacter cette entreprise du 11e arrondissement dont le nom revêt une consonance juive.

Au téléphone, ils prétendent l’installation d’une porte blindée et donnent rendez-vous au serrurier à une fausse adresse à Bussy-Saint-Georges.

Une fois arrivé sur place, le serrurier s’est fait passer à tabac. Les jeunes, cagoulés, sont munis d’une bombe lacrymogène et d’un couteau. Ils frappent, insultent et menacent de mort le salarié de l’entreprise. Le flot d’insultes revêt un caractère antisémite dont « Donne ton pognon, sale juif ».

La victime se débat. Durant l’échauffourée, l’employé piégé arrive à apercevoir le visage de l’un de ses agresseurs qu’elle rapporte à la police. Le serrurier est à la suite de cette agression hospitalisé.

Cinq mois plus tard, l’enquête judiciaire a abouti à l’interpellation de trois suspects. Ces derniers nient une partie des faits et ont des propos incohérents, rapporte la police. Un des jeunes aurait simplement passé le coup de téléphone et un autre aurait regardé l’agression sans y prendre part. Ils ont été placés en examen.

Ce matin, Raphaël Enthoven est intervenu sur Europe 1 concernant cette agression. « On ne sait même pas si la victime est effectivement juive, » indique le philosophe. « Il n’est pas nécessaire d’être juif pour être victime de l’antisémitisme. Il suffit d’être désigné comme tel en vertu de critères (…) qui sont eux-mêmes une invention de l’antisémite. »

Selon Raphaël Enthoven, l’antisémitisme n’a ainsi plus besoin du judaïsme pour passer à l’acte.

« Ce sont des passions autonomes, peu importe aux jeunes barbares de Bussy-Saint-Georges que leur victime soit réellement juive, l’essentiel est de lui taper dessus, à ce titre. Le réel ne les intéresse pas, les soupçons leur suffisent. »

« Ce n’est pas un geste idiot, c’est beaucoup plus grave que ça. C’est une imputation de judaïsme, en vertu de ce qu’on tient pour sa définition. Serait juive toute personne qui travaille dans une entreprise dont le nom sonne juif. »

La morale de l’info de Raphaël repose sur une phrase de Jean-Paul Sartre. « Si le juif n’existait pas, l’antisémite l’inventerait ».

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