Un court-métrage palestinien en lice pour les Oscars
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Un court-métrage palestinien en lice pour les Oscars

Le premier film de Basil Khalil utilise la comédie pour dresser le portrait de la culture d'une confrontation dans 'Ave Maria'

Une scène d' « Ave Maria » de Basil Khalil (Crédit : Incognito Films)
Une scène d' « Ave Maria » de Basil Khalil (Crédit : Incognito Films)

Basil Khalil a déclaré qu’il a commencé à trembler en entendant les nouvelles que son court métrage, « Ave Maria » a été nominé pour un Oscar. C’était beaucoup à digérer pour le cinéaste palestinien, qui en était à sa première tentative.

Khalil a pensé qu’il avait fait un film comique, qui a lieu dans un couvent de religieuses cloîtrées en Cisjordanie, comme un moyen de se faire ses dents dans l’industrie du divertissement pour un futur long-métrage en intéressant de futurs investisseurs.

Malgré ses modestes ambitions, il a fini par faire sa première au Festival de Cannes et son film a été projeté devant un public dans 60 festivals dans le monde entier. « Ave Maria » a remporté 11 prix à ce jour, et est maintenant en lice pour le plus grand prix de tous les prix.

L’intrigue du film porte sur un jeune couple de résidents israéliens religieux qui se dépêchent pour rentrer à la maison à temps pour Shabbat. Ils prennent un raccourci en passant sur une « route arabe », avec la vieille mère du mari (d’un kibboutz laïc) dans la voiture. ils percutent accidentellement une statue de la Vierge Marie qui se trouve en face d’un couvent.

Ce qui en découle est l’interaction humoristique entre les Juifs et les religieuses, qui ont fait le vœu de silence. Shabbat commence, ils doivent tous travailler ensemble pour arriver à une solution créative pour que la famille israélienne reprenne la route.

« Dans les comédies, il y a généralement beaucoup de dialogues. Mais c’est une comédie sur les chocs des comédies. C’est plus visuel », a déclaré Khalil, 34 ans, a déclaré au Times of Israel par téléphone de son domicile à Londres.

« Le choc qui est représenté dans le film est celui que les gens connaissent déjà, donc le public le comprend instantanément », a-t-il dit.

Cependant, les téléspectateurs sont apparemment surpris de voir qu’il y a des Chrétiens palestiniens en Israël et dans les Territoires palestiniens et beaucoup ont dit à Khalil qu’ils l’ont su grâce à son film.

Khalil est lui-même un Chrétien palestinien et un citoyen d’Israël. Il est né d’un père palestinien et d’une mère anglaise à Nazareth et a été élevé dans une famille chrétienne évangélique. Cela signifie qu’il est allé à une école chrétienne et il n’y avait pas de télévision dans la maison où lui et ses trois jeunes frères et sœurs ont grandi.

Seuls les films bibliques (« Les Dix Commandements », « Ben Hur ») et les comédies musicales familiales (« The Sound of Music », « Mary Poppins ») étaient autorisés chez lui.

Le cinéaste Basil Khalil d' « Ave Maria », qui  a été nominé pour un Oscar (Crédit : Incognito Films)
Le cinéaste Basil Khalil d’ « Ave Maria », qui a été nominé pour un Oscar (Crédit : Incognito Films)

Plus tard, après avoir quitté la maison pour étudier la réalisation et l’art du scénario au Royaume-Uni, Khalil a aiguisé ses sensibilités comiques en regardant avec frénésie les classiques des séries comiques américaines et britanniques.

« Je me suis rattrapé en regardant beaucoup de comédies maladroites et avec du comique de situation embarrassante. Je suis un grand fan de ‘Frasier’ et ‘The Office’. J’adore les trucs de Ricky Gervais », a expliqué Khalil.

Bien qu’il s’inspire de ces comédies, il pense que son talent pour l’écriture de la comédie lui vient un peu naturellement. Quand il était adolescent, il préférait penser à des idées et à écrire des histoires plus qu’aux mathématiques et aux sciences que le programme que son lycée proposait.

« Et soyons réalistes, vous avez besoin d’avoir du sens de l’humour quand vous faites partie d’une minorité en Israël, cela vient de l’intérieur », a-t-il dit.

Khalil a indiqué que des critiques lui ont été adressées car il n’a pas déclaré qu’ « Ave Maria » était une production israélienne ou parce qu’il ne s’est pas qualifié de cinéaste israélien.

En outre, les téléspectateurs avertis remarqueront qu’au début du film, il est écrit que le couvent (en fait un monastère abandonné grec orthodoxe à Qasr al-Yahud près de Jéricho) est situé en « Cisjordanie, Palestine » (plutôt que les Territoires palestiniens).

Le casting et l’équipe du tournage d’ « Ave Maria » comprend des Palestiniens et des Israéliens. Khalil a appelé le film une production franco-allemande-palestinienne parce que les sources de financement du film sont des individus et des fondations de ces pays, ou de ces nationalités.

En ce qui concerne sa propre identité, il se présente comme un Britannique et un Palestinien.

« Je suis un citoyen israélien et je détiens un passeport israélien mais je ne me considère pas comme un Israélien. Si et quand le jour viendra où Israël me traitera avec la même égalité, de la même manière dont je suis, en tant que minorité, traité ici au Royaume-Uni, alors je me considérerai comme un Israélien », a déclaré le cinéaste.

Une scène d'« Ave Maria » de Basil Khalil (Crédit : Incognito Films)
Une scène d’« Ave Maria » de Basil Khalil (Crédit : Incognito Films)

Khalil est extrêmement heureux de pouvoir fouler le tapis rouge à Hollywood lors de la 88e cérémonie des Oscars le 28 février.

Qu’ « Ave Maria » obtienne l’Oscar ou, cela vaut la peine de réfléchir au message sérieux qui sous-tend dans sa comédie.

« C’est ce qui arrive quand deux sortes de gens, chacun vivant dans leur propre bulle, se rencontrent et brisent leurs propres règles », a déclaré Khalil.

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