Un député arabe veut imiter le modèle éducatif national-religieux
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Un député arabe veut imiter le modèle éducatif national-religieux

Le professeur de droit Youssef Jabareen défend un nouveau projet de loi et avertit que les jeunes Arabes sont éloignés de leur culture

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Elèves arabes dans la nouvelle école primaire du quartier arabe d'Umm Tuba à Jérusalem Est. Illustration. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)
Elèves arabes dans la nouvelle école primaire du quartier arabe d'Umm Tuba à Jérusalem Est. Illustration. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

L’éducation est une chose dangereuse. Le programme scolaire et les enseignants déterminent, dans une grande mesure, la connaissance de toute une génération d’Israéliens.

Voilà pourquoi le député Youssef Jabareen de la Liste arabe unie, professeur de droit spécialisé en droits des minorités à l’Université de Georgetown à Washington, DC, aimerait voir les citoyens arabes prendre le contrôle de leur propre programme.

S’il réussissait, le courant éducatif arabe, qui enseigne à 28 % des élèves d’Israël, de la maternelle à la 12e année, bénéficierait du même niveau d’autonomie accordé au courant national-religieux, qui représente 17 % des écoliers israéliens.

Au nom de son parti, le 25 mai, Jabareen a proposé un amendement à la loi sur l’éducation nationale de 1953, décrivant – pour la première fois dans l’histoire d’Israël – les objectifs de l’éducation arabe.

L’amendement à l’article 2 de la loi comprend des généralités inoffensives telles que la nécessité de fournir « un environnement d’apprentissage sécurisé et agréable », mais aussi des éléments plus controversés tels que « le renforcement de l’identité arabo-palestinienne [des étudiants] en identité nationale fière de ses réalisations culturelles ».

Le projet de loi défend aussi une éducation arabe en Israël pour promouvoir « la cohésion au sein du peuple palestinien, le renforcement de la mémoire et du narratif palestinien et l’attachement aux droits politiques historiques du peuple palestinien ».

Ces principes – qui, selon Jabareen, forment le credo de son parti sur l’éducation arabe – sont bien loin de l’état actuel des choses dans les écoles arabes locales, où la poésie de Hayim Nahman Bialik et le patrimoine de Shaul Tchernichovsky sont enseignés aux côtés de la Bible hébraïque.

Mais où les œuvres des poètes nationaux palestiniens, tels que Mahmoud Darwish et Samih al-Qasim, ne se trouvent nulle part.

Le député de la Liste (arabe) unie Youssef Jabareen, le 9 juin 2015 (Elhanan Miller/Times of Israel)
Le député de la Liste (arabe) unie Youssef Jabareen, le 9 juin 2015 (Elhanan Miller/Times of Israel)

« Les élèves palestiniens ne sont pas exposés à leur narratif du tout », confie Jabareen au Times of Israel. « Le seul narratif auquel ils sont exposés est le narratif sioniste. »

La différence entre ces deux récits est surtout perceptible en classe d’Histoire. Les manuels d’enseignement de la guerre de 1948 se réfèrent à l’événement exclusivement comme à une expression de l’indépendance politique juive, et non à la catastrophe nationale vécue par les Arabes.

Le mot « nakba », qui désigne ce sentiment de catastrophe, n’est jamais utilisé dans les manuels scolaires arabes, sanctionnés par le ministère de l’Education israélien, souligne Jabareen.

Le seul manuel arabe de l’école primaire qui reconnaissait la « nakba » aux côtés de « l’indépendance » – a été révoqué par le ministre de l’Education d’alors, Gideon Saar, déclare Jabareen.

La littérature est un autre sujet délicat. Lorsque le natif d’Umm el-Fahm Jabareen fréquentait le lycée à Nazareth, le poète palestinien réputé Chakib Jahshan faisait partie de ses professeurs. Même s’il était digne de figurer dans le programme de littérature arabe, Jahshan a été interdit d’enseigner son propre travail, considéré comme « trop nationaliste », fait remarquer Jabareen.

« C’est absurde », dit-il. « Donc, en tant que président du Syndicat des étudiants, j’ai convenu avec Jahshan qu’il nous enseigne [sa poésie] après les heures d’école. Je lui ai dit : ‘Écoutez, cela n’a aucun sens !’  »

Confinés à l’étude de la poésie médiévale ou à de stupides chansons d’amour modernes, les étudiants arabes sont de plus en plus éloignés de leur langue vivante, et, par conséquent, de leur propre culture arabe, souligne Jabareen.

« La langue est la marque de l’identité et de la culture de tout groupe ethnique », dit-il. « Lorsque vous êtes éloignés de votre langue, vous vous sentez déconnectés de votre patrimoine culturel. »

L’enseignement de la langue arabe dans les écoles arabes israéliennes est « technique et fonctionnel ». Il n’a pas la profondeur culturelle de la littérature contemporaine originale, généralement considérée comme trop nationaliste pour les sensibilités israéliennes, affirme-t-il.

L’autonomie dans l’éducation est le meilleur remède à l’aliénation de la jeunesse arabe, dit Jabareen. Il aimerait s’approprier le modèle du courant éducatif national-religieux, qui, via son propre Conseil, contrôle la nomination des enseignants et le programme scolaire.

« Je voudrais adopter ce modèle à bras ouverts », dit-il.

Mais Jabareen comprend que la réforme éducative dans les écoles arabes est fortement tributaire d’une refonte structurelle de l’ensemble du système, et de ses priorités.

L’année dernière, la Banque d’Israël a conclu que 5 milliards de shekels sont nécessaires afin d’égaliser les systèmes éducatifs arabes et juifs, pour combler les milliers de salles de classe et d’heures d’enseignement.

Selon les données publiées par le ministère de l’Education en 2013, les élèves juifs reçoivent en moyenne 2,9 % de plus d’heures d’école que leurs pairs arabes.

Cet écart se manifeste dans les succès. Les étudiants arabes sont environ moitié moins susceptibles que les Juifs de recevoir un diplôme de fin d’études ; et même ceux qui en obtiennent ne possèdent souvent pas les qualités pour entrer à l’université.

Mais la législation de Jabareen ne prétend pas résoudre tous ces problèmes. Admettant que le projet de loi ne passera très probablement pas sous sa forme actuelle, Jabareen espère néanmoins ouvrir le débat.

« Il est important de présenter ce que nous voulons, et pas seulement de condamner ce que nous ne faisons pas », dit-il.

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