Un diplomate iranien jugé pour un projet d’attentat absent à son procès
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Un diplomate iranien jugé pour un projet d’attentat absent à son procès

Assadollah Assadi est présenté comme le coordinateur du projet déjoué par la justice belge et considéré par la France comme téléguidé par le ministère iranien du Renseignement

Des gens tiennent des photos de proches tués par le régime iranien lors de l'événement "Iran Libre - l'Alternative"  à Villepinte, au nord de Paris, le 30 juin 2018. (AFP Photo/Zakaria Abdelkafi)
Des gens tiennent des photos de proches tués par le régime iranien lors de l'événement "Iran Libre - l'Alternative" à Villepinte, au nord de Paris, le 30 juin 2018. (AFP Photo/Zakaria Abdelkafi)

Un diplomate iranien appelé à comparaître à Anvers (Belgique) pour un projet d’attentat contre un rassemblement d’opposants au régime de Téhéran, en 2018 près de Paris, a refusé vendredi de se présenter au procès, contestant la légitimité du tribunal.

Seuls ses trois complices présumés étaient présents dans le box en début de matinée et l’audience s’est ouverte sans lui.

Le diplomate Assadollah Assadi, 48 ans, en poste à l’ambassade d’Iran à Vienne au moment des faits, est présenté comme le coordinateur de ce projet déjoué par la justice belge et considéré par la France comme téléguidé par le ministère iranien du Renseignement, ce que Téhéran a vivement démenti.

L’Iran a fustigé « une violation de l’immunité diplomatique » de M. Assadi jugeant son arrestation « illégale ». Un argumentaire repris vendredi matin par l’avocat belge de l’intéressé pour justifier son absence.

« Mon client m’a demandé de le représenter aujourd’hui. Il respecte ce tribunal mais comme il estime qu’il devrait bénéficier de son immunité, le tribunal n’est pas autorisé à le juger », a affirmé devant la presse Me Dimitri de Béco.

« Il a le droit d’être représenté par son avocat, c’est ce que je vais faire », a ajouté le pénaliste.

Un attentat à la bombe devait viser le 30 juin 2018 à Villepinte, près de Paris, le grand rassemblement annuel du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), une coalition d’opposants comprenant les Moudjahidine du peuple (MEK).

L’ancien maire de New York Rudy Giuliani à un évènement « Free Iran 2018 – the Alternative » le 30 juin 2018, à Villepinte, en banlieue parisienne. (Crédit : AFP /Zakaria Abdelkafi)

Le jour même, un couple de Belgo-Iraniens domiciliés à Anvers (nord) est arrêté par la police belge à Bruxelles en possession de 500 grammes d’explosif TATP et d’un détonateur dans sa voiture.

L’interpellation a lieu in extremis, et le rassemblement peut se tenir avec ses invités : des personnalités politiques américaines, britanniques et françaises notamment. Aujourd’hui, une vingtaine d’entre elles sont parties civiles dans la procédure pénale aux côtés du CNRI, dont la Franco-Colombienne et ex-otage des FARC Ingrid Betancourt.

Sur le banc des prévenus, devant le tribunal correctionnel d’Anvers, le couple arrêté, Nasimeh Naami, 36 ans, et Amir Saadouni (40 ans), comparaît aux côtés de Mehrdad Arefani (57 ans), autre complice présumé d’Assadi.

Tous les quatre ont été inculpés pour « tentatives d’assassinat à caractère terroriste » et « participation aux activités d’un groupement terroriste ». Ils encourent 20 ans de réclusion criminelle.

M. Assadi avait été arrêté lors d’un déplacement en Allemagne, où il ne bénéficiait plus de son immunité diplomatique.

M. Arefani, un poète iranien exilé en Belgique au début des années 2000, a été lui arrêté en France. Il a également été livré à la justice belge en 2018 en vertu d’un mandat d’arrêt européen.

« Un procès historique »

Les parties civiles le présentent comme un proche d’Assadi, échangeant régulièrement par téléphone avec ce dernier via une carte SIM autrichienne retrouvée en sa possession. Devant les enquêteurs, les deux hommes ont nié se connaître.

Selon le CNRI et ses soutiens, l’explosif très puissant aurait pu faire « un bain de sang » au rassemblement de Villepinte.

« On n’imagine pas l’ampleur de la catastrophe », a lancé devant les journalistes leur avocat Georges-Henri Beauthier, dénonçant un « terrorisme d’Etat » orchestré par Téhéran.

« C’est un procès historique », a affirmé Me William Bourdon, qui intervient aussi pour les parties civiles. « C’est la première fois que dans le box, symboliquement, on va avoir le régime des mollahs lui-même, jugé à travers ses soi-disant diplomates », a poursuivi l’avocat français.

Révélé par le parquet fédéral belge deux jours après l’arrestation de Bruxelles, ce projet d’attentat avait suscité la colère du président iranien Hassan Rouhani, rappelle l’expert français François Nicoullaud.

Le président français Emmanuel Macron, (à droite), rencontre son homologue iranien Hassan Rouhani, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le 25 septembre 2018. (Crédit : AFP PHOTO / ludovic MARIN)

« En visite au même moment en Europe, il était absolument furieux de cette opération des services (de renseignement iraniens), qui ont le génie d’intervenir à contre-courant du gouvernement », a dit à l’AFP cet ancien ambassadeur de France à Téhéran.

A l’époque, Hassan Rouhani s’efforçait de conserver la bienveillance des Européens dans le dossier épineux du nucléaire iranien, alors que l’accord international de 2015 venait d’être dénoncé unilatéralement par le président américain Donald Trump.

Hasard du calendrier, ce procès intervient quelques jours après la libération d’une chercheuse australo-britannique, condamnée en Iran pour espionnage au profit d’Israël, et échangée contre trois Iraniens liés à un projet d’attentat à Bangkok contre des cibles israéliennes.

Le procès est prévu sur deux jours, vendredi et jeudi prochain. Le tribunal devrait ensuite mettre son jugement en délibéré à début 2021.

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