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Un ex-détenu juif porte plainte pour harcèlement antisémite à la prison de la Santé

Yossef, 67 ans, accuse un surveillant de brimades, injures et faits de harcèlement ; la direction de la prison n’a pas réagi à ses multiples alertes

La prison de la Santé, en 2007, photographiée depuis un étage élevé de l'hôtel Paris Marriott Rive Gauche. (Crédit : Michael C. Berch / CC BY-SA 3.0)
La prison de la Santé, en 2007, photographiée depuis un étage élevé de l'hôtel Paris Marriott Rive Gauche. (Crédit : Michael C. Berch / CC BY-SA 3.0)

Yossef, 67 ans, citoyen franco-israélien touché par une sévère pathologie cardiaque, a été incarcéré au centre pénitentiaire de la Santé, à Paris, d’avril 2021 à septembre 2022 pour un délit d’ordre fiscal.

Selon le site d’information Les Jours, qui consacre actuellement un large dossier aux prisons françaises, il a déposé une plainte contre X jeudi 24 novembre auprès du procureur de la République de Paris pour violences aggravées, harcèlement moral aggravé, vol aggravé, faux en écriture publique aggravé et injure non publique raciste pour des faits survenus lors de sa détention.

Les insultes antisémites de la part du surveillant ont été proférées le 8 août 2022, « après des semaines de brimades », indique Les Jours.

Celles-ci ont été suivies de violences lors de son placement en quartier disciplinaire – le surveillant s’était plaint d’un prétendu comportement violent du détenu, ce que la vidéosurveillance diffusée lors de la commission de discipline n’a pas prouvé, et l’ancien détenu a été relaxé pour ces faits.

« C’est un miracle si je suis vivant. Il y avait une volonté de me meurtrir dans ma chair. Ils voulaient me briser et m’humilier. L’une des choses qui m’a fait le plus mal, c’est la connotation antisémite », a témoigné l’homme auprès des Jours.

Différentes attestations de détenus et comptes-rendus d’incident et d’enquête de la pénitentiaire étayent la version de Yossef, qui décrit le surveillant concerné comme se sentant tout-puissant.

Maître Philippe Ohayon, avocat de la victime, estime que « ce qui s’est passé est gravissime ». « Il y a non seulement des propos antisémites mais aussi des actes de violences commises sur une personne vulnérable âgée de 67 ans. Les détenus sont des personnes sous-main de justice, pas sous le joug de la brutalité. Une enquête sérieuse doit être menée », a-t-il expliqué.

Les faits sont d’autant plus incompréhensibles que le sexagénaire était considéré comme un détenu modèle, se trouvant dans un quartier de la prison où les détenus ont la clé de leur cellule en journée – un contrat de confiance nouée avec la direction de la maison d’arrêt dans le cadre d’un programme spécial.

Les choses ont néanmoins dégénéré en juillet dernier quand Yossef, nommé médiateur de son étage, a lancé une pétition pour défendre un co-détenu, banni de son quartier – sans raison valable selon eux – par le même surveillant, surnommé « Nounours ».

Entrée principale de la prison au 42, rue de la Santé. (Crédit : LPLT / CC BY-SA 3.0)

« Ça peut paraître anodin mais en détention, de façon répétée, son comportement pèse beaucoup », a expliqué aux Jours un co-détenu. « Il joue avec les nerfs, ça l’amuse. Sauf que ce n’est pas votre ami, il a un ascendant sur vous. Ça ressemble un peu à du harcèlement. J’ai rarement rencontré ça en prison. Si vous vous défendez, c’est la guerre. »

Yossef est alors devenu sa cible suite à cette pétition, et le surveillant s’est attaqué aux origines et à la confession religieuse de l’homme.

« Il a commencé à lui faire des remarques sur tout et n’importe quoi, y compris sur son judaïsme », témoigne le co-détenu. « Il jouait sur l’antisémitisme pour le faire réagir. C’était vraiment de la perversion pour toucher sa corde sensible. »

Un autre, qui précise être musulman, a lui écrit dans une attestation datant de début juillet et fournie au procureur : « Ce surveillant ne cesse de multiplier les provocations à son égard avec des insinuations indécentes et indignes qui flirtent de manière malsaine avec de l’antisémitisme qui n’est plus latent mais clairement visible. Il devient gênant d’observer cette humiliation incessante. »

Parmi les faits de harcèlement subis par Yossef : le surveillant qui vient l’interrompre dans sa cellule alors qu’il prie, des remarques blessantes et injurieuses, des fouilles intégrales non justifiées, des privations de diner…

Bien qu’il ait écrit à six reprises à la direction de prison de la Santé, il n’a jamais obtenu de réponse de leur part.

Le 8 août, le surveillant a aussi forcé Yossef, inapte aux travaux physiques (il a subi deux opérations du cœur en début d’année), à distribuer les repas. Une tâche très physique qu’il a forcé à réaliser seul. À la fin du service, le fonctionnaire lui a lancé : « C’est un travail de Juif ! » – ce que six des sept détenus ayant fourni une attestation transmise au procureur ont confirmé (le septième n’étant plus dans le même quartier au moment des faits).

Alors qu’il a refusé de poursuivre la distribution des repas en allant chercher un deuxième chariot, Yossef, retourné dans sa cellule, s’est à nouveau fait agresser verbalement, explique-t-il.

« Quelques instants plus tard, la porte s’ouvre à la volée, avec brutalité, et apparaît dans l’encadrement le surveillant harceleur, hilare, […] pour me crier qu’il a son compte-rendu d’incident à mon encontre et que je suis viré du quartier. Je me dresse face à son attitude puérile et infantile et lui rappelle à voix haute ses propos antisémites pour lesquels il devra rendre des comptes », a-t-il écrit à la direction de la Santé puis au procureur.

Dans son compte-rendu d’incident, le surveillant a expliqué que Yossef l’avait injurié, affirmant : « Tu es un antisémite, et tu sais ce qu’on fait aux gens comme toi ? On les brûle. »

Yossef réfute et explique qu’il lui a plutôt « dit l’inverse : ‘C’est à cause d’antisémites comme vous qu’on a brûlé des Juifs.’ »

Selon le surveillant, le détenu l’a ensuite frappé deux fois au torse, et il a « dû demander des renforts ».

Les équipes locales d’appui et de contrôle (Élac), les unités d’élite de la pénitentiaire, sont alors intervenues.

« Ils m’ont descendu très violemment de trois niveaux. Arrivé au mitard, ils me collent contre le mur. Là, l’un des Élac descend mon slip, me met des coups de botte pour m’écarter les jambes et vérifier si je ne cache rien dans mon anus », explique Yossef, qui a fait un malaise après l’incident. Une heure plus tard, un médecin a exigé son transfert immédiat aux urgences hospitalières « en raison d’un début d’AVC », selon le détenu.

Un mois plus tard, une commission de discipline a démenti la version du surveillant, et le détenu a été relaxé de l’accusation d’agression – mais pas pour les injures.

« Les vidéosurveillances ont pu démontrer qu’aucune violence physique n’a été commise par Yossef et qu’à l’inverse, la violence avec laquelle il a été sorti de sa cellule par les Élac, courbé en deux, dos nu, bras bloqués dans le dos, menotté, était absolument disproportionnée et choquante », indique la plainte adressée au procureur de la République.

« Au quartier, j’ai entendu Nounours se vanter et dire ‘Ça y est, on l’a eu !’ », a expliqué un co-détenu aux Jours. « Le lendemain, on a vu Yossef avec des bleus partout. Il s’était clairement fait casser la gueule. »

Finalement exclu du quartier, pour intégrer le régime de détention normal, enfermé 22 heures sur 24, Yossef a découvert au moment de son transfert que ses objets de culte et sa kippa avaient disparu. Bien qu’il s’en soit plaint, il ne les a jamais récupérés – d’où les faits de vol mentionnées dans sa plainte.

Yossef est sorti de prison le 21 septembre, et attend maintenant que la justice instruise son affaire.

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