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Un ex-diplomate payé par un lobbyiste pour diffuser un message pro-Qatar dans Haaretz

Selon le quotidien, Alon Pinkas a reçu des centaines de milliers de dollars de Jay Footlik entre 2024 et 2025, période durant laquelle il a écrit 7 articles soutenant Doha

Alon Pinkas, ancien chroniqueur au Haaretz et ancien consul israélien à New York, sur une photo non datée. (Crédit : Capture d'écran/Youtube ; utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)
Alon Pinkas, ancien chroniqueur au Haaretz et ancien consul israélien à New York, sur une photo non datée. (Crédit : Capture d'écran/Youtube ; utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)

Un analyste politique du journal Haaretz aurait reçu des paiements d’une valeur de plusieurs centaines de milliers de dollars provenant du gouvernement qatari, a rapporté le journal samedi, marquant ainsi la deuxième fois en quelques mois que l’un de ses contributeurs est impliqué dans l’affaire dite du « Qatargate ».

Alon Pinkas, ancien consul israélien à New York, aurait reçu des paiements de Gil Birger, un homme d’affaires interrogé par la police en tant que suspect potentiel dans une affaire de transferts d’argent présumés entre le Qatar et des personnalités proches du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Ce scandale porte sur des allégations selon lesquelles des collaborateurs de Netanyahu auraient accepté de l’argent pour diffuser des messages pro-Qatar auprès des journalistes, alors que le Qatar jouait le rôle de médiateur dans les pourparlers entre Israël et le Hamas pour la libération des otages enlevés par le groupe terroriste palestinien lors du pogrom perpétré par ce dernier le 7 octobre 2023.

Selon Haaretz, Birger, soupçonné d’avoir envoyé de l’argent aux collaborateurs de Netanyahu par l’intermédiaire du lobbyiste pro-Qatar Jay Footlik, basé aux États-Unis, aurait effectué des transactions similaires via ce dernier à Pinkas.

Pinkas aurait reçu ces paiements entre janvier 2024 et mars 2025, mais aurait mis fin à ses relations avec Footlik lorsque les paiements de ce dernier à l’ancien porte-parole de Netanyahu, Eli Feldstein, ont été rendus publics dans les médias.

En mars, la chaîne N12 a rapporté que Footlik avait contacté plusieurs conseillers médiatiques de renom ayant travaillé avec des familles d’otages, dans l’espoir de collaborer avec eux. Pinkas a confirmé avoir contacté Ronen Tzur, à la tête du Forum des familles des otages et disparus, au nom de Footlik.

Le lobbyiste américain Jay Footlik. (Crédit : Middle East Investment Initiative)

Après la publication de l’article, le rédacteur en chef du Haaretz, Aluf Benn, a interrogé Pinkas à ce sujet. Ce dernier a répondu qu’il était ami avec Footlik et qu’il l’avait aidé dans son travail au sein du Forum des familles.

Pinkas a cessé de travailler pour le journal après cette conversation. Bien que Haaretz n’ait fait aucune annonce publique concernant ce licenciement, une note d’information a été ajoutée aux articles qu’il avait écrits pendant la période où il a travaillé avec Footlik.

Une autre personne impliquée dans le Qatargate, David Saig, qui travaillait également pour Footlik, avait écrit une chronique anonyme pour Haaretz dans laquelle il critiquait l’Égypte pour son aide au Hamas tout en louant le Qatar, selon le journal.

En octobre, le journaliste Chaïm Levinson a été licencié du quotidien Haaretz après qu’il a été révélé qu’il avait reçu au moins 200 000 shekels du consultant Yisrael « Srulik » Einhorn, l’un des nombreux collaborateurs de Netanyahu soupçonnés d’avoir reçu de l’argent du Qatar.

Le journaliste Chaïm Levinson, le 11 novembre 2019. (Crédit : Moshe Shaï/Flash90)

Selon la chaîne publique Kan, la campagne d’influence qatarie visait à promouvoir cinq arguments :
– l’Égypte aurait rendu possible les massacres du 7-Octobre en autorisant la contrebande de marchandises à destination du Hamas ;
– les dirigeants du Hamas se trouvaient au Qatar à la demande d’Israël et des États-Unis ;
– Israël aurait demandé au Qatar de transférer de l’argent au Hamas à Gaza ;
– le Qatar revêt une importance militaire pour Israël et les États-Unis ;
– c’est le Qatar, et non l’Égypte, qui doit servir de médiateur dans les négociations entre Israël et le Hamas sur le cessez-le-feu et la libération des otages.

Selon Kan, Pinkas aurait repris ces arguments dans sept articles publiés par Haaretz alors qu’il était rémunéré par Footlik.

Dans une chronique publiée le 1ᵉʳ janvier 2024 et intitulée « Netanyahu veut faire du Qatar le bouc émissaire des massacres du 7-Octobre », Pinkas a écrit : « Premièrement, c’est le Hamas qui a commis ces atrocités, pas le Qatar. Deuxièmement, le Qatar a acheminé de l’argent vers Gaza à la demande d’Israël pour maintenir le régime du Hamas. Troisièmement, lorsque le Qatar a envisagé de mettre fin à ces versements en 2018, Israël a envoyé des émissaires de haut niveau à Doha pour supplier les Qataris de continuer. Quatrièmement, le Qatar est indispensable pour négocier la libération des otages israéliens. Il l’a déjà fait et continue de le faire. Cinquièmement, dans le contexte géopolitique plus large du Moyen-Orient d’après-guerre, le Qatar pourrait et devrait être un élément central de la solution, et certainement pas un problème. »

En réponse à ces allégations, Pinkas a déclaré au journal Haaretz qu’il niait avoir été payé pour écrire des articles favorables au Qatar, et que toutes les opinions exprimées étaient les siennes. Il a affirmé que Footlik lui avait demandé d’écrire des articles sur les différentes issues possibles de la guerre pour des clients non qataris.

Selon Haaretz, la société de lobbying de Footlik, « Third Circle », travaillait également avec le Maroc à cette période.

Il a également affirmé qu’on lui avait demandé de cartographier les positions des membres du Congrès américain concernant la guerre à Gaza.

Il a ajouté que le fait de recevoir des paiements de Birger, et non de Footlik, l’avait rendu méfiant, mais qu’il avait appris que cela n’était pas illégal après s’être renseigné.

Pinkas a également déclaré : « Je n’ai pas travaillé pour Footlik. J’ai fourni des services professionnels à une société qui lui appartient, comme je l’ai fait pour d’autres clients en Israël et à l’étranger. Mes rapports financiers sont déposés auprès des autorités conformément à la loi. Je n’ai participé à aucune campagne et, de toute façon, je ne suis pas au courant de celle à laquelle vous faites référence. Je connais Footlik depuis 25 ans. On m’a demandé de l’aider dans le cadre du retour des otages et des défunts détenus par le Hamas, de le présenter aux familles des otages, à un certain nombre de journalistes, dont ceux de Haaretz, et de préparer trois documents d’orientation sur les scénarii possibles pour mettre fin à la guerre à Gaza. »

« En 2024, j’ai rédigé deux articles dans lesquels j’analysais le rôle essentiel du Qatar en tant que médiateur », a-t-il ajouté.

« C’était, à ma connaissance à l’époque – et c’est toujours le cas aujourd’hui -, également la position du Premier ministre, du cabinet de sécurité, du Directorat des otages du gouvernement et du chef de [l’agence de renseignement] du Mossad. »

Il a souligné que les contacts répétés entre les équipes de négociation israéliennes et les dirigeants qataris confirmaient cette réalité. Il a insisté sur le fait qu’il n’avait pas été chargé d’écrire ces articles, qu’il n’avait reçu aucune rémunération pour cela et qu’il n’avait reçu aucune consigne ni aucune directive quant au contenu de ses propos.

Il a ajouté que les références à la médiation du Qatar ne constituaient qu’une partie mineure de son analyse plus large de la guerre.

Jonatan Urich (à droite) saluant l’avocat Amit Hadad (à gauche) lors d’une audience dans le cadre de l’enquête Qatargate, au tribunal de Lod, le 6 janvier 2026. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)

Il a catégoriquement nié tout lien direct avec le Qatar, affirmant n’y avoir jamais mis les pieds, n’y avoir jamais parlé à des responsables qataris et n’y avoir jamais rencontré de Qataris. Il a affirmé que les questions soulevées dans l’article reposaient sur des informations erronées et des hypothèses trompeuses, établissant artificiellement un lien entre des événements sans rapport afin de suggérer une implication dans le Qatargate.

En réponse aux déclarations de Pinkas, Benn a indiqué que le 1ᵉʳ mars 2025, après que la chaîne N12 a révélé pour la première fois la relation entre Pinkas et Footlik, Pinkas lui avait confié que Footlik était un ami proche de trente ans et avait explicitement déclaré que cette aide était purement personnelle et non rémunérée.

Un mois plus tard, après qu’il a été rapporté que Pinkas avait témoigné devant la police, une information qu’il n’avait pas divulguée à Benn, le rédacteur en chef a déclaré avoir convoqué une longue réunion le 2 avril avec l’analyste politique et les rédacteurs en chef.

Après avoir « nié et éludé » dans un premier temps, Pinkas a reconnu avoir reçu une rémunération mensuelle de Footlik, via une société détenue par Birger, pour rédiger des documents d’orientation sur des questions sans lien avec le Qatar, telles que le processus de paix israélo-palestinien.

À la suite de cette conversation, Benn a déclaré que Pinkas l’avait informé de son intention de quitter le journal.

Benn a ajouté que Haaretz ne publiait pas d’annonces proactives concernant le départ de journalistes et avait agi en conséquence dans le cas de Pinkas.

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