Un footballeur écope de 4,5 ans de prison pour un délit de fuite meurtrier
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Un footballeur écope de 4,5 ans de prison pour un délit de fuite meurtrier

Le père d'Ari Nesher, 17 ans, tué dans la collision entre son vélo électrique et la voiture du footballeur, a déploré la clémence de la condamnation d'Yitzhak Asefa

Le footballeur israélien de première division Yitzhak Asefa arrive pour entendre le verdict de son procès pour délit de fuite au tribunal de district de Tel-Aviv, le 30 janvier 2020. (Crédit : Flash90)
Le footballeur israélien de première division Yitzhak Asefa arrive pour entendre le verdict de son procès pour délit de fuite au tribunal de district de Tel-Aviv, le 30 janvier 2020. (Crédit : Flash90)

Le tribunal du district de Tel Aviv a condamné jeudi un footballeur israélien à 4,5 ans de prison pour avoir pris la fuite et entravé l’enquête qui s’en est suivie après avoir provoqué un accident de la route en 2018 qui a coûté la vie à un adolescent qui roulait à vélo électrique avec un ami.

Yitzhak Asefa, un joueur de football du club F.C. Ashdod en première division israélienne, a également été condamné à payer 20 000 shekels à la famille d’Ari Nesher, 17 ans, décédé à la suite de l’accident, et 5 000 shekels à la famille de l’autre adolescent qui était à vélo.

L’équipe de défense d’Asefa avait requis une peine de travaux d’intérêt général.

Ari Nesher, le fils du célèbre réalisateur israélien Avi Nesher, a été gravement blessé dans l’accident de septembre 2018 et a succombé à ses blessures quatre jours plus tard. Son ami, dont le nom n’a pas été divulgué, a également été blessé.

L’accusé a percuté les deux adolescents et les a laissés gisant sur la route avant d’essayer de dissimuler son implication dans la collision en réparant les dégâts causés à la voiture et en mentant à la police.

Il a été reconnu coupable en septembre d’avoir abandonné Nesher et fait entrave à la justice, mais a été acquitté par le juge des charges supplémentaires de conduite en état d’ivresse et d’excès de vitesse pour cause de doute raisonnable, les preuves ayant été recueillies deux heures après l’accident.

Le cinéaste israélien Avi Nesher s’adresse aux médias après le verdict du procès du footballeur israélien de première division Yitzhak Asefa, au tribunal de district de Tel-Aviv, le 30 janvier 2020. (Crédit : Flash90)

« C’est une journée très difficile pour nous », a réagi Avi Nesher après la condamnation. « Rien ne nous ramènera Ari. Rien ne changera cette terrible perte. »

« L’abandon est un acte de meurtre », a-t-il dénoncé. « Il aurait pu sortir [de la voiture] et appeler à l’aide, appeler une ambulance. Il savait que s’il s’enfuyait, il le condamnait à mort, et c’est ce qu’il a fait. Exactement comme ça. »

Notant que la peine maximale aurait pu atteindre 14 ans de prison, Avi Nesher a estimé qu’Asefa, qui « nous a fait subir un an et demi de mensonges incroyables et délirants par des avocats rusés », s’en était « tiré à bon compte ».

Une peine plus sévère, a-t-il dit, contribuerait à « sauver la vie du prochain jeune qui gît en sang sur l’asphalte ».

Le procureur Rotem Neumann Wasserman a déclaré que cette condamnation « exprimait la gravité d’une fuite [d’un accident de la route] et envoyait un message retentissant aux conducteurs ».

L’avocat d’Asefa, Lior Shtelzer, a fait savoir que « nous respectons la décision, mais il s’agit d’une sanction incompatible avec celle prévue pour des incidents de ce genre. La sanction est appropriée pour les cas où il y a une responsabilité pour l’accident lui-même – et ce n’est pas le cas ».

Il a ajouté qu’il étudierait la condamnation et envisagerait ensuite les mesures à prendre, notamment le recours en appel.

Ari Nesher, 17 ans, grièvement blessé lors d’un accident avec délit de fuite à Tel Aviv a succombé à ses blessures, le 27 septembre 2018. (Capture d’écran YouTube)

Asefa n’a pas été inculpé de la responsabilité de la mort de Nesher, car la police a accusé l’ami de l’adolescent de l’accident.

En janvier, le bureau du procureur de Tel Aviv avait annoncé qu’il avait l’intention de porter plainte pour homicide involontaire, sous réserve d’une audience, contre l’adolescent qui conduisait le vélo électrique au moment de l’accident. La police a accusé l’adolescent d’avoir transporté Nesher comme deuxième passager sur le vélo, d’avoir fait une embardée dans la trajectoire de la voiture et d’avoir roulé sans casque. Le cas a finalement été classé sans suite en septembre.

Le club de football d’Ashdod pour lequel joue Asefa a réagi à la condamnation dans un communiqué, indiquant qu’il « pleure la douleur de la famille Nesher et exprime sa profonde tristesse pour leur perte ».

Le club a fait savoir qu’il continuera à se tenir aux côtés du joueur et a noté que depuis l’accident, il travaille avec les adolescents sur « une variété d’activités éducatives et sociales… sur la sécurité routière » pour « prévenir d’autres incidents qui, nous l’espérons, ne se produiront jamais ».

Selon l’acte d’accusation initial, Asefa, âgé de 20 ans, avait commencé la soirée au Lighthouse club de Tel Aviv où il célébrait l’anniversaire d’un ami. Avec trois autres personnes, il a consommé trois bouteilles de vodka avant que le groupe ne parte pour une autre soirée.

A environ 3 heures 35, le footballeur, qui était seul dans sa voiture, circulait le long du boulevard Rokach à la vitesse de 75 km/heure, une artère où la vitesse est limitée à 50 km/heure.

Nesher et son ami circulaient à environ 25 km/heure. Alors que la voiture d’Asefa se trouvait à une quinzaine de mètres derrière eux, le vélo a fait une embardée, et le véhicule les a renversés. La force de la collision a projeté Avi Nesher 23 mètres plus loin sur la route, ont expliqué les procureurs.

Le joueur a attendu quelques minutes, puis a commencé à rouler lentement. Il s’est ensuite arrêté une nouvelle fois et est reparti.

Capture d’écran d’un accident de la route mortel avec délit de fuite à Tel Aviv, le 24 septembre 2018. (YouTube)

Plus tard encore dans la nuit, Asefa a demandé à son ami d’appeler la compagnie de location de voitures Eldan et de dire que la Kia avait eu un accident, demandant qu’un camion de dépannage vienne l’emmener dans un garage pour qu’elle soit réparée « avec l’intention d’empêcher ou d’obstruer une procédure judiciaire », ont écrit les procureurs.

A un moment dans la nuit, il est retourné sur les lieux de l’accident avec un ami et a vu la police sur place examiner des débris provenant de la carrosserie de la voiture qui jonchaient le sol.

« Malgré cela, l’accusé ne s’est pas approché de la police sur la scène de l’accident », retournant attendre le camion de dépannage dans la rue Ibn Gabirol, où était stationnée la voiture.

A 5 heures 20 du matin, la police est venue chercher le véhicule, qui avait été remarqué lorsqu’il a quitté les lieux de l’accident. Lorsqu’ils ont constaté les dégâts sur la voiture du footballeur, les agents ont demandé à ce dernier de leur expliquer ce qui s’était passé. Il a alors menti, leur disant que la Kia avait été endommagée alors qu’elle était garée rue Ibn Gabirol et que lui-même se trouvait dans une discothèque. Il a même affirmé qu’un ami à lui l’avait conduite, détaille l’acte d’inculpation.

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