Rechercher

Un groupe musulman US controversé accuse des ONG juives de financer l’islamophobie

Le CAIR, qui a lui-même fait face à des accusations de sectarisme, affirme que des organismes ont donné 106 M $ de 2017 à 2019 à des organisations jugées "anti-musulmanes"

Illustration : Des personnes entrent dans le siège du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) à Washington, DC, en décembre 2015. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)
Illustration : Des personnes entrent dans le siège du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) à Washington, DC, en décembre 2015. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

JTA – Des fondations caritatives ayant des liens avec des fédérations et des familles juives figurent en bonne place dans un nouveau rapport sur le flux de dons déductibles des impôts vers des organisations qu’un important lobby musulman de défense des droits civils a identifiées comme étant des « groupes anti-musulmans. »

Intitulé « Islamophobia in the Mainstream », le rapport a été publié mardi par le CAIR, le Conseil des relations américano-islamiques, un groupe de défense des droits civils et un lobby politique fortement critique envers Israël.

Il fait suite à un autre rapport de 2019 qui recensait quelque 1 100 groupes identifiés par le CAIR comme finançant des activités anti-musulmanes. Dans le nouveau rapport, le CAIR a utilisé des données IRS disponibles publiquement pour analyser les 50 principales fondations caritatives du rapport de 2019.

Parmi les fondations examinées dans le nouveau rapport, 35 ont été jugées responsables d’environ 106 millions de dollars de paiements de 2017 à 2019 à 26 groupes jugés nuisibles aux musulmans. Ce chiffre est inférieur à celui des années précédentes, mais indique toujours que le financement de l’islamophobie est un courant dominant alarmant, selon le CAIR.

Au moins cinq individus figurant sur la liste du CAIR sont explicitement juifs et dirigent leurs fonds selon les souhaits de leurs donateurs. Plusieurs autres sont des fondations familiales privées également connues pour leur soutien aux causes juives et israéliennes.

Les cinq sont des fonds orientés par les donateurs affiliés aux fédérations juives de New York, Boston, Los Angeles et de la baie de San Francisco – les plus grandes communautés juives des États-Unis. Ces fonds recueillent les dons des particuliers et distribuent l’argent en fonction des recommandations des donateurs. Les donateurs bénéficient d’une déduction fiscale immédiate et restent anonymes.

Sheldon Adelson aux côtés de son épouse Miriam lors d’un débat présidentiel entre la candidate démocrate Hillary Clinton et le candidat républicain Donald Trump à la Hofstra University à Hempstead) New York, le 26 septembre 2016 (Crédit : AP/Patrick Semansky)

Sur la liste, on pouvoit retrouver la Fondation de la famille Adelson, créée par feu le magnat des casinos et philanthrope républicain Sheldon Adelson et sa femme Miriam, de même que la Fondation Irving I. Moskowitz, la Fondation de la famille Helen Diller et d’autres entités axées sur la communauté juive américaine et Israël.

Les groupes juifs figurent aux côtés de Christian Advocates Serving Evangelism, qui est arrivé en tête de liste, et des fonds gérés par les grandes sociétés de Wall Street telles que Fidelity et Schwab.

Un groupe cité dans le rapport est le Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America (CAMERA). CAMERA s’est attiré les foudres du CAIR en accusant plusieurs organisations musulmanes américaines d’être des groupes de façade pour les terroristes.

JTA a contacté les fédérations juives, CAMERA et la Fondation de la famille Adelson pour obtenir des commentaires.

« Les affirmations du CAIR sont des mensonges grossiers qui cherchent à détourner l’attention des commentaires factuels de CAMERA sur l’activité extrémiste du CAIR, y compris son passé de co-conspirateur non accusé dans l’une des plus grandes affaires de financement du terrorisme de l’histoire des États-Unis », a déclaré Sean Durns, analyste principal de CAMERA, dans un courriel.

« Le FBI lui-même a suspendu ses liens avec le CAIR, dont pas moins de cinq anciens dirigeants laïcs ou membres du personnel ont été arrêtés, condamnés et/ou expulsés sur la base d’accusations liées au terrorisme », a ajouté M. Durns, faisant référence à des événements survenus dans les années 1990 et 2000. « Dans un effort d’intimidation, le CAIR semble vouloir salir tout groupe qui relaie simplement des faits bien connus à leur sujet. »

Dans un courriel, le rabbin Noah Farkas, président et directeur général de la Fédération juive de Greater Los Angeles, n’a pas répondu directement aux affirmations du CAIR. « La Fédération juive du Grand Los Angeles a toujours établi des relations et des partenariats avec des organisations qui reflètent le tissu et la diversité de la région de Los Angeles », a-t-il déclaré. « Nous pensons que la préservation et la sécurité de la communauté juive de Los Angeles reposent sur des liens profonds avec des personnes de tous horizons. La lutte contre toutes les formes de haine fait partie de notre système de valeurs fondamentales. »

Un certain nombre de bailleurs de fonds liés aux juifs nommés dans le rapport sont liés à leur soutien à certains groupes de faucon et de droite avec un agenda pro-israélien qui, selon le CAIR, encouragent l’islamophobie.

Parmi les exemples, citons le David Horowitz Freedom Center, qui se livre à un « lobbying médiatique anti-musulman et à la désinformation », et l’American Freedom Defense Initiative, dirigée par l’activiste Pamela Geller et connue pour ses « campagnes publicitaires publiques racistes », selon le CAIR. Ces groupes sont depuis longtemps critiqués pour leur propagande islamophobe, notamment par l’Anti-Defamation League (ADL).

Le CAIR lui-même a été accusé de permettre à son plaidoyer de virer dans le domaine du sectarisme, le PDG de l’ADL Jonathan Greenblatt ayant accusé une dirigeante du CAIR d’avoir « des ordures antisémites conspirationnistes dans les manuels scolaires » en décembre.

Zahra Billoo, directrice du bureau du CAIR à San Francisco, avait déclaré dans un discours que les militants pro-palestiniens devaient s’opposer aux « sionistes polis » comme ils le feraient pour les extrémistes de droite, et elle avait cité en exemple des synagogues et d’autres organisations juives traditionnelles. Ce discours a été largement critiqué par des dirigeants juifs comme Greenblatt.

Zahra Billoo prononce un discours, le 27 novembre 2021. (Capture d’écran/YouTube)

Le flux de financement dans le monde des organisations à but non lucratif a fait l’objet d’un examen approfondi ces dernières années, avec des accusations comme celles du CAIR, selon lesquelles les dons déductibles des impôts soutiennent les groupes de haine et les extrémistes.

Les inquiétudes à ce sujet sont allées crescendo après le rassemblement de Washington D.C. du 6 janvier 2021, qui s’est transformé en une attaque contre le Capitole des États-Unis dans le but de renverser les résultats de la récente élection présidentielle. Depuis le rassemblement, des journalistes, des groupes de surveillance et des législateurs ont enquêté sur le financement de l’événement.

Dans un communiqué de presse annonçant le rapport, le CAIR s’est fait l’écho des appels à renforcer les contrôles sur la destination des dons.

« Aujourd’hui, plus que jamais, la communauté philanthropique doit établir des politiques claires pour empêcher que les fonds aillent à des groupes haineux et mettre en œuvre des initiatives éducatives pour le personnel et les membres du conseil d’administration afin de les aider à comprendre l’étendue du sectarisme anti-musulman », a déclaré Huzaifa Shahbaz, coordinateur national de la recherche et du plaidoyer du CAIR, dans un communiqué.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...