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Un haut responsable de la Défense israélienne évoque les implantations et l’Iran

Aux États-Unis, Gantz a dit que Biden n'était pas contre les implantations mais contre le blocage d'une éventuelle solution à 2 États ; le NSO Group a aussi été évoqué

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Une vue générale de l'implantation israélienne de Har Bracha, près du village de Burin, en Cisjordanie, le 6 août 2019 (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)
Une vue générale de l'implantation israélienne de Har Bracha, près du village de Burin, en Cisjordanie, le 6 août 2019 (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

HOLLYWOOD BEACH, Floride — Un important responsable israélien de la Défense, actuellement en visite aux États-Unis, a déclaré aux journalistes, vendredi, que si Israël accordait la priorité aux constructions dans les implantations proches de la Ligne verte – dans les « blocs » – toutes les implantations avaient néanmoins le droit d’exister.

Les propos tenus par cet officiel dont le bureau est chargé d’autoriser les constructions en Cisjordanie semblent dévier du positionnement qui avait été précédemment adopté par le ministre de la Défense, Benny Gantz. Gantz défend depuis longtemps les constructions dans les blocs tout en estimant qu’il est plus problématique de construire dans les villes situées dans les profondeurs de la Cisjordanie, dans la mesure où elles compliqueraient d’éventuelles négociations qui seraient entreprises dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens.

Au mois d’octobre, l’État juif a fait avancer les plans de construction d’approximativement 3 000 unités de logement dans les implantations, entraînant la colère de l’administration Biden qui avait ultérieurement fait savoir que « le phénomène atteint un tournant critique ».

Alors qu’il lui était demandé comment les approbations étaient déterminées, le haut-responsable qui s’est adressé aux journalistes en marge du sommet de l’Israeli American Council (IAC), en Floride, a déclaré que « nous effectuons les contrôles, sur ces dossiers, de façon équilibrée ».

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une réunion avec le secrétaire d’État américain Anthony Blinken à Washington, le 9 décembre 2021. (Crédit : Ministère de la Défense)

« Bien sûr, les blocs ont un avantage majeur mais les autres villes ont aussi le droit d’exister », a-t-il continué – tout en établissant clairement que l’État juif ne lançait des constructions que dans les frontières des implantations existantes.

Le haut-responsable a fait remarquer que des plans de construction avaient aussi été approuvés pour des Palestiniens, et que cela continuerait à être le cas (le ministère de la Défense a récemment donné son feu vert à 1 000 habitations palestiniennes dans la Zone C de la Cisjordanie, où Israël conserve le contrôle civil et sécuritaire. La majorité de ces permis de construire viennent valider de manière rétroactive des maisons situées dans des villes où elles ont souvent été bâties sans autorisation, Israël refusant généralement d’accorder des permis de construire aux Palestiniens).

La semaine dernière, les autorités israéliennes ont reporté – une initiative significative – un projet de construction d’un important quartier pour la communauté Haredi sur les terrains qui accueillaient, dans le passé, l’ancien aéroport d’Atarot, à Jérusalem-Est, en raison de l’opposition américaine. L’officiel a toutefois noté que le dossier n’avait pas été évoqué dans les réunions à Washington du ministre de la Défense.

Vendredi, Gantz a déclaré aux journalistes que pendant ses rencontres de cette semaine avec le secrétaire à la Défense américain Lloyd Austin et avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken, les responsables de l’administration Biden n’avaient pas autant évoqué la question des implantations en Cisjordanie que la nécessité de « maintenir un horizon politique ouvert entre nous et les Palestiniens » et le besoin de « ne pas créer une réalité qui bloquerait toute avancée vers cet horizon ».

Le ministre de la Défense a indiqué qu’il avait dit à Austin et Blinken qu’il était favorable au renforcement de l’Autorité palestinienne (AP), en particulier au détriment du groupe terroriste palestinien du Hamas qui contrôle la bande de Gaza. Gantz a aussi déclaré qu’il avait souligné les gestes économiques vis-à-vis des Palestiniens dont il a fait la promotion et qu’il a établi clairement qu’il souhaitait continuer à en faire – notamment en accordant une infrastructure cellulaire 4G aux Palestiniens et en soutenant d’autres projets économiques dans la Zone C.

« Je veux m’assurer de trouver un équilibre face aux besoins de toutes les populations de Judée-Samarie », a expliqué Gantz.

« Il n’est pas possible actuellement de trouver un accord politique avec les Palestiniens. Pas seulement à cause de leurs dirigeants mais aussi à cause du gouvernement israélien », a-t-il poursuivi, en référence à la marge de manœuvre politique limitée de la coalition diversifiée. « Mais il est en outre absolument nécessaire, et il est possible, de faire des avancées pratiques dans le domaine économique et c’est précisément ce que nous faisons », a ajouté Gantz.

Le haut-responsable de la Défense qui s’est exprimé devant les journalistes a reconnu qu’il pouvait y avoir « de grandes différences entre ce que les États-Unis et Israël considèrent comme une solution à deux États », soulignant que Gantz souhaitait un accord politique avec les Palestiniens qui puisse protéger les intérêts sécuritaires d’Israël et qu’il était impossible d’ignorer cette problématique.

Le ministre de la Défense Benny Gantz, à gauche, et le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin se rencontrent au Pentagone, le 9 décembre 2021. (Crédit : Ministère de la Défense)

L’officiel a défendu la décision controversée prise par Gantz, au mois d’octobre, de placer six ONG palestiniennes sur liste noire en raison de leurs liens présumés avec les groupes terroristes, faisant remarquer qu’il y avait plus de cent ONG sur le terrain et expliquant que le gouvernement n’en avait choisi que six « parce que nous disposions, dans ces cas, de suffisamment de renseignements pour le faire ».

« Et des renseignements supplémentaires que nous avons obtenus depuis nous ont prouvé que notre décision a été la bonne », a-t-il continué. Cette mise sur liste noire avait entraîné une vive indignation à l’international.

Le responsable a ensuite condamné avec vivacité une série d’attaques récentes menées par des extrémistes du mouvement pro-implantations contre des Palestiniens et des soldats israéliens. Il a déclaré que d’importants responsables s’étaient depuis réunis à un certain nombre de reprises pour déterminer comment renforcer l’État de droit en Cisjordanie.

Il a ajouté que « les violences auxquelles nous avons récemment assisté sont exceptionnelles, elles ne représentent pas le mouvement pro-implantations, elles ne représentent pas l’armée et elles ne représentent pas l’État d’Israël ».

Le NSO Group

L’officiel a aussi fait savoir que les inquiétudes des États-Unis face au logiciel espion développé par la firme privée NSO Group, dont le siège est à Herzliya, avaient été évoquées « en marge » des rencontres de Gantz à Washington – les entretiens se sont largement concentrés sur l’Iran.

Le NSO a été accusé de manière répétée d’avoir créé une technologie qui est aujourd’hui utilisée par des régimes dans le monde entier pour espionner les responsables gouvernementaux, les activistes des droits de l’Homme, les dissidents et les journalistes.

Le haut-responsable a déclaré que Gantz avait dit qu’il était lui-même très perturbé par ces accusations, mais qu’il avait insisté sur le fait que son bureau exerçait « le contrôle le plus fort » sur les autorisations d’exportation des technologies susceptibles de servir à des fins d’espionnage – comparativement à d’autres pays.

« Nous avons renforcé et nous continuerons à renforcer nos politiques d’exportation », a affirmé le haut-responsable.

Alors qu’il lui était demandé pourquoi l’État juif ne faisait pas davantage pour défendre le NSO Group s’il avait autorisé par ailleurs la vente du logiciel espion à l’étranger, l’officiel a répondu que « nous n’avons pas de problème avec le NSO Group. Nous avons des problèmes avec ceux qui contreviennent à l’utilisation de ces technologies. Nous l’avons expliqué aux Américains et le dialogue sur cette question va continuer ».

Il a ajouté que Blinken n’avait pas évoqué des informations récentes qui avaient laissé entendre que les technologies du NSO Group avaient été utilisées pour pirater les téléphones des diplomates du département d’État en Ouganda.

Un logo orne un mur sur une branche de la société israélienne NSO Group, près de la ville de Sapir, dans le sud d’Israël, le 24 août 2021. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

L’Iran joue « une mauvaise main »

Gantz a par ailleurs déclaré aux journalistes, vendredi, que les États-Unis et les pays européens « perdent patience » et qu’ils sont en train de réaliser que l’Iran tente de faire traîner les négociations, même si les représentants de Téhéran jouent avec « une mauvaise main ».

Le ministre de la Défense a précisé qu’aucun progrès n’avait été réalisé dans la dernière série de pourparlers, à Vienne, visant à faire revivre l’accord multilatéral sur le nucléaire connu sous le nom de JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action).

Gantz a expliqué qu’il avait vivement recommandé aux États-Unis de renforcer les pressions exercées sur l’Iran.

« Il y a une possibilité d’exercer des pressions internationales – aux niveaux politique, économique et aussi militaire – de manière à convaincre l’Iran de sortir de ses vieux rêves de programme nucléaire », a-t-il dit.

Gantz a noté que les responsables de l’administration qu’il avait pu rencontrer avaient écouté avec attention les inquiétudes d’Israël et qu’il avait souligné, au cours de ses entretiens, que l’Iran était avant tout un problème pour le monde – et pas un problème exclusivement israélien.

Il a également précisé avoir dit aux responsables américains qu’il avait donné pour instruction à l’armée israélienne de se préparer à passer à l’acte contre la république islamique, sans donner de détail – ajoutant que les États-Unis et l’État juif avaient convenu de développer davantage leur coopération sur la question iranienne.

Le Palais Cobourg, où ont lieu les négociations nucléaires à huis-clos avec l’Iran à Vienne, en Autriche, le 9 décembre 2021. (Crédit : AP Photo/Michael Gruber)

Les deux parties ont aussi parlé de la nécessité de maintenir l’avantage qualitatif militaire d’Israël face aux autres pays de la région, a commenté le ministre de la Défense. « Il y a de nombreuses initiatives dont nous avons discuté qui auront un impact sur la capacité d’Israël à être le pays le plus fort de la région pour de nombreuses années à venir », a-t-il dit.

Gantz a admis que l’administration Biden n’avait pas donné un calendrier concernant le moment où elle pourrait décider de quitter les pourparlers de Vienne en l’absence de progrès, mais il a fait part de sa certitude que les États-Unis pourraient sérieusement commencer à réfléchir à une option militaire si les négociations n’avançaient pas de manière positive.

De son côté, le haut responsable israélien de la Défense a déclaré que Téhéran avait fait d’énormes avancées dans ses travaux d’enrichissement d’uranium, des avancées qui lui permettraient de fabriquer une arme atomique, et qu’il serait plus facile de passer à l’acte avant que ce seuil ne soit franchi.

Il a reconnu que le public américain ne soutenait pas une éventuelle intervention au Moyen-Orient, affirmant toutefois que les Américains ne resteront pas à ne rien faire si l’Iran devait se rapprocher de la fabrication d’une arme nucléaire.

« Les Américains sont encore à nos côtés mais en même temps, nous, Israéliens, nous devons comprendre que les États-Unis ont des priorités plus larges », a par ailleurs déclaré Gantz.

« L’Amérique est le pays le plus fort du monde – et, de manière plus spécifique, précisément parce que ce pays n’utilise pas la force de façon précipitée. L’Amérique n’y a recours qu’après épuisement des autres moyens », a-t-il ajouté.

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