Un institut d’éducation sur la Shoah cesse sa formation pour guides en Pologne
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Un institut d’éducation sur la Shoah cesse sa formation pour guides en Pologne

Shem Olam veut réduire le tourisme vers la Pologne pour "envoyer un message clair de rejet" au sujet de la loi pénalisant l'incrimination de la Pologne dans les crimes nazis

Une cérémonie à un cimetière juif de Frampol, en Pologne (Crédit :  ESJF via JTA)
Une cérémonie à un cimetière juif de Frampol, en Pologne (Crédit : ESJF via JTA)

JTA — Un institut d’éducation sur la Shoah en Israël qui forme des guides pour des voyages d’études à l’étranger a déclaré qu’il déplacerait ses activités de la Pologne vers l’Ukraine, suite à la loi qui a interdit certains propos au sujet du génocide des Juifs et qui a été adoptée dans le pays.

L’institut Shem Olam, situé dans un petit village du centre d’Israël qui comprend également un petit musée, est spécialisé dans la vie religieuse pendant la Shoah et a formé environ 20 guides pour des voyages d’études consacrés à la Shoah en Pologne. L’institut a fait cette annonce jeudi, dans une déclaration aux médias.

L’objectif de ce transfert d’activités est de « réduire le nombre de délégations en Pologne, qui constituent un élément touristique majeur, et même de nuire à l’afflux ‘touristique’ entraîné par ces voyages sous forme de retour aux sources en transmettant un message clair de rejet de l’intervention de l’Etat dans le narratif de la Shoah ».

Au début de l’année, le parlement polonais a adopté une mesure qui criminalise tout propos incriminant la Pologne dans les crimes nazis. Cette mesure a entraîné les réactions furieuses d’Israël et des groupes juifs qui ont estimé qu’elle s’apparentait à du révisionnisme historique.

« Le peuple polonais tente de nier les crimes qu’il a commis pendant la Shoah mais le principal problème, c’est le gouvernement polonais qui adhère à une politique inquiétante de déni de la Shoah et de l’antisémitisme », a commenté le rabbin Avraham Kriger, directeur de Shem Olam, ajoutant qu’il « est temps de stopper le flux des millions de dollars qui affluent chaque année en Pologne » par le biais de ces voyages.

Des jeunes participent à la marche des vivants, à Auschwitz, en Pologne, le 24 avril 2017. (Crédit : Yossi Zeliger/La Marche des Vivants)

La Pologne s’est défendue face à cette accusation de déni de la Shoah, affirmant que la législation servait à prévenir les tentatives de dénaturation du souvenir du génocide. Elle a également expliqué qu’elle s’engageait à combattre l’antisémitisme, dont la prévalence en Pologne est faible en comparaison avec d’autres pays occidentaux, et dont la portée a récemment diminué, selon les chiffres officiels.

L’Ukraine, qui connaîtrait un problème d’antisémitisme croissant, avait adopté en 2015 une loi similaire qui interdit « d’insulter la mémoire » des partisans anti-communistes, et notamment ceux qui avaient combattu aux côtés d’Adolf Hitler et qui avaient assassiné des juifs. Le texte avait entraîné une réaction moindre qu’en Pologne.

L’Ukraine et la Pologne ont été occupés par l’Allemagne nazie, il y a eu des phénomènes de collaboration et de résistance au sein des populations locales. Contrairement à l’Ukraine, les nazis n’avaient pas recruté de volontaires polonais dans leurs armées. Les autorités ukrainiennes ont donné à leurs rues les noms de collaborateurs nazis et, à Lviv, la municipalité a accueilli une marche avec des participants qui portaient l’uniforme SS, au début de l’année.

Au mois d’avril, 57 membres du congrès américain ont signé une lettre condamnant la loi polonaise. Dans leur courrier, ils ont eu des propos très durs sur la manière dont l’Ukraine « glorifie les collaborateurs nazis ».

L’Ukraine, a noté Kriger, « a ses propres problèmes qui sont graves. Et le pays a également une histoire sombre de collaboration, peut-être plus importante qu’en Pologne ». Mais, a-t-il ajouté, « il y a moins de soutien apporté au révisionnisme au niveau gouvernemental. Il y a plus de respect pour la mémoire ». Il a ajouté que Shem Olam voulait élargir ses activités au-delà de la Pologne depuis des années.

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