Un laboratoire de l’Institut Weizmann publie ses travaux sur la régénération nerveuse
Les recherches menées par les scientifiques, qui ont duré douze ans, pourraient permettre de réparer les cellules nerveuses endommagées par la guerre ou des maladies chroniques
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Quelques semaines seulement après l’attaque iranienne au missile qui a détruit huit laboratoires de l’Institut Weizmann des sciences, des chercheurs de l’institut affirment avoir découvert des centaines de molécules qui aident les cellules nerveuses à se régénérer après avoir été endommagées par des causes aussi diverses que des blessures de guerre ou des maladies chroniques.
Les chercheurs du laboratoire du Pr. Michael Fainzilber, situé dans le département des sciences moléculaires de l’institut et qui n’a pas été endommagé lors de l’attaque de juin, ont découvert que certaines molécules d’ARN peuvent déclencher la régénération des cellules nerveuses endommagées.
Ces molécules, appelées B2-SINE, ont non seulement stimulé la repousse dans le système nerveux périphérique des souris, mais également dans le système nerveux central, qui comprend le cerveau et la moelle épinière.
« Si vous souffrez d’une lésion nerveuse périphérique suite à un accident ou à un acte de guerre, il faut de nombreux mois pour obtenir une régénération efficace », a déclaré Fainzilber au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.
« Réduire le temps nécessaire aux réparations améliorerait également les résultats et la qualité de vie des blessés, qui sont malheureusement très nombreux dans notre pays depuis deux ans [de guerre]. »
Le Dr. Eitan Erez Zahavi, le Dr. Christin A. Albus, ainsi que le Dr. Indrek Koppel ont collaboré avec le Dr. Fainzilber dans son laboratoire, et avec le Dr. Riki Kawaguchi de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). L’étude a récemment été publiée dans la revue scientifique Cell.
D’une idée fausse à une découverte révolutionnaire
Fainzilber a expliqué que cette recherche a pris douze ans et qu’elle avait commencé avec Albus, alors doctorante dans le laboratoire, qui avait suggéré une idée « complètement fausse ».
« Il existe un mythe selon lequel les scientifiques sont comme des détectives qui suivent des indices, à la manière de Sherlock Holmes », a-t-il déclaré.
« Mais dans ce cas précis, cette idée nous a amenés à nous intéresser à une classe de molécules, les B2-SINE, que l’on n’étudie généralement pas dans ce contexte. Ainsi, les idées fausses peuvent parfois mener à des découvertes scientifiques intéressantes. »
Dans le corps humain, les B2-SINE sont des séquences présentes dans la molécule d’ADN. Elles ne produisent pas de protéines. Elles semblent plutôt aider à transmettre les instructions de croissance de la cellule nerveuse à la longue fibre située à l’extrémité de celle-ci, appelée axone.
Les B2-SINE contribuent à établir un pont
Les chercheurs ont été surpris de constater qu’après une journée de lésion nerveuse, le nombre de B2-SINE, dont le rôle était jusqu’alors inconnu, augmentait.
Grâce à des outils bio-informatiques, Zahavi a identifié 453 séquences B2-SINE qui favorisent la régénération. Les scientifiques ont ensuite testé ces B2-SINE sur des neurones cérébraux de souris.
Ils ont découvert que lorsque ces molécules étaient présentes en plus grande quantité, les cellules nerveuses endommagées dans l’œil et le cerveau se régénéraient plus rapidement que la normale.
Cependant, les chercheurs ignoraient toujours le mécanisme par lequel ces molécules déclenchaient la croissance. En collaboration avec des chercheurs californiens, ils ont découvert que les B2-SINE aident à établir un pont entre les « messagers » qui transportent les instructions de fabrication des protéines et les ribosomes, qui sont les éléments cellulaires chargés de les suivre.
Recherche d’éléments chez l’être humain pour régénérer les nerfs
Il n’existe toujours pas de traitement efficace pour aider les nerfs à se régénérer rapidement, a souligné Fainzilber. La croissance observée par les chercheurs n’est pas encore suffisante pour traiter la paralysie clinique, mais « elle est sans aucun doute significative ».
Les chercheurs tentent désormais de déterminer si les éléments Alu, l’équivalent humain des B2-SINE, jouent un rôle dans la régénération nerveuse chez l’être humain.
Si ces petites molécules ou d’autres éléments d’ARN capables d’imiter l’activité des B2-SINE sont découverts, ils pourraient être développés pour devenir des médicaments, a déclaré Fainzilber.
Outre le fait qu’elles pourraient aider à soigner les blessures, ces molécules pourraient également soulager les personnes qui souffrent d’une perte de sensibilité ou de douleurs dues à des lésions nerveuses. Les chercheurs étudient également le rôle que ce mécanisme pourrait jouer dans la récupération après un accident vasculaire cérébral et collaborent avec l’université de Tel Aviv, l’Université hébraïque et l’hôpital Sheba pour étudier le rôle potentiel du B2-SINE dans la sclérose latérale amyotrophique (SLA), une maladie neurodégénérative progressive.
« Les maladies neurodégénératives touchent plusieurs millions de personnes dans le monde », a-t-il déclaré.
« Même si le chemin à parcourir est encore long, j’espère sincèrement qu’un jour nous pourrons exploiter ce mécanisme de régénération récemment découvert pour les traiter. »
Aides proposées par l’étranger après l’attaque des missiles iraniens
Fainzilber a expliqué que son département était en train de faire de la place pour accueillir quatorze groupes de recherche dont les laboratoires ont été détruits lors de l’attaque.
« Il est très important que les gens sachent que la recherche se poursuit », a-t-il souligné.
« Notre bâtiment fonctionnera à environ 180 % de sa capacité au cours des deux prochaines années. »
Il a également salué le soutien « impressionnant » apporté par d’autres institutions israéliennes.
« Pratiquement toutes les universités du pays ont proposé de nous aider en mettant à notre disposition leurs installations et leur équipement », a-t-il déclaré.
« Des étudiants se rendent actuellement à l’université de Tel Aviv pour utiliser un microscope spécialisé afin de terminer une expérience en cours, car ce type de microscope a été détruit lors de l’attaque. »
Fainzilber a déclaré avoir également reçu des lettres de soutien de l’étranger, notamment des offres « d’aide physique, d’aide matérielle pour l’équipement et d’aide pour accueillir des personnes dans des laboratoires à l’étranger ».
Le mouvement anti-Israël Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) a intensifié ses efforts pour rallier le soutien en faveur du boycott des institutions israéliennes, mais Fainzilber estime que « la plupart des scientifiques actifs ne prêtent pas attention au BDS ».
« Lors de nos interactions avec des scientifiques en Israël, ils veulent simplement aider la science », a-t-il ajouté.
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