Un membre de Balad veut que les Arabes israéliens s’emparent de leur éducation
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Interview

Un membre de Balad veut que les Arabes israéliens s’emparent de leur éducation

Mtanes Shihadeh indique que son parti ne recommanderait ni Benny Gantz ni personne au poste de Premier ministre ; réfute les critiques de la députée sortante Hanin Zoabi

Mtanes Shihadeh, qui a pris la première place sur la liste du parti arabe israélien Balad, le 2 février 2019 (Autorisation : Parti Balad)
Mtanes Shihadeh, qui a pris la première place sur la liste du parti arabe israélien Balad, le 2 février 2019 (Autorisation : Parti Balad)

Un responsable politique arabe appelle le gouvernement à reconnaître les Arabes israéliens comme minorité nationale et à leur accorder l’autonomie en matière d’éducation.

Mtanes Shihadeh, le candidat à la deuxième place de la liste Raam-Balad, a indiqué que si le gouvernement entreprenait de telles mesures, l’égalité entre Arabes et Juifs en Israël y gagnerait beaucoup. Raam-Balad est une alliance entre un parti islamiste (Raam) et une formation nationaliste (Balad).

« il faut que le gouvernement nous définisse comme une minorité nationale et nous accorde des droits nationaux, c’est-à-dire nos droits à l’autonomie dans les domaines de la culture et l’éducation », a déclaré Mtanes Shihadeh, qui se présente à la Knesset pour la première fois, au Times of Israel lors d’une interview téléphonique accordée il y a peu.

Alors que les Arabes israéliens, qui représentent 20 % de la population du pays, dirigent leurs propres municipalités et communes, c’est le ministère de l’Education qui supervise le système éducatif public dans leurs communautés.

« Nous souhaitons développer nos propres cursus et les adapter à notre peuple, sa culture, sa langue et son développement économique. Nous voulons aussi désigner nos directeurs dans nos écoles », a-t-il indiqué. « Actuellement, le ministère de l’Education ne nous y autorise pas. »

Le ministère n’a pas donné suite à notre demande de commentaires.

Le responsable Balad, qui s’était vivement opposé à la loi quasi-constitutionnelle d’Etat-nation, que la Knesset a adoptée en juillet 2018, a déclaré que « il y a deux peuples ici, et ils méritent chacun des droits nationaux et de pouvoir prendre en main leurs affaires culturelles et éducatives ».

La loi fait d’Israël « le foyer national du peuple juif », reconnaît les fêtes et jours du souvenir juifs, déclare l’hébreu comme seule langue officielle, et n’évoque pas l’égalité de tous les citoyens israéliens, comme le fait la Déclaration d’indépendance d’Israël. Balad soutient « un Etat garantissant les mêmes droits à tous ses citoyens ».

Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait que sa vision minimiserait l’auto-détermination des Juifs, il a répondu : « les Juifs ont ce droit, mais nous aussi, et le gouvernement doit le reconnaître ».

Mtanes Shihadeh est originaire de Nazareth, mais réside actuellement à Isfiya, un village à majorité druze près de Haïfa, avec sa femme et ses trois enfants. Il a effectué sa thèse de doctorat à l’Université hébraïque de Jérusalem sur l’impact de la mondialisation sur les habitudes de vote des Israéliens juifs.

Après ses études, il a travaillé près de 15 ans à Mada al-Carmel, un institut de recherche situé à Haïfa consacré à la société et la politique arabe israélienne. Il a été co-fondé par Azmi Bishara, un ancien député, recherché par les autorités israéliennes pour des activités d’espionnage présumées pour le compte du groupe terroriste du Hezbollah. Mtanes Shihadeh est un membre actif de Balad depuis 20 ans, dont il est devenu le secrétaire-général en 2016

Le candidat à la Knesset a juré que Raam-Balad ne recommanderait personne au poste de Premier ministre, pas même Benny Gantz.

« Nous voulons mettre un terme au pouvoir de [Benjamin] Netanyahu, mais Gantz ne nous reconnaît même pas. Alors comment pourrait-on le recommander comme Premier ministre ?  » a-t-il dit. « Nous ne recommanderons personne. »

Dans les jours suivant les élections, chaque parti ayant remporté des sièges à la Knesset fera savoir au président Reuven Rivlin qu’il recommande au poste de Premier ministre. Dès lors, le chef de l’Etat accordera probablement au candidat ayant été le plus recommandé à former un gouvernement.

Le Président Reuven Rivlin prenant la parole lors d’une conférence à l’Université hébraïque de Jérusalem, 11 mars 2019. (Kobi Gideon/GPO)

Les derniers sondages indiquaient que Netanyahu obtiendra probablement plus de recommandations que son rival Benny Gantz. Au moins un candidat de la liste Hadash-Taal, l’autre grande liste à majorité arabe se présentant à l’élection, a fait savoir qu’il pourrait envisager de recommander le chef de Kakhol lavan, mais à la condition qu’il accepte, notamment, de promettre d’abroger la loi quasi-constitutionnelle de l’État-nation.

L’ancien chef d’état-major de l’armée a laissé entendre qu’il ne compterait pas sur les paris à majorité arabe pour former un gouvernement.

« Nous appelons à un gouvernement d’unité », avait indiqué Benny Gantz en mars dernier lors d’un déplacement dans des localités du nord d’Israël, précisant qu’il voudrait y inclure des membres du Likud et quiconque « de sain et sioniste ».

Mtanes Shihadeh a également assuré que Raam-Balad pourrait faire avancer les intérêts des Arabes israéliens en dehors de la coalition gouvernementale.

« Dans l’opposition sous Netanyahu, qui nous a constamment provoqués, nous sommes parvenus à faire adopter la [Résolution] 922 », a fait savoir le candidat arabe. « Nous savons que ce n’est pas facile, mais nous voulons améliorer le statut des Palestiniens ici, et nous avons prouvé que nous pouvons le faire dans l’opposition ».

C’est en 2015 que le gouvernement a ratifié la résolution, un plan de développement économique de 5 ans à destination des communautés arabes pour la période 2016-2020, qui a été louée comme une première en termes de politique gouvernementale à l’égard des Arabes israéliens. Dans le cadre de ce plan, le gouvernement a alloué un budget de 650 millions de shekels (près de 180 millions d’euros) en faveur de l’enseignement para-scolaire dans la société arabe. En outre, la résolution 922 prévoit de faire passer de 32 à 54 le nombre de centres culturels dans les localités arabes d’ici 2020.

Aucun parti à majorité arabe n’a jamais participé à une coalition gouvernementale. Cependant, un récent sondage de la Brookings Institution avait montré que 73 % des Arabes israéliens soutiendraient l’entrée de partis arabes dans la coalition, si l’occasion se présentait.

Lors de l’interview, Mtanes Shihadeh a réfuté les critiques visant la députée Balad Hanin Zoabi, que des cadres du gouvernement et des commentateurs ont condamnée pour des propos controversés au sujet d’Israël et de l’armée israélienne.

Dans un entretien accordé en 2014 à la télévision israélienne, Hanin Zoabi avait déclaré que Tsahal et l’Etat islamique étaient tous deux « des armées de meurtriers ».

Hanin Zoabi, députée de la Liste arabe unie, accompagnée de ses collègues Ayman Odeh (à gauche) et Jamal Zahalka, à la Cour suprême, à Jérusalem, le 17 février 2015. (Crédit : David Vaaknin/Flash90)

Pour le candidat Balad : « Hanin est victime des provocations de l’establishment israélien. J’ignore si elle a prononcé ces paroles, mais l’armée se livre à des crimes de guerre en Cisjordanie, que des organisations internationales ont documentés ».

En janvier, la députée sortante — qui avait également dit que le kidnapping de trois adolescents israélien en Cisjordanie en 2014 (retrouvés plus tard assassinés par leurs preneurs d’otage palestiniens) n’était pas du terrorisme, et a pris part à des convois de flottilles, dont le Mavi Marmara, qui en 2010 avait tenté de rompre le blocus maritime imposé à la bande de Gaza par Israël — avait annoncé qu’elle ne se représenterait pas à la Knesset. D’autres responsables politiques de Balad ont également fait l’objet de vives critiques, dont Basel Ghattas, qui avait fait passer illégalement des téléphones à des détenus condamnés pour terrorisme dans des prisons israéliennes.

Mtanes Shihadeh a ajouté que Balad ne tentait pas de remporter les votes des Arabes uniquement, mais également ceux des Juifs.

« Nous voulons que les Juifs qui croient en notre projet d’égalité et de démocratie pour tous les citoyens à voter pour nous. L’un de nos candidats est juif, et nous avons organisé des meetings avec des électeurs juifs potentiels », a-t-il dit, en référence à Orly Noy, le n°6 de la liste Raam-Balad, un militant politique et contributeur fréquent du +972 Magazine classé à gauche.

Balad a organisé trois rassemblements en hébreu à Jérusalem, Tel Aviv et Jaffa ces deux dernières semaines, à destination des électeurs juifs. Néanmoins, certaines des publicités Raam-Balad diffusées à la télévision israélienne ne comportaient pas de sous-titres en hébreu.

Shihadeh a également soutenu que Raam-Balad, s’il franchissait le seuil d’éligibilité, se concentrerait particulièrement à la lutte contre la violence qui frappe les villes et villages arabes-israéliens, où les fusillades sont fréquentes.

« C’est un sujet très important. L’establishment et notre communauté doivent se pencher sur la question », a-t-il jugé. « Il existe des moyens de lutter contre la violence ; il nous faut favoriser le développement économique et culturel ; il faut que la police saisisse les armes présentes dans nos villes et s’attaquent au crime ; et il nous faut une politique claire pour cela. »

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