Un premier « village d’intégration » pour personnes en situation de handicap
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Un premier « village d’intégration » pour personnes en situation de handicap

Les adultes occuperont un emploi et participeront à la vie civile ; Les plans de la localité ont passé les obstacles bureaucratiques

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Présentation du projet du village d'intégration Shibolet (Photo: page Facebook d'Ofir Schick)
Présentation du projet du village d'intégration Shibolet (Photo: page Facebook d'Ofir Schick)

Dans une idyllique région montagneuse en Galilée, un véritable jardin d’Eden pour l’intégration des personnes en situation de handicap pourrait bientôt surgir : le mois dernier, la commission supérieure de la construction d’Israël a approuvé l’attribution de terres pour une localité appelée Shibolet, un village conçu pour une population mixte de familles israéliennes et d’adultes aux besoins spéciaux, levant ainsi un obstacle majeur à son développement.

L’idée, qui a émergé il y a des années, consiste à installer dans un premier temps 50 familles – dont la plupart n’ont aucun proche parent en situation de handicap – et des dizaines d’adultes avec des besoins spéciaux, sélectionnés par le ministère des Affaires sociales et de l’Institut national d’assurance.

La communauté emploiera les adultes en situation de handicap aux côtés de ses employés dans les services locaux, ainsi que dans le tourisme agricole.

Les familles – qui sont principalement, mais non exclusivement, orthodoxes – adopteront les « locataires », leur ouvrant leurs maisons, tandis qu’un salon séparé permettra de préserver leur indépendance et leur vie privée.

Et tous les événements et cérémonies de la communauté réuniront tous les habitants de la communauté offrant un niveau d’intégration et d’égalité sans précédent qui selon ses initiateurs n’est seulement possible que dans un endroit conçu dès son origine comme un « village d’intégration. »

« Le principe est de créer la meilleure intégration possible », a déclaré Ofir Shick, qui dirige l’association pour Shibolet, en insistant sur le fait que les contibutions professionnelles des spécialistes de l’enseignement spécialisé ont été prises en compte à chaque instant du projet.

Conçue en partie comme une retraite de thérapie, mais principalement une communauté rurale israélienne à peu près normale, Shick dit qu’un quart des terrains destinés à la construction sont réservés pour des appartements amenagés pour des résidents en situation de handicap, chacun d’eux abritant entre quatre et huit personnes touchés par l’autisme ou ayant d’autres déficiences cognitives.

« Si vous venez à Shibolet, vous ne saurez pas où la ville commence, et où l’établissement se termine, et vice versa », a-t-il dit.

Bureaucratie, bureaucratie

Le projet a débuté il y a plusieurs années, lorsque Shick et sa femme vivaient à Rosh Tzurim, un kibboutz du Gush Etzion. Un programme d’intégration a été présenté à Rosh Tzurim plusieurs années après la fondation du kibboutz. Mais pas tous les membres de la communauté n’étaient partants.

« Naturellement, cela a créé des conflits, en plus d’aspects très positifs », se souvient-il.

Petit à petit, avec plusieurs autres familles qui avaient un lien avec le domaine de l’éducation spécialisée, l’idée d’une nouvelle communauté conçue avec le but explicite d’intégration a pris progressivement forme.

Reprenant un ancien plan d’une communauté du nom de Shibolet datant de 2004, l’idée a été trimbalée par les différentes commissions de logement et la paperasserie bureaucratique cauchemardesque, pour finalement recevoir en 2014 le soutien du gouvernement, dont celui de Gideon Saar du Likud et de l’ancien ministre du Logement Uri Ariel.

Puis, le mois dernier, le Conseil national pour la planification et la construction du ministère de l’Intérieur s’est approprié le terrain de la communauté. Le projet qui avait été approuvé à l’unanimité après un vote antérieur avait déjà rejeté les objections des résidents du village Turan voisin et un différend sur le statut juridique du terrain.

Saluant le vote, le ministre Silvan Shalom a déclaré qu’il était « honoré » de superviser son approbation.

« La force d’une nation ne se mesure pas par le nombre des armes en sa possession, mais plutôt par sa capacité à aider les populations faibles dans leurs vies quotidiennes », a renchéri Orna Hozman, la directrice générale du ministère de l’Intérieur de l’époque.

Shick dit que, après les objections initiales des écologistes, le vote a été adopté à l’unanimité, « pour notre plus grand plaisir. »

Bien que l’appropriation des terres marque une étape importante pour Shibolet, le processus prendra encore un certain temps avant que la construction ne commence.

Dans une prédiction « mi optimiste mi réaliste », Shick affirme qu’il « espère voir des tracteurs sur le terrain dans deux ans. »

שיבולת – כפר שילוב קהילתי חדש יוקם בגליל !!אנשים עם צרכים מיוחדים יגורו בישוב החדש לצידם של משפחות רגילות ויהיו מעורבי…

Posted by Ofir Shick on Tuesday, 7 July 2015

Comment ça marche ?

Le plan de la communauté, élaboré en coordination avec les professionnels de l’éducation spécialisée, envisage dans ses premières étapes d’intégrer quelque 50 familles et un ou deux appartements de locataires en situation de handicap. Ces chiffres devraient atteindre finalement 270 familles et environ 120 adultes en situation de handicap.

Chaque adulte en situation de handicap se verra attribuer deux ou trois familles adoptives, qui veilleront à ses besoins au jour le jour, l’inviteront à des repas, l’accompagneront à des rendez-vous médicaux, et resteront en contact avec ses familles biologiques, a expliqué Schick.

Au niveau communal, tous les événements seront ouverts à tous les membres de la communauté, et un comité ad hoc évaluera quels locataires sont aptes à participer aux conseils locaux.

L’emploi sera à la disposition des locataires, aux côtés des autres résidents « normatifs », dans les entreprises locales – depuis l’épicerie à la distribution du courrier – ainsi que d’une activité de « tourisme agricole ».

« L’aspect du tourisme leur fournit des interactions avec les autres gens, quelque chose qui est très important pour nous, très positif pour les deux parties – tant pour les gens qui les rencontrent, que pour eux, bien sûr », selon Shick.

« Le côté agricole leur donne toute une dimension de comprendre un processus – quelque chose qui est très bénéfique pour eux. »

Le nom, Shibolet, venant des plans originaux, n’est pas gravé dans le marbre et sera probablement soumis à un vote de la communauté, a-t-il dit. Cependant, certaines personnes y ont vu les lettres du mot hébreu pour ‘intégration’ – shiluv – a-t-il ajouté.

En décrivant la structure semi-utopique du plan, avec diverses équipements pour la thérapie, Shick souligne que le modèle d’intégration ne peut pas être imposé à une ville existante, car il exige un consensus communal.

Les résidents doivent « savoir, à l’avance, dès le début, ce qu’ils obtiendront », souligne-t-il, à la fois pour s’assurer qu’il n’y a pas de friction, et pour favoriser un accord sur des questions telles que le budget local et l’affectation des ressources.

Pourtant, a souligné Shick, il y a eu une « demande incroyable » par des familles qui cherchent à se joindre.

Un comité a plafonné le nombre de premières familles à 50, mais Shick a ajouté que quelque 150 personnes ont été en contact dans le but d’adhérer. De plus, le choix ne dépend pas de lui : le ministère des Affaires sociales et l’Institut national d’assurance auront le dernier mot sur les familles qui seront acceptées.

La plupart des familles qui cherchent à nous rejoindre sont religieuses et n’ont pas de parents proches en situation de handicap, a-t-il noté.

Toutes les familles auront à passer par un processus local de vérification avant leur approbation pour joindre la communauté.

« Nous supposons qu’il y aura un pourcentage relativement élevé de familles religieuses, mais il ne s’agit pas nécessairement d’une communauté religieuse », a-t-il précisé.

Et d’ajouter que pendant ce temps et en prévision, tous les trois à six mois, les familles du projet se réunissent pour des séminaires sur l’éducation spécialisée, et sont « formés » à vivre à Shibolet.

« Les gens veulent créer un modèle de don de soi, et – par voie de conséquence – de réception », a déclaré Shick, décrivant le projet comme mutuellement bénéfique et extrêmement gratifiant.

« Je peux parler d’intégration d’ici jusqu’à Yerucham, » a-t-il poursuivi, faisant référence à une ville du sud d’Israël. Mais si vous vivez cette vie, a-t-il ajouté, montrant ses enfants biologiques pour exemple, vous êtes « une personne toute différente. Cela pénètre votre ADN. Cela transforme un slogan en un mode de vie ».

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