Un professeur d’histoire dresse un bilan complexe de l’enseignement de la Shoah
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Un professeur d’histoire dresse un bilan complexe de l’enseignement de la Shoah

Christophe Tarricone, historien et professeur d'histoire-géographie décrit aussi "le très grand investissement de nombreux collègues pour se former"

Une enseignante et son élève près d'une carte de la terre d'Israël au ghetto de Łódź, en Pologne (Crédit :  Yad Vashem Archives Collection)
Une enseignante et son élève près d'une carte de la terre d'Israël au ghetto de Łódź, en Pologne (Crédit : Yad Vashem Archives Collection)

Sur le site Lignes de Crêtes, le professeur d’histoire-géographie et historien Christophe Tarricone livre un avis éclairé sur l’enseignement de la Shoah en France, et déboulonne quelques idées reçues en donnant un peu de profondeur au sujet. Il bat en brèche l’idée, notamment, de l’impossibilité d’enseigner la Shoah dans certains quartiers populaires qu’il pondère via un retour d’expérience de terrain instructif.

« Les dix années qui viennent de s’écouler, et pendant lesquelles j’ai participé à la formation des enseignants avec le Mémorial de la Shoah, m’ont convaincu de plusieurs choses », explique Christophe Tarricone. « D’abord le très grand investissement de nombreux collègues pour se former et ré-investir ensuite de façon efficace ces formations. Les collègues payent une partie du coût de ces formations, elles ont lieu en partie sur les week-ends et les vacances scolaires et pourtant l’intérêt est toujours aussi manifeste. Et vu les conditions énoncées précédemment je ne suis pas sûr que beaucoup de professions accepteraient avec autant d’enthousiasme de payer pour être formées. »

L’accueil de l’enseignement de la Shoah dans les établissements scolaires qu’il décrit est faite à la fois d’hostilité certes, mais surreprésentée à ses yeux, et d’initiatives très constructives pour sensibiliser, par exemple, les collégiens dans la région de Grenoble.

« Mon premier constat est que ces incidents sont minoritaires, dans la très grande majorité des cas, les enseignants ne font état d’aucun problème causé par des élèves quand le sujet est abordé en cours. Quand il y a un problème est-il possible de le localiser territorialement et sociologiquement ? Oui et non. Oui, souvent les enseignants qui font état de remarques négatives enseignent dans les quartiers sensibles et font le lien entre la façon dont certains élèves investissent la question du Proche-Orient et leur attitude contestataire en classe. Non, car malheureusement on constate que des incidents se déroulent dans des établissements loin des quartiers populaires avec comme prisme des analyses complotistes de l’histoire qui font des Juifs les responsables de leur propre sort et d’Hitler un Allemand qui avait compris bien avant tout le monde le danger que les Juifs constituaient. »

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