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Un rabbin allemand démissionne de son poste suite à un rapport confirmant ses torts

Les enquêteurs mandatés par une organisation juive ont conclu qu'abus de pouvoir et harcèlement sexuel ont eu lieu au séminaire rabbinique dirigé par le rabbin Homolka

Le rabbin Walter Homolka, recteur du séminaire Abraham Geiger, dans la synagogue de la communauté juive libérale à Hanovre, en Allemagne en décembre 2016. (Crédit : Julian Stratenschulte/picture alliance via Getty Images via la JTA)
Le rabbin Walter Homolka, recteur du séminaire Abraham Geiger, dans la synagogue de la communauté juive libérale à Hanovre, en Allemagne en décembre 2016. (Crédit : Julian Stratenschulte/picture alliance via Getty Images via la JTA)

BERLIN, Allemagne (JTA) – Les enquêteurs mandatés par la principale organisation juive d’Allemagne ont conclu, dans une décision qui fera date, que des abus de pouvoir et des cas de harcèlement sexuel ont bien eu lieu au sein du séminaire rabbinique libéral d’Allemagne – et certains d’entre eux, disent-ils, pourraient avoir franchi la frontière de l’illégalité.

Le « résumé » de 44 pages de l’enquête lancée par le Conseil central des Juifs en Allemagne est le dernier rapport et aussi le plus accablant, depuis que les accusations portées contre lui ont éclaté au grand jour en mai dernier, sur la manière dont le rabbin Walter Homolka a dirigé le séminaire.

Publié mercredi après un conflit public tendu entre le conseil et les avocats de Homolka, le rapport conclut que des changements structurels seront nécessaires pour rétablir la réputation du séminaire rabbinique libéral allemand, connu sous le nom de Collège Abraham Geiger, ainsi que d’autres institutions juives connexes.

« Une des raisons principales de l’émergence des problèmes identifiés par les enquêteurs dans les institutions faisant l’objet de l’enquête est la mauvaise conduite personnelle du rabbin Prof. Dr. Homolka dans sa fonction de dirigeant ou de personne ayant une grande influence, ce dont les enquêteurs sont convaincus », indiquent les enquêteurs dans leur rapport.

Homolka a annoncé lundi qu’il se retirait de toutes ses fonctions au sein du séminaire qu’il a fondé en 1999 avec le rabbin américain d’origine allemande Walter Jacob. Il a également renoncé mardi à se présenter pour un nouveau mandat à la présidence de l’Union des juifs progressistes d’Allemagne.

Selon le cabinet d’avocats Gercke Wollschlager, basé à Cologne, un rapport plus complet comprenant des détails sur les incidents pour lesquels les enquêteurs ont conclu que Homolka et son mari ont commis des fautes devrait être publié en janvier.

Josef Schuster, le président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, assistant à une conférence de presse, à Francfort, le 30 novembre 2014. (Crédit : AP Photo/Michael Probst)

Le rapport préliminaire a été salué dans un communiqué commun du Conseil central, du ministère allemand de l’Intérieur et du ministère des Sciences, de la Recherche et de la Culture du Land de Brandebourg, qui ont déclaré qu’ils « continueraient verser leurs subventions au Abraham Geiger College au même titre qu’auparavant et ce, jusqu’au remaniement structurel prévu. »

Ce rapport a également été accueilli avec soulagement par l’ancien élève du cantor dont les plaintes avaient fait éclater le scandale.

« Je pense que ce rapport et les documents qui ont suivi constituent un développement béni », a déclaré Itamar Cohen, qui est aujourd’hui cantor, à la Jewish Telegraphic Agency. « Ce rapport semble confirmer les nombreux soupçons que moi et d’autres partagions. Il prouve que j’ai fait ce qu’il fallait et que cela pourrait être le début d’un nouveau chapitre pour le judaïsme libéral en Allemagne. »

Le scandale qui a éclaté publiquement en mai a commencé après l’appel à l’aide de Cohen à Jonathan Schorsch, un professeur de l’école de théologie juive, pour réagir au matériel pornographique non sollicité qui aurait été envoyé par le mari d’Homolka, qui était également un employé du séminaire. (Le Abraham Geiger College fait partie de l’école de théologie juive, qui est elle-même placée sous les auspices de l’université de Potsdam).

Un article paru dans un journal allemand sur les allégations et les efforts apparents pour les occulter ont ouvert les vannes aux critiques à l’encontre de Homolka de la part d’étudiants, d’employés et de collègues, anciens et actuels. Homolka s’est mis en congé des nombreux rôles de direction qu’il occupait dans des institutions religieuses et éducatives juives libérales qu’il avait contribué à fonder depuis la fin des années 1990.

Le scandale a ébranlé les fondations du judaïsme libéral moderne en Allemagne, et le nouveau rapport semble suggérer que ces fondations n’étaient pas très solides car elles reposaient en grande partie sur un seul individu.

Josef Schuster, le président du Conseil central des juifs en Allemagne, a déclaré que le rapport indiquait clairement qu’Homolka ne pouvait continuer à exercer ses fonctions passées.

Homolka a toujours rejeté les allégations portées contre lui, et ses avocats ont déclaré aux médias allemands mercredi que selon eux, l’enquête était motivée par des raisons politiques. Ils ont accusé Schuster de vouloir faire abandonner à Homolka sa position de leader juif libéral en Allemagne et ont déclaré que le Conseil central n’avait pas tenu compte de la déclaration faite par Homolka aux enquêteurs.

Le rapport est le premier à émerger à la suite d’une enquête réalisée par une tierce partie sur les allégations contre Homolka. Une enquête distincte menée par l’Université de Potsdam, publiée à la fin du mois d’octobre, a conclu que certaines des accusations d’abus de pouvoir étaient justifiées, mais n’a trouvé aucun comportement pouvant donner lieu à des poursuites pénales et a donc maintenu Homolka dans ses fonctions. Elle n’a pas enquêté sur les accusations de harcèlement sexuel, le mari d’Homolka ayant quitté son poste à ce moment-là.

Capture d’écran du site Web de l’Abraham Geiger College, le 8 décembre 2022. (Crédit : Abraham Geiger College. Utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Le nouveau rapport a examiné ces allégations à la loupe. Les enquêteurs ont dit avoir trouvé 13 incidents spécifiques impliquant des allégations contre le mari d’Homolka. La loi allemande sur la diffamation interdit la publication de son nom. En utilisant ce qu’ils appellent un « système de feux de signalisation », les enquêteurs ont classé neuf de ces incidents comme des cas « rouges », dans lesquels 25 cas de mauvaise conduite ont pu être identifiés. Deux de ces cas impliquaient « un soupçon initial d’infraction pénale », ont-ils ajouté.

Concernant les allégations d’abus de pouvoir contre Homolka lui-même, ils ont trouvé – après avoir interrogé 73 personnes – un total de 45 incidents concrets, dont 14 ont été classés « rouges », impliquant un total de 23 cas de mauvaise conduite. Un compte-rendu détaillé de ces cas, y compris les réponses apportées par Homolka en début de semaine, sera inclus dans le rapport final en janvier, ont-ils précisé.

De manière plus générale, ils ont déclaré que leurs entretiens avaient révélé un climat de dysfonctionnement au sein duquel des décisions non soumises à contrôle, illégales ou arbitraires étaient prises, principalement en raison de la consolidation du pouvoir sous Homolka. Ce dernier était à la tête d’une institution régie par un « climat de la peur », comme l’ont constaté les enquêteurs, au sein de laquelle employés et étudiants étaient peu enclins à exprimer toute critique ou préoccupation par peur de représailles.

Les enquêteurs ont déclaré que des remaniements structurels étaient nécessaires afin de modifier cette situation. « Tant que les institutions resteront entre les mains de particuliers ou même d’un individu, ou en tout cas dans la sphère d’influence de la personne qui, de l’avis des enquêteurs, pratique et donne elle-même le mauvais exemple, il est difficilement concevable de remédier aux causes des lacunes identifiées », indique leur rapport.

Cohen a confié à la JTA qu’il souhaitait voir « un véritable remaniement des dirigeants » de toutes les institutions juives libérales d’Allemagne, et « la mise en place d’un système de surveillance indépendant ».

Il a ajouté : « J’espère que les institutions fondées par Homolka pourront devenir indépendantes, sans garder aucun lien avec lui. »

Anticipant le rapport, l’Abraham Geiger College avait annoncé ses propres plans de restructuration lundi, un jour après avoir ordonné quatre nouveaux rabbins et deux cantors lors d’une cérémonie à Berlin.

Dans un communiqué, la directrice par intérim, Gabriele Thone, a déclaré qu’une nouvelle fondation assurerait la formation rabbinique à Potsdam.

Thöne a ajouté que « la porte est ouverte au Zacharias Frankel College » – le séminaire du mouvement conservateur, également placé sous l’égide de l’école de théologie juive de l’université de Potsdam – « pour qu’il rejoigne la nouvelle fondation sur un pied d’égalité tout en conservant son indépendance ».

Mais dans une réponse cinglante publiée mercredi, le séminaire conservateur a déclaré qu’il n’avait pas été consulté au sujet de la restructuration par l’administration intérimaire du Geiger College.

« Un partenariat entre parties égales exige une préparation concertée, une confiance mutuelle, de la transparence et un consensus. Tout cela a, jusqu’à présent fait défaut, et continue de faire défaut », peut-on lire dans la déclaration.

Signée notamment par le rabbin Bradley Artson, doyen du Zacharias Frankel College et de la Ziegler School of Rabbinic Studies, l’établissement conservateur de Los Angeles, la déclaration indique également que le rapport préliminaire publié mercredi « confirme les constellations asymétriques du pouvoir dans les deux collèges de formation rabbinique de Potsdam ».

Le collège Zacharias Frankel « s’est trouvé, dès sa création en 2013, dans une situation de dépendance vis-à-vis de la volonté d’une seule personne. Notre institution a été délibérément ignorée et exclue de toute communication avec les bailleurs de fonds en Allemagne », lit-on encore dans le communiqué.

« Dès le départ, le projet de formation rabbinique Masorti à Potsdam n’était qu’un moyen de fortune pour pouvoir fonder l’École de théologie juive [également en 2013] et lui donner ainsi l’apparence de représenter diverses branches de la confession, et donc de prétendre à des positions pluralistes. Mais au lieu de cela, le cumul des pouvoirs a conduit à une monopolisation du judaïsme non orthodoxe par une seule personne » – à savoir Homolka.

Une vue de l’intérieur de la synagogue de l’université de Potsdam. (Crédit : Maro Niemann)

Pour leur part, le gouvernement et les organisations juives qui subventionnent les études ont déclaré dans leur communiqué de mercredi qu’ils étaient « déterminés à garantir le maintien d’une formation rabbinique libérale et conservatrice à Potsdam dans le futur », mais que les propositions formulées jusqu’à présent par l’Abraham Geiger College ne répondaient pas à l’exigence de « rupture nette avec la structure précédente et de nouveau départ complet. »

La publication du rapport du conseil central a été précédée par une série de déclarations des avocats des deux parties.

Lundi, les avocats du Conseil ont annoncé que leur rapport préliminaire serait publié dans deux jours. Mardi, les avocats d’Homolka ont publié une déclaration critiquant la publication « soudaine » du résumé du rapport, suggérant que cela empestait le « préjugé ».

Le cabinet d’avocats représentant Homolka – Behm Becker Geßner – a noté que son client avait reçu « une liste de questions contenant des accusations graves » de la part des avocats du conseil, et qu’il avait répondu par écrit dimanche dernier. « Dans le cas où le constat ne tiendrait pas compte de la déclaration significative de notre client, cela constituerait une violation considérable des droits de la personnalité « , ont averti les avocats, qui ont mené avec succès une lutte contre les critiques dont Homolka a fait l’objet dans la presse.

Le Conseil Central a critiqué ce qu’il a appelé les tactiques de retardement d’Homolka, affirmant que ses avocats avaient demandé à Homolka début septembre des réponses à leurs questions, mais qu’ils n’avaient reçu aucune réponse aux questions envoyées le 19 octobre jusqu’à dimanche soir, bien après des multiples dates butoirs précédentes. Le Conseil a néanmoins confirmé que ses enquêteurs prendraient en compte les réponses de Homolka.

« Cette tactique est la principale raison pour laquelle le cabinet d’avocats ne sera pas en mesure d’achever le rapport final et détaillé de l’enquête d’ici la fin de l’année », a déclaré le Conseil central. « Le courage des nombreuses victimes ne doit pas être sacrifié aux manœuvres dilatoires d’Homolka ».

Entre-temps, l’Union des Juifs progressistes d’Allemagne doit se réunir la semaine prochaine à Berlin, après un report de trois mois. Des élections au conseil d’administration seront organisées pour le poste de président, précédemment occupé par Homolka.

Le 26 novembre, ce groupe a publié le rapport d’une enquête qu’il avait commandée et qui concluait qu’il n’y avait aucune preuve d’abus de pouvoir à l’Abraham Geiger College.

Mercredi, un critique au sein de l’organisme, la State Association of Jewish Communities of Lower Saxony, a déclaré que le rapport demandé par le Conseil central « nous soutient dans notre demande pour la démission de Walter Homolka de toutes ses fonctions au sein de la communauté juive, que nous avons déjà faite en mai ».

La Conférence générale des rabbins, l’association rabbinique libérale d’Allemagne, est, elle aussi, en désaccord. Une douzaine de membres ont publié une déclaration en novembre, rompant avec le ton officiel et prudent, affirmant que « l’abus de pouvoir prouvé contre le rabbin Prof. Dr. Homolka [dans le rapport de l’université du 26 octobre] n’est pas compatible avec les valeurs de l’éthique juive et générale ».

L’association, connue sous le nom d’ARK, a publié fin novembre une déclaration indiquant que, malgré les divergences d’opinion dans ses rangs, elle se joint à l’appel à un nouveau départ structurel et personnel, comme « une chance pour la prochaine phase de la formation rabbinique en Allemagne. »

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