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Allemagne: Un rabbin professeur d’université a abusé de son pouvoir, dit une enquête

Walter Homolka a fait l'objet d'une enquête de l'université Postdam, accusé notamment de harcèlement sexuel et d'abus de pouvoir ; il pourra toutefois reprendre l'enseignement

Le rabbin Walter Homolka, recteur du séminaire Abraham Geiger, dans la synagogue de la communauté juive libérale à Hanovre, en Allemagne en décembre 2016. (Crédit : Julian Stratenschulte/picture alliance via Getty Images via la JTA)
Le rabbin Walter Homolka, recteur du séminaire Abraham Geiger, dans la synagogue de la communauté juive libérale à Hanovre, en Allemagne en décembre 2016. (Crédit : Julian Stratenschulte/picture alliance via Getty Images via la JTA)

JTA — Un rabbin allemand influent pourrait reprendre son travail de professeur à l’université de Postdam et au séminaire qu’il a lui-même fondé, six mois après avoir présenté sa démission dans le cadre d’un scandale impliquant des accusations de harcèlement sexuel et d’abus de pouvoir.

L’école devra malgré tout être restructurée de manière à réduire l’influence du rabbin Walter Homolka, selon un rapport établi suite à une enquête menée par l’université et qui a été rendu public mercredi.

L’université continuera également à enquêter sur de potentiels actes de mauvaise conduite au niveau de son travail – ainsi, il n’aurait pas écrit tous les livres, toutes les recherches ou tous les articles dont la paternité lui a été attribuée, a noté le rapport.

Homolka — qui avait tenu un rôle important dans l’établissement des institutions juives du mouvement réformé dans l’Allemagne post-unification – avait cessé de travailler à l’université de Postdam et dans toutes les organisations juives au mois de mai, après que le scandale a éclaté.

L’université accueille l’École de théologie juive et le Collège Abraham Geiger, une école rabbinique du mouvement réformé. Les deux établissements ont été créés par Homolka. Elle héberge aussi dans ses locaux le séminaire du mouvement massorti, le Collège Zacharias Frankel.

Ce rapport attendu depuis longtemps a conclu que Homolka s’était, en effet, rendu coupable d’abus de pouvoir, notamment en favorisant des étudiants et des professeurs qui lui étaient loyaux.

Mais l’université n’a pas trouvé de trace d’acte répréhensible susceptible d’être sanctionné au niveau légal et Homolka a donc été invité à reprendre ses fonctions de professeur de théologie juive à l’université – tout du moins pour le moment.

Une restructuration administrative majeure est prévue dans les trois institutions juives de l’université, qui visera à garantir qu’une seule personne n’aura pas la peine autorité sur les finances, les embauches, les renvois, l’admission des étudiants et l’octroi des bourses d’études.

Le nom de Homolka figure encore dans l’organigramme, au poste de directeur des deux écoles rabbiniques.

L’école de théologie juive à l’université de Postdam, au mois de mai 2022. (Crédit : Cnaan Liphshiz via JTA)

Une enquête séparée, qui a été commanditée par le Conseil central des Juifs d’Allemagne, est encore en cours. Selon le directeur du Conseil, l’enquête va bien au-delà de déterminer si Homolka a commis des actes criminels ou non.

Homolka, de son côté, a estimé que ce scandale tout entier était « une tentative publique d’assassinat ».

Dans son tout premier entretien avec les médias allemands depuis qu’il a annoncé s’être mis en congé, au mois de mai dernier, Homlhka a déclaré cette semaine au journal Die Zeit qu’il avait été préoccupé « par des accusations mensongères contre lesquelles j’ai lutté avec véhémence pourtant sur des abus de pouvoir et des actes de harcèlement sexuel ». Il a ajouté ne pas être « un virtuose de la dissimulation, ni un harceleur ».

Homolka, 58 ans, avait suscité la controverse après des accusations, au mois de mai, laissant entendre qu’il avait tenté de couvrir son mari – qui est aussi son employé – qui était lui-même mis en cause pour avoir envoyé des messages et des photos à des étudiants. À ces accusations dont le journal Die Welt avait fait état à ce moment-là étaient venues s’ajouter d’autres liées à l’influence de Homolka sur plusieurs institutions juives affiliées au mouvement progressiste ou réformé.

L’université et le Conseil central des Juifs d’Allemagne avaient alors ouvert des enquêtes. Les investigations les plus récentes, qui sont menées par un cabinet juridique qui s’était aussi penché sur des accusations d’abus au sein de l’église catholique allemande, devraient se terminer au début de l’année 2023.

L’enquête de l’université a été faite par une équipe de cinq personnes, avec à sa tête Chrstina Wolff, responsable de l’égalité des chances au sein de l’établissement. 20 personnes ont été interrogées à cette occasion et notamment des étudiants et des personnels actuels et passés.

Le panel a établi que « les accusations d’abus de pouvoir à l’encontre du rabbin, professeur et docteur Walter Homolka, sur la base de sa mainmise sur de nombreux bureaux, sur les structures d’études et de travail et sur les relations de travail au sein de l’École de théologie juive ont été partiellement confirmées », selon le rapport.

Le Collège Abraham Geiger à l’université de Postdam, en Allemagne. (Crédit : Googlemap)

Si l’équipe n’a pas examiné les accusations de harcèlement sexuel de la part du mari de Homolka, qui a été renvoyé avant que les investigations ne débutent, elle a enquêté sur les allégations qui avaient laissé entendre que Homolka avait toléré « le comportement de harceleur sexuel de son partenaire de vie… qui n’ont pas été confirmées », a encore fait savoir le rapport.

Les interrogatoires ont permis d’établir que des abus de pouvoir avaient bien eu lieu. Homolka a « explicitement demandé » qu’étudiants et employés « fassent preuve de loyauté à l’égard de ses intérêts [de ses souhaits et objectifs] », a poursuivi le rapport.

« À plusieurs reprises, les victimes ont subi des violences verbales, et elles ont été menacées individuellement ou collectivement d’expulsion ou de fermeture de l’école. À plusieurs occasions, elles ont aussi été contactées et harcelées individuellement pendant leur temps libre. Le soutien à des projets académiques et la continuation ou la prolongation d’un contrat de travail ont été aussi rendus dépendants de manifestations de loyauté ».

Les employés étaient souvent embauchés sur la base de courts contrats, ce qui renforçait leur dépendance, a conclu le rapport.

« Ceux qui ne voulaient pas se conformer aux demandes étaient soumis à des pressions », a-t-il noté. Parmi les demandes formulées, une disponibilité de chaque instant, notamment le soir, les week-ends ou les jours de congé, et assurer « des services privés pour les supérieurs [comme préparer leur feuille d’impôt] », a-t-il ajouté.

Le panel s’est aussi rendu compte que « les employés avaient été exhortés à voter pour le professeur Homolka » lors de l’élection des membres d’une instance d’experts chargés de superviser l’université.

De surcroît, l’équipe a critiqué expressément une phrase figurant dans « le guide de coopération respectueuse et fiable » écrit au mois de février 2020 et signé par Homolka qui, dans la catégorie « Prévention », interdisait aux participants de « révéler à l’extérieur tout sujet ou tout dossier mis en avant dans les cours ou dans d’autres contextes ».

Une clause « complètement inadmissible dans une université d’État qui se concentre sur la nécessité d’éveiller l’esprit », a dit le panel.

En résumé, la crainte « de contredire le professeur Homolka ou d’entraîner son déplaisir a été évoquée si souvent et de manière si constante qu’elle ne paraît pas être individuelle. Il est plausible de présumer qu’elle est factuelle ».

Les investigations lancées par le Conseil central vont bien au-delà de déterminer si des lois pénales ont été violées, a commenté auprès de JTA Daniel Botmann, son directeur exécutif.

« La loi pénale est ce qu’il y a d’ultime. Mais il y a des choses sous ce seuil », a-t-il expliqué. « Se focaliser sur ce qui est puni par la loi revient à ignorer des incidents qui peuvent, malgré tout, être importants. »

« Dans la mesure où nous apportons la plus grande partie des subventions qui sont versées au Collège Abraham Geiger, mais également en tant qu’organisation représentative des Juifs d’Allemagne, nous nous sommes engagés à faire tout ce qui sera possible pour clarifier les accusations qui ont pu être lancées et voir s’il y a eu certains autres incidents qui n’ont pas été signalés », a-t-il ajouté.

Tout ce que Botmann sait de l’enquête menée par le cabinet juridique Gercke Wollschläger est que « 79 personnes ont été interrogées » jusqu’à présent.

Walter Homolka. (Capture d’écran : YouTube)

Seul le cabinet connaît, pour le moment, l’identité des témoins et le contenu des témoignages.

Alors que l’enquête est en cours, le Conseil central dit être d’ores et déjà convaincu de la nécessité de restructurer l’école rabbinique « de telle manière que les décisions majeures ne soient pas prises par une seule personne », dit Botmann.

Mais « la première étape est de créer un espace sûr pour les personnes qui ont pu être touchées afin que s’il se passe quelque chose, elles puissent gérer le problème ; les gens ne doivent pas avoir peur de parler », a continué Botmann, qui avait rencontré des étudiants des deux séminaires, l’été dernier.

Le Conseil prévoit également d’impliquer les étudiants dans la mise en place « de l’avenir de la formation rabbinique ».

Le directeur par intérim du Collège Abraham Geiger, Gabriele Thöne, a indiqué mercredi que ce dernier prévoyait de procéder à des changements structurels qui, dans les faits, « empêcheront la concentration des pouvoirs et ainsi, les abus de pouvoir qui peuvent en résulter ».

Pour sa part, Homolka a déclaré à Die Zeit qu’il coopérerait avec l’enquête du Conseil central, ajoutant qu’il considérait néanmoins que ces investigations entraient dans le cadre « d’une attaque contre le judaïsme libéral de la part des cercles conservateurs ».

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