Un rappeur arabe annule un concert malgré le feu vert du tribunal
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Un rappeur arabe annule un concert malgré le feu vert du tribunal

Le maire estimait que les chansons de Tamer Nafar ne correspondaient pas aux "valeurs morales" de sa ville ; pour le juge; cela ne "justifie pas de limiter la liberté d'expression"

Le rappeur arabe-sraélien Tamer Nafar se produit sur scène lors d'un festival dans la ville arabe israélienne du nord de Sakhnin le 23 octobre 2016. (AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI)
Le rappeur arabe-sraélien Tamer Nafar se produit sur scène lors d'un festival dans la ville arabe israélienne du nord de Sakhnin le 23 octobre 2016. (AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI)

Un concert du rappeur arabe-israélien à succès et controversé Tamer Nafar, qui devait avoir lieu dans la ville d’Umm al-Fahm jeudi, a été annulé alors que le tribunal de Haïfa avait renversé la décision du maire de la ville l’interdisant.

Tamer Nafar et le maire d’Umm al-Fahm, Samir Mahameed, ont convenu lors d’une réunion jeudi à  Haïfa que le concert n’aurait pas lieu dans la ville « à ce stade », peut-on lire sur la page Facebook de l’artiste.

Mardi, la municipalité a annoncé que Samir Mahameed avait décidé d’annuler l’événement, estimant que les chansons du rappeur n’étaient pas conformes pas aux « valeurs religieuses, morales, éducatives et culturelles » de la ville et qu’elles « contiennent des expressions et termes ne correspondant pas à notre lexique culturel et social ».

L’autorité locale a également fait savoir que la prestation n’a pas été présentée au conseil du centre communautaire, où il devait se tenir, pour être examiné.

Le rappeur de 40 ans, qui a remis en cause les normes sociales dans la société arabo-israélienne, a laissé entendre qu’il avait préféré renoncer plutôt que d’être contraint à être escorté par la police pour assurer sa protection.

De nombreux habitants d’Umm al-Fahm avaient protesté sur les réseaux sociaux contre la venue de Tamer Nafar.

Il a indiqué qu’il allait « venir à Umm al-Fahm et rencontrer sa population comme s’il était l’un de ses habitants » et ajouté qu’il n’acceptera pas « [d’] arriver avec la protection de la police israélienne », d’après sa publication sur sa page Facebook.

Il a également remercié tous ceux qui ont défendu « le droit des jeunes hommes et femmes à assister à mon concert ou à tout autre événement artistique ».

“Umm al-Fahm” par Ammar Younis (Crédit : autorisation de Karen Lehrman Bloch)

Le natif de Lod, dans le centre du pays, s’est fait un nom avec le groupe DAM qu’il a cofondé, considéré comme le premier groupe de rap palestinien.

Nombre de ses chansons prônent le féminisme et dénoncent le patriarcat dans la société arabe : sa musique défendent également l’égalité entre Arabes et Juifs et la fin du régime militaire israélien imposé aux Palestiniens.

Jeudi,  le tribunal de Haïfa avait rendu nulle la décision du maire de la ville.

Le tribunal avait dû se prononcer après le dépôt d’une requête par l’Association for Civil Rights in Israel.

La juge Bettina Tauber a estimé que les motifs d’annulation du maire « ne justifient pas d’entraver la liberté d’expression ».

Elle a également noté que le concert devait se tenir dans un centre communautaire, ce qui implique que seuls ceux venus assister à l’événement auraient entendu la musique de Tamer Nafar.

« Nous ne parlons pas d’un événement qui se produira dans les rues de la ville où des passants pourraient être exposés au concert ou au message contre son gré. Nous parlons d’une prestation qui aura lieu dans un endroit clos, pour laquelle chacun désirant y assister devra se procurer un billet, » a statué la juge. « Ceux qui souhaitent en profiter, qu’ils soient une minorité ou une majorité, doit pouvoir le faire dans une société civilisée ».

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