Un rouleau de la Torah à bord du nouveau porte-avions de l’US Navy
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Un rouleau de la Torah à bord du nouveau porte-avions de l’US Navy

Un don permet à la quarantaine de marins juifs naviguant à bord du Gerald R. Ford de pouvoir prier librement

L'USS Gerald R. Ford. (Domaine public)
L'USS Gerald R. Ford. (Domaine public)

Les Américains sont reconnaissants envers leurs vétérans militaires. Un rouleau de la Torah à bord du nouveau porte-avions de l’US Navy honorera un vétéran en particulier – et la cérémonie fait partie des événements en cours pour la célébration du centenaire des efforts de sensibilisation des militaires juifs.

Le 29 novembre, à Norfolk, en Virginie, JWB Jewish Chaplains Council, un programme de dédicace de JCC Association of North America, consacre un rouleau de la Torah à la mémoire du vétéran de la Seconde Guerre mondiale, Jacob Kamaras, à bord du USS Gerald R. Ford.

La cérémonie a rendu hommage à Kamaras, qui a servi dans l’Armée de l’air, ainsi qu’à la reconnaissance d’un siècle de sensibilisation de JWB aux militaires juifs, qui a commencé quand il a été fondé en 1917 comme le Conseil de bien-être juif, quelque jours après que les États-Unis sont entrés dans la Première Guerre mondiale. Pour célébrer son deuxième centenaire, JWB, dans un partenariat historique avec la famille Kamaras, a créé une Torah personnalisée pour le Ford.

La cérémonie a eu lieu un peu plus de deux semaines après la Journée des anciens combattants.

« C’est certainement le bon moment … C’est un moment important pour notre pays », a déclaré Jacob Kamaras, le petit-fils et homonyme du vétéran de la Seconde Guerre mondiale.

« Cette Torah sera une opportunité et apportera de nombreux avantages pour les militaires », a déclaré Kamaras, qui n’a pas connu son grand-père. « Le moment choisi, où les anciens combattants sont honorés, est très approprié ».

Nommé à la mémoire du 38e président américain défunt – qui était un vétéran de la Marine et qui a servi à bord du porte-avions Monterey pendant la Seconde Guerre mondiale – et officiellement commandé par le président Donald Trump le 22 juillet, le Ford est le premier d’une nouvelle classe de supercarriers de la marine, avec deux réacteurs nucléaires et un système électromagnétique pour lancer ses quelque 75 avions.

Dans la salle de prière du navire, ses 30 à 40 marins juifs pourront lire la Torah pendant les périodes de six à huit mois pendant lesquelles ils sont en haute mer. Bien que le navire n’ait pas d’aumônier juif, il a un chef laïc juif.

Le rabbin Josh Sherwin, lieutenant de marine, dirige les services de Rosh Hashanah à bord de l’USS Ronald Reagan en septembre 2017. (Courtesy JWB)

La famille Kamaras ne s’est pas limitée à l’achat du sefer Torah, mais a participé à chaque étape de son développement, depuis l’achat du parchemin, le choix du scribe, et le design de l’écrin.

Le parchemin de 36 000 dollars est doté d’une couverture de 500 dollars, et sera placé dans une arche en bois spécialement construite grâce à un autre don – celui de David Hoffberger d’Annapolis, Maryland. Hoffberger travaille au bureau de l’aumônier de l’US Naval Academy.

La Torah pèse environ 3 kg. L’avocat de Brooklyn Philip Kamaras – le fils du vétéran de la Seconde Guerre mondiale, et père du jeune Jacob Kamaras – a expliqué que même si le navire est énorme, plus de 300 mètres de longueur, « tout est un peu plus petit. Les plafonds sont bas, les chambres avec lits superposés sont plus petites. » Et la Torah est un tiers plus petite qu’une Torah régulière, a-t-il dit.

« C’est si léger et facile à transporter », s’est-il étonné. « C’est comme si tu étais super fort, même si tu sais que c’est léger. J’ai l’impression que ça fait partie de moi. »

Des Torah pour les militaires Juifs

La Torah du Ford est née du projet « Torah for Our Troops », en 2009 de JWB visant à fournir des Torah portables aux membres du service actif.

La Color Guard défile au cours d’une inauguration d’un rouleau de la Torah commandé pour l’armée américaine par la famille Kamaras, le 12 octobre 2014. (Courtesy/Alexa Drew Photographie)

« Ce fut un programme très réussi », a déclaré le rabbin Irving Elson, directeur de JWB.

Le programme a recueilli des fonds pour créer cinq Sefer Torahs mobiles non seulement à bord des navires, mais aussi dans les bases militaires à travers le monde. À l’époque, il n’y avait environ que 50 rouleaux de Torah pour les 10 000 membres du personnel militaire juif et leurs familles, soit un total de 25 000 personnes.

« Nous avons eu quelques Torah, pas toujours notre propre Sefer Torah », a déclaré Elson. « Nous n’avions pas de Torah que les gens déployés en Irak et en Afghanistan auraient pu emmener avec eux. Nous avons commencé le programme afin de pouvoir acquérir des rouleaux de Torah. »

Mais il y avait encore des militaires qui n’avaient pas facilement accès à la Torah, y compris à bord des navires, qui n’avaient que de petites Torah en papier non kasher, dit Elson.

Un vétéran de la marine de 35 ans qui est devenu l’aumônier juif le plus haut gradé des Marines avant sa retraite l’année dernière, Elson a dit que lorsqu’il servait comme rabbin militaire à bord d’un navire, « J’utiliserais une des petites Torah de papier, ou prendrais une Torah avec moi. »

Quand deux projets coïncident

La famille Kamaras cherchait un moyen de commémorer le 50e anniversaire de la mort de Jacob Kamaras, qui est décédé d’une crise cardiaque à l’âge de 56 ans, le 6 octobre 1964.

« C’était un homme bon, et un bon GI, » dit sa fille Deborah Markowitz dans une vidéo produite par sa petite-fille Sarah Kamaras. « Une bonne, et honnête personne juive américaine. »

Jacob Kamaras est né en 1908 dans une famille d’origine juive grecque. Son père était tailleur et il a lui-même appris à coudre – une compétence qui lui a bien servi pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Mon père ne pensait pas qu’il serait appelé en 1942 », a déclaré Philip Kamaras. « Il avait 34 ans et a été rappelé. L’âge limite pour être appelé était de 35 ans. Il y était presque. »

« Il avait une formation de couture de son père. Il était l’un des spécialistes qui travaillaient sur les parachutes. Il était sergent d’état-major et est allé en Europe pour aider à préparer l’équipement des parachutistes pour les débarquements en Normandie. Il a passé le reste de la guerre en Europe jusqu’en novembre 1945 », a déclaré M. Kamaras.

Dans la vidéo, Markowitz parle des lettres que son père a écrites à des cousins ​​dans lesquelles il décrit son amour pour la vie parisienne. « Il était impatient d’y retourner », a-t-elle dit. « Il ne l’a jamais fait. »

Alors que sa famille se préparait à marquer le demi-siècle de sa mort, ils ont envisagé des moyens d’honorer sa mémoire. Philip Kamaras a réfléchi avec son fils, qui a contacté JWB.

Illustration : Une Torah ouverte, avec un « doigt » sculpté à la main. (Courtesy Wendy Graff)

Jacob Kamaras – habitant à Houston et ancien rédacteur en chef du Jewish News Service – a soumis à son père « l’idée d’un rouleau de la Torah à la mémoire de Jacob. Nous parlions de l’endroit approprié pour cela. »

« Pour nous, il ne pouvait en être autrement, parce que Jacob était un vétéran, il serait approprié de consacrer un rouleau de la Torah pour l’armée américaine, très approprié de ce point de vue », a-t-il dit.

« Ils ont entendu parler de l’initiative [Torah for Our Troops] et ont contacté JWB », a déclaré Elson. « Philip Kamaras et son fils Jacob sont des sympathisants du JWB. »

Le président Gerald Ford, 1974, photographié par David Hume Kennerly (U. S. National Archives and Records Administration, domaine public)

L’écriture du Sefer Torah a été achevée lors d’une cérémonie au Musée du patrimoine juif à Manhattan le 12 octobre 2014.

« C’était très puissant », a déclaré Jacob Kamaras. « Beaucoup de gens étaient présents. Le sofer était là, le garde de couleur était là. … Je me souviens que mon père portait le drapeau de mon grand-père. Je me souviens d’un garde qui a fait des claquettes pendant la cérémonie. Ils ont utilisé le drapeau de mon grand-père. C’était très émouvant. »

Kamaras a déclaré que JWB « s’est occupé de la cérémonie du début à la fin. Ils ont un excellent programme d’écriture de la Torah pour l’armée. »

Philip Kamaras a veillé à ce que la boîte qui contient le Sefer Torah mentionne bien le nom de son père.

« En terminant l’étui, il écrivit : ‘JWB Chaplains’, se rappelle-t-il. « J’ai dit non. Tu dois mettre le nom de mon père. » Un soldat qui monte à la Torah, doit savoir que ce n’est pas quelque chose qui vient du gouvernement, c’est quelque chose que nous avons fait pour un vrai soldat. Il a risqué sa vie pendant presque quatre ans. Je veux que les gens sur le vaisseau sachent que j’apprécie le travail qu’ils font. »

Les descendants de Ford et Kamaras honorent leurs pères

Philip Kamaras a dit qu’il n’avait pas le choix quant à l’endroit où irait le Sefer Torah. Son fils a dit que la famille « devait attendre jusqu’à ce que le Gerald Ford soit prêt à être lancé. Mais il y a eu du retard ces dernières années. »

Mais en 2015, « le navire était presque achevé », a déclaré Philip Kamaras. Et le 22 juillet, il a assisté à la cérémonie de mise en service, à l’invitation de la fille de Ford, Susan Ford Bales.

« C’était un Shabbat », se souvient-il. « J’étais à l’hôtel et j’ai fait une marche de 3 km. J’étais là pour l’inauguration ».

« Le président était là, Susan Ford [Bales] était là, toute la famille. Le gouverneur de Virginie, des sénateurs. Je pense qu’il y avait entre 20 à 25 000 personnes. … Il faisait chaud, environ 36° Celsius. J’ai eu de la chance que [Bales] m’ait trouvé une bonne place sur le bateau. C’était une cérémonie très émouvante », a dit Kamaras.

Le 12 octobre 2014, au Musée du patrimoine juif de Manhattan, Jacob Kamaras (à droite) et le scribe Zerach Greenfield complètent la dernière lettre d’un nouveau parchemin de la Torah pour l’armée américaine. Derrière Greenfield se trouve Philip Kamaras, le père de Jacob. A gauche se trouve le rabbin Yisroel Reisman, chef de la congrégation Agudath Israël de Madison. (Courtesy/Alexa Drew Photographie)

Invité à décrire le navire, il a déclaré : « Le navire est énorme, il fait 335 mètres de long, presque quatre terrains de football. Il est gris, c’est un vaisseau impressionnant. »

Quant à son équipage, dit-il, « de 3 000 à 4 000 militaires, dont 30 à 40 Juifs, la Torah sera là en permanence. … Ils ont fait une petite arche à cet effet. J’espère que les soldats et les marins en tireront profit pendant l’année et les fêtes. »

Depuis sa fondation le 9 avril 1917, après l’entrée des Américains dans la Première Guerre mondiale, JWB a toujours eu pour objectif de déployer de tels efforts.

M. Elson qualifie l’énoncé de mission original de JWB de fascinant et simple : « Aider les États-Unis à gagner la guerre ».

Il a créé des foyers JWB, semblables aux maisons Hillel, à l’intérieur des bases militaires, « où un juif pouvait venir parler le ‘mamaloshen’ [la langue maternelle – le yiddish] des immigrants », a dit Elson. L’organisation a également été impliquée dans « le recrutement et la formation de rabbins et d’aumôniers militaires, où elle continue de travailler aujourd’hui ».

Capitaine Rabbi Irving Elson dans son uniforme de la Marine. (Crédit : autorisation)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, JWB a aidé à fonder les organisations de service unies, [United Service Organizations – USO], que des personnalités célèbres comme Bob Hope ont contribué à faire connaître.

« Le président [Franklin Delano] Roosevelt a en fait contacté JWB », a déclaré Elson. « Il connaissait l’énorme travail qu’ils faisaient avec le personnel militaire. Ils ont organisé une réunion avec d’autres associations d’aide – le YMCA, la [National Travelers Aid Association]. JWB s’est réuni à New York pour créer une organisation conjointe appelée United Service Organizations. C’est nous qui avons organisé la réunion. »

Et, a précisé Elson, « dans tous les conflits des Etats-Unis depuis la Première Guerre mondiale – Seconde Guerre mondiale, Corée, Vietnam, Bouclier du désert, Tempête du désert, Liberté irakienne, Liberté immuable – JWB a soutenu le personnel juif, recruté et entraîné des rabbins qui se rendent dans l’armée pour servir d’aumôniers militaires ».

Il a ajouté que l’organisation fournit également d’importantes contributions, telles que des siddurim, des shofars et des forfaits vacances, pour le personnel juif – y compris un siddur spécial pour les militaires en Afghanistan, qui est la seule publication approuvée aux États-Unis par les autorités orthodoxes, conservatrices et réformatrices.

« C’est un exploit », dit Elson. « Nous nous préparons, pour le début de l’année prochaine, à livrer la dernière édition du livre de prières aux militaires. »

« Je suis très fier », a déclaré Philip Kamaras, qui a assisté à la cérémonie. « J’ai l’impression d’avoir un lien spirituel avec les milliers de militaires qui risquent leur vie pour le pays. J’espère que s’ils trouvent le temps, ils auront l’occasion de découvrir la Torah et de savoir qui l’a donnée. »

Illustration : L’aumônier militaire américain David Frommer rencontre des ingénieurs en mission de recherche et d’extraction dans les vestiges d’un quartier résidentiel de Santa Rosa, en Californie, pendant les incendies de 2017. (Courtesy JWB)

« J’ai l’impression que notre famille est maintenant inscrite de manière significative dans l’histoire des États-Unis et dans l’histoire juive », a déclaré Jacob Kamaras. « Avant, la vie de notre grand-père était comme une note de bas de page. Aujourd’hui, son héritage a une influence positive sur la capacité des soldats actuels et futurs à se connecter au judaïsme ».

« C’est vraiment gratifiant. Notre famille est heureuse d’ y participer. C’est excitant de penser à tous les différents soldats qui en bénéficieront – leurs histoires, leur mission. Nous espérons que le Gerald Ford sera pour eux un havre de paix et un refuge », a-t-il dit.

Elson espère que la Torah sera un point de convergence pour les militaires juifs à bord du navire et pour la communauté juive – « Quelque chose qu’ils peuvent regarder et pointer du doigt ». Une arche amovible, qui peut aussi être utilisée sur terre, »sera un grand symbole devant la salle de prière. »

« C’est un symbole, un signe important pour la communauté juive, et bien au-delà de la communauté juive, pour le navire en général », a déclaré Elson.

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