Un second « prince vert » fuit le Hamas, révélant corruption et espionnage turc
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Un second « prince vert » fuit le Hamas, révélant corruption et espionnage turc

Suheib Yousef, fils du fondateur du Hamas et frère de Mosab Yousef qui travaillait secrètement pour le Shin Bet, se montre à la TV israélienne après avoir fui l'organisation

Suheib Yousef, fils du co-fondateur du Hamas, Hassan Yousef, parle à la télévision israélienne après avoir quitté le groupe terroriste et l'avoir accusé de corruption, en juin 2019. (Capture d'écran/Douzième chaîne)
Suheib Yousef, fils du co-fondateur du Hamas, Hassan Yousef, parle à la télévision israélienne après avoir quitté le groupe terroriste et l'avoir accusé de corruption, en juin 2019. (Capture d'écran/Douzième chaîne)

Ce n’est pas tous les jours qu’un membre du Hamas tourne le dos à l’organisation terroriste, s’envole pour l’Asie du Sud-Est et décide de dévoiler, dans une interview avec un journaliste de télévision israélien, la corruption et le fonctionnement interne de ses opérations en Turquie.

C’est encore plus incroyable quand c’est le fils d’un des membres fondateurs du Hamas. Et c’est presque impensable quand il est le deuxième fils de ce fondateur à échapper aux griffes du groupe islamiste et à rendre son histoire publique.

Selon une interview diffusée mercredi sur la Douzième chaîne israélienne, c’est exactement ce qui s’est passé.

Suheib Yousef – fils du cofondateur du Hamas Sheikh Hassan Yousef, et frère de Mosab Yousef, connu sous le nom de « Prince Vert » pour ses efforts pour aider le Shin Bet à contrecarrer les attaques terroristes – a secrètement quitté son poste en Turquie et s’est rendu dans un pays non identifié en Asie.

Il a ensuite pris contact avec le correspondant pour les affaires palestiniennes de la Douzième chaîne israélienne, Ohad Hemo, pour lui raconter son histoire.

Suheib Yousef (à droite), ancien membre du Hamas, se promène dans un marché en Asie avec le journaliste israélien Ohad Hemo. (Capture d’écran : Douzième chaîne)

Postes d’écoute en Turquie

D’abord rencontré dans une mosquée, Yousef, 38 ans, a décrit comment il travaillait pour la « branche politique » du Hamas en Turquie, qui était en réalité une opération de renseignement.

« Le Hamas mène des opérations militaires et de sécurité sur le sol turc sous le couvert d’une société civile », a déclaré Yousef. « Ils ont des centres de sécurité d’où ils utilisent des équipements d’écoute avancés, pour écouter les gens et les dirigeants (palestiniens) à Ramallah ».

« Ils ont des équipements et des programmes informatiques avancés pour le faire », a-t-il dit. Lorsqu’on lui a demandé si le groupe écoutait aussi des conversations téléphoniques israéliennes, il a répondu par l’affirmative, sans donner plus de détails. Yousef a dit qu’il ciblait aussi d’autres pays arabes.

Mais il a accusé le Hamas de ne pas travailler dans l’intérêt du peuple palestinien.

« Ils travaillaient pour un programme étranger. Ce n’est pas pour la cause palestinienne. Au lieu de cela, ils vendent l’information à l’Iran en échange d’une aide financière », a-t-il dit, notant que l’argent provenait de banques turques.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan (à droite) et le dirigeant palestinien du Hamas Khaled Mashaal lors du congrès du Parti de la justice et du développement à Ankara (Turquie), dimanche 30 septembre 2012. (AP/Kayhan Ozer)

M. Yousef a déclaré que ce n’était là qu’un des domaines dans lesquels il a été désabusé par le Hamas basé à Gaza, affirmant que ses activités visaient uniquement à étendre son pouvoir à la Cisjordanie.

Le Hamas, qui a juré la destruction d’Israël, a pris le contrôle de Gaza en 2007, évinçant l’Autorité palestinienne basée à Ramallah lors un coup d’État sanglant.

Il a déclaré que la structure en Turquie était également utilisée pour enrôler des personnes, y compris des enfants, en Cisjordanie pour perpétrer des attaques terroristes contre des Israéliens.

« Le but des attaques en Cisjordanie est de tuer des civils, pas dans le but de résister, ni pour Jérusalem, ni pour libérer la terre palestinienne, ni même parce qu’ils détestent les Juifs », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision. « Ils envoient ces innocents parce qu’ils veulent exporter la crise [de Gaza] en Cisjordanie. »

Des plats à 200 dollars pendant que la population de Gaza meurt de faim.

Yousef a également déclaré qu’il était de plus en plus en colère contre la corruption des hauts responsables du Hamas vivant dans le luxe en Turquie pendant que Gaza souffrait.

« Les dirigeants du Hamas [en Turquie] vivent dans des hôtels de luxe et des tours de luxe, leurs enfants sont scolarisés dans des écoles privées et ils sont très bien payés par le Hamas. Ils reçoivent entre quatre et cinq mille dollars par mois, ils ont des gardes, des piscines, des country clubs », précise-t-il.

« Quand je vivais en Turquie, j’ai été choqué par le comportement des membres du Hamas. Ils mangeaient dans les meilleurs restaurants, je les voyais manger dans des endroits où un plat coûtait 200 dollars », dit-il. « Ils adoraient s’inviter à dîner. »

« Ils paient 200 dollars pour un plat par personne et une famille à Gaza vit avec 100 dollars par mois », a-t-il ajouté.

Le salaire moyen à Gaza, où le chômage est supérieur à 50 %, est d’environ 360 dollars par mois, selon le Bureau central palestinien des statistiques. Les Nations Unies avertissent fréquemment que la bande de Gaza est au bord d’une crise humanitaire, avec un accès limité à l’électricité et à l’eau potable.

Une photo prise le 1er juin 2018 montre une fillette courir devant des taudis aux abords d’une réserve d’eaux usées dans un quartier pauvre de Gaza City. (Crédit : AFP/Mahmud Hams)

Depuis 2007, Israël et l’Égypte ont imposé un blocus à Gaza, dont l’objectif est d’empêcher le Hamas d’importer des armes et des matières pouvant servir à construire des tunnels et des fortifications.

« J’ai grandi au Hamas, j’ai travaillé pour le Hamas, mais quand j’ai été confronté à la corruption, je suis parti, j’ai coupé les ponts », a-t-il dit.

Yousef a dit que même s’il savait que le Hamas pourrait essayer de le tuer pour avoir témoigné, il n’était pas inquiet.

« S’ils veulent faire de moi un martyr, je serai un martyr », dit-il.

Un autre fils du Hamas

Ce qui rend l’histoire de Yousef fascinante, c’est que son père est Hassan Yousef, cofondateur du groupe en Cisjordanie, qui a passé près du tiers de sa vie dans les prisons israéliennes.

Et son frère aîné Mosab, surnommé le « Prince Vert », d’après la couleur du drapeau du Hamas et sa place autrefois royale au sein du mouvement, a suivi le même chemin avant lui de façon tout à fait spectaculaire.

Mosab Hassan Yousef s’adresse au public lors d’un événement de l’AFMDA en Floride, décembre 2018 (Autorisation)

Mosab a passé une dizaine d’années à travailler comme agent pour le service de sécurité israélien du Shin Bet au plus fort des attentats suicides de la seconde Intifada – en tant que bras droit, chef de sécurité et confident le plus fiable de son père, transmettant en secret des informations glanées pour aider Israël dans son combat contre le terrorisme.

Il s’est depuis éloigné de son père, a demandé l’asile aux États-Unis et s’est converti au christianisme. Il a publié une autobiographie intitulée Le Prince Vert en 2010.

Mais Suheib Yousef a vite pris ses distances par rapport aux actions de son frère.

« Contrairement à mon frère, je n’ai jamais travaillé pour Israël », a-t-il dit. « Je n’ai jamais trahi [le Hamas], j’ai été loyal envers eux. »

Il a dit qu’il avait fait l’objet d’une enquête après la trahison de son frère et qu’il n’avait aucun lien avec Israël, alors il a été autorisé à continuer à travailler pour le Hamas.

Avec son père, les choses sont plus compliquées.

Sheikh Hassan Yousef s’adresse aux médias après sa libération d’une prison israélienne, le 19 janvier 2014. (Crédit : Majdi Mohammad/AP)

Yousef a dit qu’il espérait qu’Hassan Yousef respecterait ses nouvelles opinions politiques « comme je l’ai fait pour les siennes pendant 40 ans ».

Il l’a également exhorté à ouvrir les yeux sur la réalité de ce qu’était devenu le mouvement qu’il avait fondé.

« J’appelle les dirigeants du Hamas, y compris mon père, à démissionner de ce mouvement corrompu du Hamas », a-t-il dit. « Je suis sûr que mon père sait aussi qu’il y a beaucoup de membres corrompus. »

Yousef a admis qu’il craignait que son père « puisse être blessé par mes paroles, mais je veux révéler la vérité. »

Une organisation terroriste raciste

Tout au long de l’interview, Yousef a réitéré qu’il n’avait aucun problème avec les Juifs, achetant à un moment donné une noix de coco à l’interviewer et disant : « Vous êtes les gens du Livre et nous sommes musulmans et nous n’avons aucune animosité envers vous. »

Il a dit que sa motivation principale était d’aider le peuple palestinien en dévoilant le vrai visage du Hamas.

Le leader du Hamas Ismail Haniyeh salue les partisans lors d’un rassemblement pour commémorer le 27e anniversaire du groupe terroriste Hamas, sur la route principale à Jebaliya dans le nord de la bande de Gaza, le 12 décembre 2014. (AP Photo/Adel Hana)

« Le problème à Gaza, c’est que le Hamas s’accroche au pouvoir par la force. Si le Hamas abandonnait le pouvoir, il n’y aurait pas de problèmes », a-t-il dit, accusant les dirigeants corrompus du groupe d’utiliser la population de Gaza comme de la chair à canon pour leurs ambitions.

« Je veux qu’ils envoient leurs propres enfants pour mener des attaques s’il le faut. Pourquoi Ismail Haniyeh ne se rend-il pas à la clôture pour jeter des pierres ? » a-t-il demandé, se référant aux manifestations hebdomadaires organisées le long de la frontière entre Gaza et Israël par le Hamas.

« Quels sont les bénéfices pour le Hamas de ces attaques ? Aucun », dit-il. « C’est une organisation terroriste raciste et dangereuse pour le peuple palestinien. »

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