Un suspect clé dans l’affaire des sous-marins devient témoin de l’accusation
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Un suspect clé dans l’affaire des sous-marins devient témoin de l’accusation

Miki Ganor, ancien représentant en Israël du fabricant naval allemand, a signé un accord qui pourrait mener à l'inculpation de hauts responsables

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Miki Ganor devant la cour des magistrats de Rishon Lezion, le 10 juillet 2017. (Crédit : Moti Kimchi/Pool)
Miki Ganor devant la cour des magistrats de Rishon Lezion, le 10 juillet 2017. (Crédit : Moti Kimchi/Pool)

Dans un développement majeur qui pourrait entraîner l’inculpation de hauts-responsables publics, l’un des hommes arrêtés en liaison avec une affaire de corruption présumée dans l’achat de vaisseaux navals sous marins à l’Allemagne à hauteur de plusieurs millions de dollars, a signé un accord pour devenir témoin de l’accusation vendredi.

Miki Ganor, ancien représentant de la société allemande de sous-marins ThyssenKryupp, a accepté les conditions présentées par le procureur de l’Etat et, selon les termes de l’accord, a été remis en liberté par la Cour des magistrats de Petah Tikva.

L’avocat de Ganor, Eli Zohar, qui a représenté également dans le passé l’ancien Premier ministre Ehud Olmert, a confirmé au Times of Israël que son client avait signé la convention. Il a toutefois refusé de commenter les conditions convenues avec le procureur de l’Etat.

Sous les termes de l’accord, Ganor écoperait d’un an d’emprisonnement et paierait une amende de 10 millions de shekels en échange de sa coopération à l’enquête en cours. Jusqu’au procès, il restera assigné à domicile, sans accès aux médias. Il lui sera interdit de quitter le pays.

Ganor, aux côtés de l’ancien vice-président du Conseil national de Sécurité Avriel Bar-Yosef, est soupçonné d’avoir versé des pots-de-vins en liaison avec une décision du Premier ministre Netanyahu d’acheter trois sous-marins auprès de l’entreprise allemande ThyssenKrupp, une vente conclue malgré l’opposition du ministre israélien de la Défense de l’époque, Moshe Yaalon.

Ganor a été arrêté la semaine dernière et il est soupçonné de fraude, de blanchiment d’argent et de conspiration en vue de commettre un crime.

L’Allemagne a temporairement gelé l’accord. Il avait été indiqué que Berlin et Jérusalem devaient signer un protocole d’accord la semaine prochaine, mais cette signature a été reportée à une date indéterminée.

« Il y a maintenant une astérisque dans l’accord », a reconnu Netanyahu mercredi, ajoutant que les Allemands attendent de voir comment l’enquête pour corruption va progresser. « Il y a une enquête, laissons l’enquête se terminer », a-t-il dit.

Netanyahu n’est pas un suspect dans cette affaire, mais son avocat personnel David Shimron l’est. Il a été assigné à résidence pendant quelques jours avant d’être relâché samedi et a été interrogé à plusieurs reprises par l’unité d’enquête de Lahav 433. Shimron était l’avocat de Ganor.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud David Bitan, à la Knesset, le 18 novembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud David Bitan, à la Knesset, le 18 novembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

 

 

En réponse à l’information que Miki Ganor pouvait devenir témoin de l’accusation dans l’affaire de l’achat de vaisseaux navals à l’Allemagne pour une somme de plusieurs millions de dollars, le président de la coalition, le législateur David Bitan, a déclaré ne pas être inquiet.

« S’ils sont en quête d’un témoin de l’accusation, cela signifie tout d’abord qu’ils n’ont rien », a-t-il dit.

Bar-Yosef, qui a joué un rôle central en recommandant l’achat des sous-marins à Israël, est soupçonné de corruption, de conspiration en vue de commettre un crime, de fraude, d’abus de confiance et de blanchiment d’argent.

Selon le journal allemand Handelsblatt, Ganor aurait réussi à tirer 10 à 30 millions d’euros de ce qu’il a estimé être un accord portant sur 1,5 milliard d’euros.

Un autre suspect dans l’affaire, l’ancien commandant de la marine israélienne, le général de division (réserviste) Eliezer Marom, a vu pour sa part son assignation à domicile levée dans la soirée de samedi.

David Shimron, l'avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pendant une conférence de presse du Likud à Tel Aviv, en février 2015. (Crédit : Flash90)
David Shimron, l’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pendant une conférence de presse du Likud à Tel Aviv, en février 2015. (Crédit : Flash90)

Le Procureur général Avichai Mandelblit avait ordonné à la police de s’intéresser officiellement à l’affaire des sous-marins en novembre 2016, après que des accusations ont émergé affirmant que Netanyahu aurait pu être influencé pour acheter des sous-marins en raison des liens commerciaux qu’entretenait Shimron avec ThyssenKrupp. A la fin de l’année dernière, la Dixième chaîne avait révélé que Shimron avait également été conseiller de Ganor.

La police prévoit de convoquer Netanyahu pour témoigner de ce qu’il savait sur l’affaire et, de manière spécifique, pour dire s’il avait connaissance des allégations de corruption prononcées contre Bar-Yosef lorsqu’il avait cherché à le nommer chef du Conseil à la sécurité nationale en 2016.

La candidature de Bar-Yosef avait été ultérieurement écartée lorsqu’il s’était avéré qu’il était soupçonné d’avoir perçu des pots-de-vins en échange de la promotion des intérêts des hommes d’affaires allemands impliqués dans le développement des champs gaziers offshore israéliens.

Parmi les autres suspects, Ronen Shemer, un juriste ayant travaillé pour Ganor et qui est soupçonné d’avoir fait disparaître des documents.

Netanyahu a déploré que son nom ait été rattaché à plusieurs enquêtes dans le cadre d’une conspiration ourdie par les partis de gauche et visant à le déchoir de ses fonctions.

Deux affaires de corruption ont été ouvertes sur le Premier ministre par la police, dans deux dossiers connus sous les noms d’Affaire 1000 et d’Affaire 2000. L’Affaire 1000 concerne de coûteux cadeaux qu’il aurait reçus de la part d’amis riches tandis que l’Affaire 2000 se consacre à un présumé accord de compromis qui aurait été discuté avec le directeur de la publication d’un journal important pour faire avancer une législation contre un quotidien concurrent, en échange d’une couverture plus favorable de ses actions.

Les sous-marins sont connus sous le nom d’Affaire 3000.

De plus, dans ce qu’on appelle parfois l’Affaire 4000, Shlomo Filber, directeur général du ministère des Communications, fait actuellement l’objet d’une enquête en raison de délits boursiers relatifs à une fusion impliquant la compagnie nationale de téléphone Bezeq.

Le contrôleur de l’Etat israélien a diffusé un rapport la semaine dernière accusant Netanyahu de ne pas avoir initialement dévoilé les liens étroits qu’il entretenait avec le président de Bezeq, Shaul Elovitz, laissant planer le doute que le Premier ministre – qui à ce moment-là était ministre des Communications – et Filbver aient pris des décisions favorables à Bezeq au ministère.

Interview du Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la Vingtième chaîne, le 13 juillet 2017. (Crédit : capture d'écran YouTube/uz72777)
Interview du Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la Vingtième chaîne, le 13 juillet 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube/uz72777)

« Nous sommes au milieu d’une campagne médiatique sans précédent pour me diffamer avec des accusations vides, dans le but de remplacer le gouvernement », a dit Netanyahu à la Vingtième chaîne au début de l’interview.

Les médias se comportent comme les Soviétiques, a-t-il affirmé. « C’est la méthode des fake news [fausses informations] », a-t-il dit. « Ils ne savent qu’une chose : je suis l’obstacle empêchant la montée de la gauche, donc ils doivent se débarrasser de moi ». Les médias, a-t-il poursuivi, le considèrent « coupable jusqu’à preuve du contraire, et même coupable malgré les preuves du contraire ».

Son ancien ministre de la Défense, Moshe Yaalon, a estimé la semaine dernière qu’il était impossible que le Premier ministre ne soit pas impliqué dans le scandale des sous-marins à hauteur de plusieurs milliards de shekels avec ThyssenKrupp et a prédit que Netanyahu sera inculpé.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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