Un témoin aurait confirmé qu’Iyad Halak a été abattu au sol
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Un témoin aurait confirmé qu’Iyad Halak a été abattu au sol

Le témoignage corrobore celui de l'aide-soignante, qui avait averti les policiers que l'homme était handicapé, en hébreu et en arabe, avant sa mort

Iyad Halak. (Autorisation)
Iyad Halak. (Autorisation)

Un témoin oculaire a confirmé le témoignage apporté par une aide-soignante dans l’affaire de la mort d’Iyad Halak, un Palestinien atteint de troubles du spectre autistique, qui a été tué par la police au début du mois, selon lequel les agents avaient ouvert le feu alors qu’il était au sol, et que les officiers avaient été avertis, au moment des tirs, qu’il était handicapé.

Halak, 32 ans, a été mortellement blessé par balle il y a un peu plus d’une semaine alors qu’il se rendait à l’établissement pour individus en situation de handicap qu’il fréquentait. La police a déclaré qu’il semblait porter une arme, qui s’est révélée être son téléphone cellulaire – comme son père l’avait affirmé aux médias. Il n’avait apparemment pas compris les ordres des officiers qui le sommaient de s’arrêter alors qu’il passait aux abords de la porte des Lions.

Selon le quotidien Haaretz, le deuxième témoin, dont l’identité n’a pas été rendue publique, était assis dans le local à poubelles – il s’agissait plutôt d’un local de stockage utilisé par les personnels d’entretien – où Halak s’était réfugié avant d’être tué. Il a raconté ce qu’il a vu le jour-même de la fusillade à un enquêteur du groupe de veille de gauche B’TSelem.

« J’ai vu un type, un jeune, qui courait de manière bizarre, comme s’il ne savait pas comment courir ou comme s’il était handicapé », a déclaré le témoin. « Il est arrivé dans ma direction et il est tombé sur le dos, à quelques mètres de moi ».

« Des agents de la police des frontières couraient après lui et ils se sont arrêtés à quelques mètres du jeune, qui portait un pantalon noir et une chemise blanche et qui ne tenait rien à la main », a continué le témoin.

« J’ai entendu l’agent de la police des frontières demander au jeune, en arabe : ‘Où est l’arme ?’ Mais il était évident que le jeune ne pouvait pas parler parce qu’il était incapable de répondre », a-t-il ajouté.

Toujours selon le témoin, c’est à ce moment-là qu’est arrivée l’aide-soignante de Halak, Warda Abu Hadid. Cette dernière avait dit qu’elle était arrivée sur les lieux après avoir entendu les tirs initiaux et avant Halak, qui avait couru et qui s’était effondré dans un coin.

Le témoin a raconté qu’Abu Hadid avait crié à l’attention des agents de police, s’exprimant en hébreu : « Il est handicapé », des propos qu’elle avait ensuite répétés en arabe.

« Je suis resté immobile et glacé, je ne pouvais pas bouger tellement j’avais peur. C’était la première fois que j’assistais à une telle poursuite. J’ai regardé le jeune, qui était couché par terre et qui tremblait, et j’ai entendu d’autres tirs. L’un des agents m’a dit de partir et je suis parti en vitesse », a continué le témoin.

Abu Hadid avait également dit aux médias israéliens qu’elle avait informé la police que le jeune homme était en situation de handicap et qu’il n’avait pas pu comprendre les ordres donnés, mais elle avait aussi ajouté que les agents avaient ignoré ses cris alors que la victime hurlait de manière répétée : « Je suis avec elle, je suis avec elle ! »

Elle avait indiqué qu’il y avait eu au moins sept tirs.

Rana, la mère d’Iyad Halak, 32 ans, brandit une photo de son fils au domicile familial de Wadi Joz, à Jérusalem-Est, le 30 mai 2020 (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

La semaine dernière, la cour des magistrats de Jérusalem a accepté une requête de la police visant l’interdiction de la publication du compte-rendu d’une audience demandée par la famille Halak, qui cherche à avoir accès aux images filmées par les caméras de surveillance montrant l’homme se faire abattre par la police.

La famille avait noté dans sa plainte que des caméras de sécurité étaient installées dans les allées où les policiers avaient poursuivi Halak ainsi que dans le local où il avait trouvé refuge.

La semaine dernière, la famille de la victime a déclaré aux journalistes qu’elle ne pensait pas qu’Israël ferait « quoi que ce soit » contre les agents mis en cause, parce que le défunt était Palestinien.

Les policiers impliqués dans l’incident ont livré des récits contradictoires des événements. Le commandant a déclaré aux enquêteurs qu’il avait vivement recommandé à son subordonné de cesser le feu, un ordre qui n’aurait pas été suivi, avaient fait savoir des informations parues dans les médias en hébreu. L’agent nie cette version des faits.

Les deux hommes ont été interrogés après lecture de leurs droits. Un agent a été assigné à résidence et son commandant a été libéré, même s’il doit se soumettre à des restrictions.

Le ministère de la Sécurité intérieure Amir Ohana a exprimé sa tristesse suite à la mort de Halak, jurant de faire une enquête. Il a également dit qu’il était prématuré de « juger » les agents impliqués, notant qu’ils se trouvaient dans l’obligation « de prendre des décisions fatidiques en quelques secondes dans un secteur qui a connu moults attentats terroristes, et dans lequel leurs vies font face à des dangers constants ».

Jacob Magid a contribué à cet article.

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