Un vice-ministre polonais veut l’ouverture d’un musée du « Polocauste »
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Un vice-ministre polonais veut l’ouverture d’un musée du « Polocauste »

Jaroslaw Sellin a déclaré qu'après les Juifs, les nazis voulaient chercher à annihiler les "populations slaves et en particulier les Polonais"

Le vice-ministre de la Culture polonais  Jaroslaw Sellin donne une interview, le 2 octobre 2017 (Capture d'écran /YouTube)
Le vice-ministre de la Culture polonais Jaroslaw Sellin donne une interview, le 2 octobre 2017 (Capture d'écran /YouTube)

Le vice-ministre polonais de la Culture a réclamé mardi un « musée du Polocauste » pour commémorer les victimes polonaises des crimes nazis durant la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de conflit entre Jérusalem et Varsovie au sujet d’une nouvelle législation et d’une série de déclarations faites par les leaders du pays au sujet de la Shoah.

« Je pense que l’histoire du sort réservé aux Polonais durant la Seconde Guerre mondiale… mérite d’être raconté et montré de cette manière [dans un musée], a indiqué Jaroslaw Sellin sur une station de radio polonaise, selon des traductions fournies par Reuters.

« Il suffit de lire les documents officiels allemands de l’époque ou le livre de Hitler pour savoir qu’après les Juifs, il voulait éradiquer complètement d’Europe… Sa cible suivante était les Slaves et en particulier les Polonais », a-t-il ajouté.

Le vice-ministre polonais répondait aux récents appels lancés à Varsovie en faveur de la création de musées consacrés à l’élargissement du narratif du pays sur l’Holocauste.

Marek Kochan, un chroniqueur populaire, avait suggéré l’ouverture d’un « musée du Polocauste » en réponse aux critiques reçues par Varsovie au sujet d’une loi signée la semaine dernière qui sanctionnerait toute mise en cause de la nation ou de l’Etat polonais dans les crimes commis pendant la Shoah.

« L’Etat d’Israël est parvenu à imposer un narratif réduisant les victimes de la guerre aux victimes de l’Holocauste. Et pourtant, aucune mort résultant d’intentions criminelles n’est meilleure ou pire qu’une autre », a écrit Kochan dans le quotidien polonais Rzeczpospolita selon des traductions fournies par le site d’information Buzzfeed.

Ces dernières semaines, les responsables israéliens ont âprement critiqué la législation, accusant la Pologne de tenter d’utiliser la loi pour s’exonérer des responsabilités de certains Polonais qui étaient venus en aide aux Allemands pendant la guerre pour tuer des Juifs. Les spécialistes de l’Holocauste estiment qu’il y a eu entre 180 000 et 200 000 Juifs tués par des Polonais ou par des Allemands aidés par ces derniers.

Les autorités polonaises affirment vouloir seulement protéger la Pologne pour que le pays ne soit pas dépeint comme collaborateur des nazis alors qu’il a été victime d’Adolf Hitler et a souffert de presque six années de guerre et d’occupation.

Ces commentaires sont survenus trois jours après que le Premier ministre Mateusz Morawiecki a clamé qu’il y avait eu, pendant la Shoah, « des auteurs polonais comme il y a eu des auteurs juifs ».

Morawiecki avait rejeté les critiques de la nouvelle loi qui criminalise les mentions de la complicité polonaise dans l’Holocauste lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, lorsqu’un journaliste israélien lui avait demandé si le fait de raconter l’histoire des persécutions de sa famille en Pologne serait interdit par la nouvelle loi.

« Bien sûr, il n’y aura pas de sanctions, [il] ne sera pas considéré comme criminel de dire qu’il y a eu des coupables polonais, comme il y a eu des coupables juifs, comme il y a eu des coupables russes, comme il y a eu des coupables ukrainiens, et pas seulement allemands », avait-il répondu à Ronen Bergman du Yedioth Ahronoth.

Le Premier ministre a estimé que ces propos étaient « inacceptables ». Il n’a pas néanmoins convoqué l’ambassadeur israélien ni revu à la baisse les liens avec la Pologne.

Dans la matinée de mardi, le ministre des Affaires étrangères polonais a déclaré à un journal polonais qu’il y avait eu des Juifs qui avaient dénoncé auprès des nazis les Polonais qui les abritaient.

« Les relations entre les Polonais et les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale étaient complexes », a déclaré Jacek Czaputowicz au Dziennik Gazeta Prawna. « Il y a eu des traîtres parmi les Polonais et il y a eu des héros. Il y a eu également des cas, toutefois, où des Juifs attrapés par les Allemands ont dénoncé ceux qui les cachaient. La situation était extrêmement compliquée ».

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