Une ancienne négociatrice de l’OLP demande le démantèlement de l’AP
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‘En démantelant l’AP, les Palestiniens pourront à nouveau confronter de manière stratégique l’occupation israélienne’

Une ancienne négociatrice de l’OLP demande le démantèlement de l’AP

Dans le New York Times, Diana Buttu affirme que le gouvernement de Ramallah est une “dictature virtuelle” et un outil de contrôle israélien sur les Palestiniens

Diana Buttu, ancienne conseillère juridique et négociatrice de l'Autorité palestinienne. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Diana Buttu, ancienne conseillère juridique et négociatrice de l'Autorité palestinienne. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Une ancienne négociatrice palestinienne a demandé le démantèlement de l’Autorité palestinienne (AP), affirmant qu’elle ne peut plus apporter l’indépendance mais est en fait devenue un outil de contrôle des Palestiniens pour Israël.

Dans un éditorial publié vendredi par le New York Times, Diana Buttu a écrit que les tentatives du président américain Donald Trump pour relancer le processus de paix entre Israël et les Palestiniens allaient échouer parce que l’AP ne représentait plus le peuple palestinien et ses aspirations.

Si l’AP est démantelée, a-t-elle expliqué, les Palestiniens pourront « à nouveau confronter de manière stratégique l’occupation israélienne. »

« Beaucoup remettent à présent en cause le rôle positif de l’Autorité palestinienne, et se demandent si elle n’est pas simplement un outil de contrôle pour Israël et la communauté internationale. Cette logique inéluctable signifie est qu’il est temps que l’Autorité s’en aille », a écrit Buttu, ancienne conseillère juridique de l’AP et chercheuse au sein de l’Ecole de gouvernement Kennedy de Harvard.

Buttu a affirmé que l’AP, mise en place dans le cadre des accords d’Oslo de 1990 et qui devait être une institution intermédiaire en attendant la fondation d’un état palestinien, n’avait plus pour objectif que de préserver sa propre existence.

Et donc, a-t-elle écrit, les forces de sécurité palestiniennes se concentrent sur la répression de la dissidence palestinienne, qu’elle s’exprime contre l’AP ou contre Israël.

Forces de sécurité palestiniennes en patrouille dans la ville de Naplouse, en Cisjordanie, après des affrontements, le 19 août 2016. Illustration. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)
Forces de sécurité palestiniennes en patrouille dans la ville de Naplouse, en Cisjordanie, après des affrontements, le 19 août 2016. Illustration. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

« Alors que le temps passait, il est devenu évident que le budget de l’Autorité et ses priorités étaient principalement orientés vers la garantie que les Palestiniens resteraient l’un des peuples les plus surveillés et les plus contrôlés sur Terre », a-t-elle écrit, soulignant qu’un « tiers du budget d’environ quatre milliards de l’Autorité va à la sécurité, plus que pour la santé et l’éducation combinées. »

« En effet, l’Autorité palestinienne sert de sous-traitant à l’armée israélienne d’occupation », a affirmé Buttu.

La coopération sécuritaire palestinienne avec Israël en Cisjordanie a été saluée par la communauté internationale, qui juge qu’il s’agit d’un succès important et d’un signe du désir des Palestiniens d’éviter un autre conflit contre Israël.

« Au lieu de devenir un état souverain, l’Autorité palestinienne est devenue un état proto-policier, une dictature virtuelle, soutenue et financée par la communauté internationale », a-t-elle écrit.

Comme exemple d’absence de légitimité de l’AP, Buttu souligne que son président, Mahmoud Abbas, n’a pas organisé d’élections ces dernières années, et a dépassé depuis longtemps son mandat initial.

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Elle a également noté la division entre les Palestiniens, avec le groupe terroriste du Hamas qui a pris le contrôle de la bande de Gaza à Abbas en 2007.

Buttu a affirmé que les Palestiniens devaient retrouver des dirigeants populaires, comme l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et a demandé que les organisations comme le Hamas, qui appelle à la destruction d’Israël, y soient incluses.

« Pour certains, cela pourrait sonner comme l’abandon d’un rêve national d’autonomie. Ce n’est pas ça. En démantelant l’autorité, les Palestiniens pourront à nouveau confronter de manière stratégique l’occupation israélienne, contrairement aux tentatives à peine symboliques de M. Abbas pour la mise en place d’un état », a-t-elle écrit.

Tout en ne rejetant pas explicitement la violence comme moyen de faire face à Israël, Buttu a indiqué que la résistance devait se concentrer sur le « soutien aux initiatives communautaires qui organisent de grandes manifestations non violentes et font pression pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions contre Israël, comme celles qui ont aidé à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud. »

Elle a ajouté que les Palestiniens devraient se pencher sur l’option d’un seul état avec des droits égaux pour tous. La plupart des Israéliens s’opposent à cette possibilité, affirmant qu’elle entraînerait la fin d’Israël en tant qu’Etat juif.

« En démantelant l’Autorité palestinienne et en reformant l’OLP, la volonté réelle des Palestiniens sera entendue. Que l’objectif final soit un ou deux états, c’est à cette génération de Palestiniens de décider », a-t-elle écrit.

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