Une caisse de santé israélienne détecte les patients risquant un cancer du colon
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Une caisse de santé israélienne détecte les patients risquant un cancer du colon

Maccabi, en coopération avec une start-up israélienne, a employé des méthodes d'analyse numérique pour développer une médecine personnalisée

Image d'un patient atteint de cancer et sa perfusion goutte à goutte. (CIPhotos, iStock par Getty Images)
Image d'un patient atteint de cancer et sa perfusion goutte à goutte. (CIPhotos, iStock par Getty Images)

Au cours des 18 derniers mois, la caisse d’assurance santé Maccabi, en collaboration avec la startup israélienne Medial EarlySign, ont pu dépister un cancer du colon chez 67 patients et 250 autre patients ont été dépistés au stade de pré-cancer du colon grâce à des algorithmes qui examinent les données du patient et alertent les médecins sur les patients à risque.

« Nous examinons les données du patient et les utilisons pour détecter des patients à risque à un stade précoce », a déclaré la professeure Varda Shalev, directrice de l’Institut de recherche et d’innovation Morris Kahn et Maccabi, lors une conversation téléphonique.

Membre de la faculté de santé publique de l’Université de Tel Aviv et médecin actif de Maccabi, Varda Shalev a mis en place le centre il y a quatre ans afin d’utiliser les données « pour créer une médecine plus personnalisée ». Maccabi, la deuxième plus grande caisse d’assurance santé d’Israël, accueille environ 2,5 millions de patients et dispose donc d’un énorme volume de données électroniques sur les patients. Le centre de soin numérise ses données depuis 1990.

Le Maccabi a récemment commencé à ajouter les informations tirées d’échantillons d’analyses biologiques. Il a eu la permission d’environ 70 000 patients sur une période de 18 mois pour ajouter leurs prélèvements de sang et d’urine à la base de données.

La professeure Varda Shalev, directrice de l’Institut de recherche et d’Innovation Morris Kahn et Maccabi

« De cette manière, si un patient a un cancer, nous pouvons revenir à ses tests sanguins et urinaires pour voir s’il y avait des biomarqueurs génétiques qui auraient pu nous indiquer la pathologie », a-t-elle déclaré. « Cela nous permet de développer une médecine personnalisée et de montrer aux médecins une image réelle de l’état du patient. »

« Nous étudions les données et les utilisons pour permettre un diagnostic plus précoce des patients », a-t-elle expliqué. « Si j’en sais plus sur vous, je peux mieux vous traiter. Par exemple, si vous avez la mutation génétique BRCA, qui pourrait indiquer un risque de cancer du sein ou des ovaires, le système va immédiatement envoyer les patients faire une IRM et pas une simple mammographie. »

Les systèmes en place sont également capables de donner aux experts un deuxième avis automatique.

Maccabi a travaillé avec la start-up israélienne Ibex Medical, qui a récemment récolté 11 millions de dollars de fonds, pour développer conjointement un algorithme qui soit capable d’analyser les images médicales de biopsies pour prédire si un patient a un cancer ou non. Le système a été mis en application au Maccabi sous la forme d’un deuxième avis dans le laboratoire.

Image illustrative de la technologie de la santé numérique (iStock by Getty Images)

Maccabi a également travaillé avec la start-up américaine K Health pour créer une application mobile gratuite qui permet aux utilisateurs en Israël et aux Etats-Unis d’entrer leur âge, leur sexe et les pathologies dont ils souffrent pour obtenir un diagnostic. Ce système, qui remplace la recherche en ligne impersonnelle, conduit à un dialogue avec l’utilisateur, en posant des questions semblables à celle qu’un médecin poserait, et finit par donner des informations sur la maladie qui a été diagnostiquée chez d’autres patients du même âge, du même sexe et avec les mêmes symptômes.

« Si vous consultez Dr. Google afin d’avoir un diagnostic basé sur vos symptômes, vous aurez toujours le pire scénario. L’application K health est correcte dans 86 % des cas », a assuré Shalev. « Et elle vient juste de commencer son processus d’apprentissage en se basant sur tous les cas rengistrés. »

Le centre d’innovation Maccabi a fait l’objet d’un cas d’étude à la Harvard Business School, a déclaré Shalev. « Ils m’ont invité à parler du programme et de la façon dont les organismes de santé pouvaient exploiter ces données. »

Israël veut devenir un leader mondial dans les technologies de santé. L’année dernière, le gouvernement a approuvé un plan national de santé numérique pour créer une base de données numérique à partir des dossiers médicaux des 9 millions de résidents afin de mettre des données à disposition des chercheurs et des entreprises. L’investissement dans les technologies de la santé a fortement augmenté, les start-ups de santé numérique ayant réuni 511 millions de dollars d’investissement en 2018, par rapport à 389 millions de dollars en 2017, selon les données compilées par la Start-Up Nation Central. Des hôpitaux et des centres de soin en Israël ont mis en place des centres d’innovation pour profiter des dernières technologies.

Comment l’innovation peut-elle se développer étant donné l’état très délabré du système de santé israélien – où des patients doivent attendre des mois pour voir un spécialiste ou recevoir un traitement, alors que les hôpitaux se plaignent d’être sous pression du fait du manque de personnel et de lits d’hôpitaux ? Shalev a reconnu qu’il y avait un manque cruel de financement.

Crowded Sourasky Medical Center Ichilov, Tel Aviv. (photo credit: Gideon Markowicz/Flash90)
Le Centre Médical Sourasky Ichilov, surchargé, Tel Aviv. (Crédit photo : Gideon Markowicz/Flash90)

Les dépenses nationales dans le secteur de la santé représentaient environ 7,4 % du PIB en 2017, à comparer à la moyenne de près de 9 % dans l’OCDE et 11 % dans des pays européens avec des systèmes de santé similaires à celui d’Israël, selon le Centre Taub pour les études des politiques sociales en Israël.

« Nous diminuons nos investissements dans la santé, et on voit le résultat », a regretté Shalev. « La population vieillit et augmente alors que nous observons une pénurie de médecins. Nous devons investir plus d’argent dans le système. »

Les technologies de santé en Israël sont déjà à la pointe, a-t-elle souligné, « mais on pourrait faire beaucoup plus » si des budgets supplémentaires étaient alloués.

Shalev co-présidera la rencontre Médecine personnalisée et le suivi médical numérique de la conférence MIXiii-BIOMED avec le Dr Yair Schindel, co-fondateur et partenaire d’aMoon Fund, à Tel Aviv du 14 au 16 mai prochain.

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