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Une Canadienne dessine les otages et leurs proches pour sensibiliser à leur cause

Naomi Gal a commencé à dessiner les victimes et otages du pogrom commis par le Hamas le 7 octobre ; désormais,ses dessins réconfortent les proches de victimes

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Naomi Gal, mère et grand-mère canadienne qui dessine les otages et victimes du 7 octobre depuis plus de 500 jours (Autorisation)
Naomi Gal, mère et grand-mère canadienne qui dessine les otages et victimes du 7 octobre depuis plus de 500 jours (Autorisation)

Naomi Gal vit à Toronto, au Canada, bien loin des lieux de l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre qui a fait 1 200 victimes et 251 otages séquestrés à Gaza.

Cela n’a pas empêché cette mère de six enfants, elle-même issue d’une fratrie de neuf et par ailleurs petite-fille de quatre survivants de la Shoah, de trouver le moyen de faire du lien avec les personnes endeuillées ou encore les otages et leurs proches.

C’est au 100e jour de captivité des otages qu’elle a commencé à les dessiner des images, eux et les membres de leur famille, avec de simples marqueurs et des traits rapides. Elle a aussi dessiné ce qu’elle voyait dans des reportages.

« C’était du dessin ultra-rapide, au quotidien », explique Gal, cette mère au foyer religieuse qui n’avait pas souvent eu l’occasion de faire du dessin avant le 7 octobre.

« Je dessine en temps réel. »

Déjà exposée à Herzliya, son oeuvre le sera bientôt à Barcelone et elle a donné des dizaines de conférences pour faire connaître son projet colossal.

Ses dessins, rapides mais réalistes, servent surtout à rappeler le nom et le visage de ces otages, qui sont aujourd’hui bien connus en Israël.

Elle explique que la vitesse à laquelle elle travaille l’a surprise et qu’elle n’avait rien fait de pareil avant cela.

Les dessins de Naomi Gal d’otages libérés après 505 jours de captivité à Gaza, depuis leur enlèvement le 7 octobre 2023 (Autorisation)

« C’est en leur honneur, c’est pour eux », confie-t-elle en évoquant les otages et ceux qui sont morts.

Vingt mois plus tard, Gal a fait des milliers de dessins des personnes les plus touchées par le 7 octobre, que ce soit les personnes endeuillées et les otages ou leurs proches. Elle est calée sur l’heure israélienne et dort peu : son mari la conduit en cas de besoin lorsqu’elle manque réellement de sommeil.

Elle a créé des fascicules d’une dizaine de pages pour chaque otage, dont elle a tiré des copies avant d’offrir l’original aux familles.

La dernière page de chaque fascicule est ce qu’elle appelle celle des retrouvailles : elle la laisse vide de manière à pouvoir accueillir une photo de la libération de l’otage, vivant ou mort.

Des fascicules de l’illustratrice Naomi Gal sur les otages de Gaza (Autorisation)

« Il y a toujours une fin, quelle qu’elle soit », confie Gal. « C’est intense de dessiner des retrouvailles. Je dessine sans discontinuer ou presque quand un otage est libéré. »

Elle a également créé un fascicule à propos de Nova – un épais tome noir comportant le portrait de chacune des victimes du festival de musique. Certains dessins remontent à ses derniers voyages en Israël, lors desquels elle a pu aller à la rencontre de familles, se recueillir sur la tombe de leurs proches, passer du temps avec eux sur les lieux du festival, dans le sud, ou encore être simplement avec eux dans le hall de son hôtel. Tout en les écoutant raconter des histoires sur eux et leurs enfants, elle dessine. Ensuite, ils font en sorte de garder le contact.

« Je suis tout le temps sur WhatsApp avec eux, je fais en sorte de leur changer les idées en les faisant rire », explique Gal, qui s’est essayée au stand-up. « Nous restons en contact. Quand ils me confient leur peine, je dessine ce qu’ils me disent et je leur offre le dessin. »

Elle qui couvre ses cheveux pour des questions religieuses s’amuse d’avoir dessiné ces derniers mois plus de tatouages qu’elle n’en avait jamais vus auparavant.

« Je dessine ce que je vois autour de moi. J’ai l’impression de parler pour eux », poursuit Gal, qui publie généralement ce qu’elle dessine sur son compte Instagram, ouvert au début du projet.

Elle crée également des produits dérivés – des porte-clés et des autocollants à l’effigie de ses dessins d’otages, sans oublier des t-shirts et des sweats à capuche.

Un puzzle composé de visages d’otages créé par Naomi Gal, une Canadienne auteure depuis plus de 500 jours de dessins sur les otages et victimes du 7 octobre (Autorisation)

Gal distribue les autocollants et les porte-clés lorsqu’elle parle du projet à des groupes dans les écoles des environs, les synagogues ou encore les églises, mais aussi lorsqu’elle rencontre des familles endeuillées. Elle en offre en fait à tous ceux qui la questionnent sur ce qu’elle fait.

Elle dit avoir découvert des communautés qui lui étaient jusqu’alors inconnues.

Quand Gal n’est pas invitée à parler de son oeuvre, elle va dessiner dans un Starbucks en faisant en sorte d’impliquer ceux qui l’entourent, en leur expliquant ce qu’elle fait. Elle n’hésite pas à dessiner la personne avec laquelle elle parle de façon à ce que celle-ci soit plus réceptive à la question des otages.

« Je peux dessiner n’importe qui, aucune réaction ne m’effraie », confie-t-elle.

Elle fait aussi des porte-clés à l’image d’otages non israéliens, à l’instar du Népalais Bipin Joshi, pour bien montrer que des non-Juifs et des visiteurs ont eux aussi été pris en otage.

Brochures de l’illustratrice Naomi Gal sur les otages de Gaza (Autorisation)

Son oeuvre a été exposée à Herzliya en avril dernier : la ville avait mis un local municipal à sa disposition suite à sa rencontre avec la famille de l’ex-otage Omer Shem Tov, qui vit à Herzliya.

Elle se rendra bientôt à Barcelone dans le cadre de « Am Israel Hai : Great Jewish Exhibition », une exposition artistique organisée du 5 juin au mois d’août pour rendre hommage à la force et à la fierté des Israéliens et dont l’intégralité des bénéfices ira à l’aide aux survivants.

Gal se rendra de nouveau en Israël en juin pour y rencontrer des familles d’otages et de personnes endeuillées.

« Je rencontrerai tous ceux qui souhaitent que je dessine leur histoire », conclut Gal. « Je ne le fais pas pour moi, je le fais pour rendre hommage à la force juive. »

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